Marcel Guiche face à Pierre Couchet
Marcel Guiche a adhéré au PCF en 1938 et est devenu très vite après la guerre un dirigeant départemental de son parti. Il a même dirigé un temps la CGT en tant qu’employé EDF. Je ne veux pas réduire son action à cet article évoqué, d’autant que je ne vois pas pourquoi il a eu besoin d’intervenir dans les conflits montalbanais, mais l’histoire passe par de tels documents. Pourquoi a-t-il fallu que le 17 février 1957 sur l’Humanité Dimanche il trace un portrait à charge de Pierre Couchet qui lui vaudra une réponse cinglante. C’était un temps où les noms d’oiseaux étaient monnaie courante en politique. Aujourd’hui ils ne sont plus publics.
Rappel des faits : Pierre Couchet a été écarté du PCF pour avoir signé en 1939 une lettre d’abandon du PCF afin d’être libéré, lettre rédigée sur demande de dirigeants du PCF à la demande d’Aimé Durou parti à Paris chercher les ordres. De toute façon peu importe ce point puisqu’aussitôt sorti Pierre Couchet a repris la lutte malgré une surveillance étroite entrant dans la clandestinité en janvier 1941 pour échapper à une nouvelle arrestation. Après son exclusion il a continué de se battre mais dans un groupe local, La Nouvelle Gauche qui avait un journal, Combat. Il contribuera à la création du PSU avec comme final pour Couchet, l’accès au poste de conseiller municipal de Montauban… aux côtés des communistes. Pierre Couchet n’utilisait pas l’insulte mais son combat était en soi une insulte pour certains membres du PCF.
Voici un extrait de la réponse de Pierre Couchet dont il demanda l’insertion dans l’Humanité Dimanche. Je ne sais s’il existe quelque part l’article entier de ce journal que je veux bien reprendre à l’occasion[1].
J-P Damaggio
P.S. Photo exceptionnelle de Pierre Couchet.
Pierre Couchet répond à Marcel Guiche
Le 17 février 1957 sur l’Humanité Dimanche le communiste du 82 Marcel Guiche trace un portrait de Pierre Couchet (le renégat) qui lui vaudra une réponse cinglante. C’était un temps où les noms d’oiseaux étaient monnaie courante en politique.
Voici un extrait de la réponse de Pierre Couchet dont il demanda l’insertion dans l’Humanité Dimanche.
« Aujourd'hui les ténors se taisent. C'est le gaffeur N° 1 qui a été chargé de la besogne. On voit que le monsieur est encore jeune et plein d'ardeur — il n'en eut pas toujours autant. On voit surtout que mes articles de la «Petite Feuille» LE COMBAT ont porté juste, car quelle avalanche de jolis mots : je serais un menteur, un pédant, un matamore et que sais-je encore.
Je pourrais me fâcher et engager des poursuites contre ce zélé calomniateur. Ce serait faire beaucoup trop d'honneur à Marcel GUICHE que de le prendre au sérieux. Dans notre bon pays de France on a encore le droit de rire.
Il est cependant une question très sérieuse que je ne peux laisser passer sans y répondre. Guiche ose écrire :
«Voyons COUCHET, ta dignité, car tu en as eu une bien, que cela semble invraisemblable aujourd'hui, souviens t'en, tu l'as perdue ENTRE 1939 et 1944, en échange de ta liberté. Cela te donne aujourd'hui seulement le droit de pleurer sur ta dignité perdue, de parler aussi si tu le veux, mais pas celui d'insulter ce parti qui n’est plus le tien parce que tu t'en es rendu indigne. Donc Pierre COUCHET gagnerait beaucoup à se faire oublier.»
Guiche et les siens aimeraient bien que je me fasse oublier. Si nous étions en démocratie populaire il n'est pas douteux que ces Messieurs auraient trouvé le moyen de me faire taire. Heureusement que dans notre république bien que bourgeoise nous avons encore un minimum de libertés chèrement conquises par les luttes du peuple de France. Grâce à elles il m’est possible de répondre aux calomnies de Guiche C'est très simple il me suffit de poser quelques questions :
1°) Quand et pour quelles raisons ai-je été arrêté ?
2°) Quelles furent mes déclarations devant les juges tant à Montauban qu’à Toulouse ?
3°) Oui ou non, ai-je agi sur les ordres du Parti ?
4°) A qui le C. C. confiait-il la tâche de remonter le Parti dès Janvier 1940 ?
5°) Pour quelles raisons ai-je été condamné (par contumace) à 20 ans de travaux forcés par le tribunal militaire de la 17ème Région le 15 janvier 1942 ?
6°) Y avait-il un différend entre nous sur la question de la lutte pour la Paix ?
J’ai expliqué toutes ces questions dans mes diverses réponses. Ces messieurs ne m'ont jamais répondu et pour cause.
Mais voyous, vous qui avez le monopole de l'honnêteté politique, de la vertu, ne vous contentez pas d’affirmations et d’insultes, expliquez donc mon crime, expliquez donc ma trahison ?
Le traître que je suis a eu l'honneur d’être le responsable du Parti communiste clandestin du Tarn-et-Garonne dès Janvier 1940. Il a eu l'honneur d'être le premier Tarn-et-Garonnais à appeler les Français à la résistante en diffusant l'appel de Jacques Duclos en Juillet 1940.
Et vous Guiche que faisiez-vous pendant ce temps ? A quelle époque avez-vous retrouvé le chemin du Parti et de la Résistance ?
On raconte une petite histoire. Une notabilité de Vichy étant venue à Montauban, la préfecture avait fait procéder à des arrestations préventives. Les camarades dans l'ensemble furent dignes. Il y en eut un cependant m’a-t-on dit, qui fit dans ses culottes, et pleurait comme un gosse. Peut-être M. Guiche pourriez-vous me dire si cette histoire est vraie et de qui il s'agit ? »
[1] Plusieurs archives concernant Pierre Couchet se trouvent aux Archives départementales dans le fond de Marcel Thourel, exclu du PCF pour les mêmes raisons et qui se retrouvera aussi au PSU.
