Exemple : en 1956 le PCF vote les pleins pouvoirs à Guy Mollet
Sur ce vote de 1956, je viens d’étudier les arguments des pour et des contre au sein du PCF et j’ai vérifié que c’est toujours la même histoire. J’ai étudié les arguments des uns et des autres au sujet de la grande «victoire» que fut la signature du programme commun, les arguments des uns et des autres au sujet de la grande «victoire» de l’entrée des ministres communistes dans le gouvernement de 1981 et c’est toujours la même histoire. Non que l’histoire se répète à l’identique, sauf le fait que les maîtres du jeu dans la société (pas dans tel ou tel parti) ont toujours une longueur d’avance !
Pendant que chacun braque le regard sur le verre à moitié plein ou sur le verre à moitié vide, le train de l’histoire ne s’arrête pas en gare.
Non je ne dis pas que les maîtres du jeu avaient en main l’option de Gaulle en 56, les décisions de l’Internationale socialiste en 1972, ou l’effondrement de l’URSS en 1981 mais c’est là que l’histoire allait se jouer.
Les maîtres du jeu ont une longueur d’avance car ils ont appris ce vieux proverbe : reculer pour mieux sauter, alors que le courant communiste a toujours pensé qu’ils étaient totalement essoufflés, et donc incapables de pouvoir sauter ! Je l’ai lu cent fois (et je n’exagère pas) et je le lis encore : le capitalisme est à bout de souffle, il est en phase terminale, et encore plus aujourd’hui que la planète elle-même est en danger.
D’abord interrogeons ce mot, le capitalisme. En France les luttes sociales ont permis à chaque étape un aménagement du capitalisme, aménagement qui à terme devait le remettre en cause, et je crois en effet que réduire la société française au mot capitalisme, c’est faire peu de cas de cette histoire sociale avec ses erreurs et ses avancées, c’est donner la primeur aux maîtres du jeu dont on dira ensuite qu’ils sont au bord du groupe ! Des millions de gens à travers le monde envient notre "capitalisme" et qu'on ne vienne pas me dire que c'est parce qu'ils sont mal informés ! Or alors c'est nous qui ne savons pas dans quel monde ils vivvent !
De 1917 à 1987 le capitalisme était au bord du gouffre, disait-on, grâce aux succès grandissants et quotidiens de l’URSS. L’alternative y avait déjà un pied dans la réalité, et voilà que ce projet s’est évanoui. Un autre a-t-il été reconstruit ?
Aujourd’hui nous sommes face à une nouvelle catastrophe inédite et déjà tout le monde en convient, demain ne sera plus pareil. Or, dans les zones chinoises du virus, qu’est-ce qu’on apprend ? Tout redevient normal… Oui mais voilà, c’est la Chine… si bien qu’en France je lis le Parti de la démondialisation qui célèbre Cuba, la Chine et la Russie car eux peuvent venir à l’aide des pays capitalistes ! Ils ne peuvent convaincre personne, mais se donnent ainsi une raison d’exister à peu de frais ! Inversement les défenseurs de la liberté de la presse disent que si en Chine une telle liberté existait, l’apparition du virus aurait pu traité à temps. Mais que signifie aujourd’hui liberté de la presse là-bas, ici et partout ? C'est encore mieux qu'un système de santé ?
En mai 1968 la France fut un pays à l’arrêt pendant un mois, pas d’école, pas d’essence, pas d’économie et en 1969 le système qui devait s’effondrer après une colossale augmentation du SMIC a connu sa meilleure année économique avec, pour les années 70, les meilleures années de luttes ! C'est ainsi, reculer pour mieux sauter !
Avec la situation actuelle, deux secteurs économiques vont en effet être chamboulés : d’un côté la plus grande industrie des temps présents à savoir le tourisme, et de l’autre la plus grande industrie des temps futurs (vu le vieillissement), à savoir la santé.
On va assister à des reclassements qui vont fragiliser les pouvoirs en place. Je pensais que Trump serait inévitablement réélu en novembre vu l’histoire des USA, mais c’est moins sûr à présent, car la bataille va se jouer sur la question du système de santé. Sauf que pour lui comme pour Macron, les maîtres du jeu préparent l’avenir, quand les opposants la subissent. Nous vivons sous le coup de l’actualité immédiate quand d’autres préparent nos lendemains.
Les grands gagnants seront les maîtres de la communication, les maîtres du virtuel qui permettent qu’on fasse classe… à la maison ! Les maîtres du télé-travail, de la vidéo-conférence, tous ceux pour qui hier, le fin du fin était de bouger (d’où l’industrie du tourisme), et pour qui à présent, c’est de rester à la maison. Les maîtres de la communication comme arme de contrôle de nos libertés ! N’est-ce pas une nouvelle révolution ? Le smartphone pour être en contact avec les autres, pendant que les maîtres du jeu surveillent vos contacts !
La télévision a été inventée pour qu’on reste à la maison. Internet est devenu le compagnon du vide. Dans ce contexte, «la liberté de la presse» fait figure de mot d’ordre à la fois ancien (cette lutte est classique) et moderne (cette lutte a besoin de nouvelles références).
En 1956 l’Algérie devait rester française car sans elle le système économique français qui avait déjà beaucoup perdu, allait perdre plus gros encore. Pendant les souffrances infinies de millions de personnes, le système préparait dès 1960, son recyclage. Comment ne pas avoir compris dès le 13 mai 1958 que de Gaulle signerait la fin de l'Algérie française ?
Peut-on, comme je le fais, ne donner aucune perspective de révolution possible ? Le capitalisme serait-il éternel ? Le capitalisme est en mouvement et la révolution possible consiste à chercher comment avoir une longueur d’avance. Depuis des années, tout le monde constate que le mouvement syndical est en permanence sur la défensive pour sauver «les acquis sociaux» alors qu’il faudrait pouvoir être à l’offensive.
A la fin des années 70, André Ghiretti (1), ingénieur et dirigeant de petite entreprise m’annonçait que dans les dix ans tous les camions poubelles seraient équipés de moyens de levage et qu’en conséquence les poubelles seraient adaptées. Il savait quoi faire techniquement pour gagner ce marché colossal mais n’avait pas les moyens financiers pour conduire une telle opération. Sa prédiction m’a fait sourire, sauf que j’ai vérifié qu’il avait raison, il avait les moyens d’anticiper. Je le note en passant, les mêmes qui disent « moins d’Etat » sont les premiers à chercher à produire et vendre pour les collectivités locales, et le traitement des déchets est de cet ordre. Mais qui, en ce moment, travaille à la société de demain qu’ils veulent contrôler ? Où ? Comment ? Je ne sais qu’une chose, ils circulent dans les trois couloirs suivants : ceux des agences de communication, ceux du pouvoir politique (mais pas en tant qu’élus mais en tant que maîtres des cabinets) et ceux de la banque. J-P Damaggio
(1) Voir le livre Inventions à la Guima