USA : Robicheaux au Superdome en 2005
A La Nouvelle-Orléans, en 1975 ouvrait un des monstres les plus fous du pays, un stade de football américain pouvant rassembler 90 000 spectateurs. Depuis de telles opérations se sont multipliés dans le monde mais avec des nombres moins fou.
Pour bien comprendre il nous faut une fois encore saisir les contradictions propres à ce pays : d’un côté le Worl Trade Center de New Tork était une construction publique alors que ce stade était une opération totalement privé ! Il a fallu d’abord doter La Nouvelle Orléans d’une équipe de football américain d’ampleur nationale puis une entreprise (cette équipe de football) a construit le monstre qui aujourd'hui s'appelle Mercedes-Benz Superdome !
A La Nouvelle Orléans en 2005 un ouragan du nom de Katrina va détruire une bonne partie de la ville et vous pourrez le lire dans toutes les textes au super du Superdome, le lieu a abrité des dizaines de milliers de personnes ! Beaucoup parlent de 30 à 40 000 personnes. La misère rendant ainsi visite à la richesse car inutile de le préciser, le prix des places pour entrer dans le stade était énorme.
Dans son roman Robicheaux, James Lee Burke consacre quelques pages à de moment d’histoire, quelques pages qui disent bien qui est ce romancier. Lisez plutôt !
« En août 2005, pendant et après Katrina, le Superdome, pendant cinq jours, avait servi d'abri à plus de trente mille personnes. Ne vous laissez pas tromper par le terme d'«abri». Le Dome était devenu une antichambre de l'enfer. L'ouragan avait arraché d'énormes morceaux du toit ; il n'y avait ni eau ni électricité ; les toilettes et les urinoirs débordaient, et le sol était couvert d'excréments. La nourriture pourrissait dans les réfrigérateurs. À cause de la chaleur, de l'humidité et de la puanteur, les reporters avaient des haut-le-coeur devant les caméras. La moindre parcelle de ciment entourant le Dome était couverte d'ordures, de vêtements, et de gens étouffant sous un soleil blanc. Des Noirs qui tentaient d'échapper à cette zone en traversant le pont Danziger furent abattus par des officiers de police. L'un des morts était un homme mentalement déficient. »
Les catastrophes sont toujours des multiplicateurs des inégalités. D’où quelles viennent. Le coronavirus aura le même effet. Se confiner dans un studio ou dans un château ne peut pas avoir le même effet.
James Le Burke est un romancier qui peut produire une intrigue spectaculaire en tant que polar, et une intrigue spectaculaire socialement avec qui plus est une intrigue spectaculaire en tant qu’écrivain. Jusqu’à présent Vazquez Montalban était ma référence pour unir ces trois intrigues avec cette différence : le héros est un détective privé dans une société où la force des services publics est réelle, alors qu’avec Burke nous sommes avec un flic dans une société où les services publics sont faiblement publics ! Mais Robicheaux a cependant comme un ami un ancien flic devenu détective privé.
A part cet écart les points communs ne manquant pas même si Pepe Carvalho ne va pas aux Anonymes Associés comme Robicheaux tout aussi malheureux en amour que le Catalan.
La surprise vient plutôt du fait qu’en guise de roman quasi final [je ne dis pas testamentaire], Pepe fait le tour du monde [Milenio devait être la fin de Carvalho] alors que Dave s’incruste encore plus dans la petite ville de New Iberia.
Je n’ai pas lu les romans précédents de Burke et encore moins les romans sans Robicheaux donc il m’est difficile de juger. Celui que j’ai lu plus globalement pour les USA s’appelle Tony Hillerman qui comme Burke a une fille qui est devenue écrivaine (pour MVM c’est son fils qui est devenu écrivain). Tony Hillerman bénéficie pour sa popularité du mythe de l’Ouest des USA plus puissant que le mythe du sud profond cher à Faulkner. Ceci étant, dans les deux cas nous sommes dans une société profondément violentes, une violence devenant certes arme littéraire mais traçant de la réalité une figure infernale. Avec une porte de sortie possible ? Je ne peux répondre sans trahir la chute finale du roman. JPD
