Lettre ouverte de Bonnafé à Gorbatchev
Lettre_ouverte_de_Lucien_Bonnafé_
Je continue de piller mes archives pour y faire le ménage donc aujourd’hui je propose cette lettre de Lucien Bonnafé à Gorbatchev du 24 décembre 1986. Elle témoigne d’une époque, d’un parcours et d’un mode de raisonnement.
A partir des années 70, après étude du cas, le membre du PCF Lucien Bonnafé s’insurge contre l’emprisonnement de deux psychiatres en URSS. Au départ, il est suivi par son parti, mais à partir de 1977 retournement de situation le PCF s’engage à nouveau, en partie, dans une politique d’alignement sur Moscou.
A ce moment là, le PCF est traversé par le débat au sujet du programme commun et son «actualisation». Bonnafé affiche sa «résistance à une conception très «sommitale» de la politique du Programme commun.»
Sur cette question du programme commun il n’y avait pas seulement la question de savoir si oui ou non il fallait le signer, mais, une fois signé, comment le faire vivre, soit en disant demain le programme commun règlera tout, soit en disant comment changer la nature de la mobilisation.
Et par rapport à l’URSS Bonnafé ne demande pas seulement la libération des deux psychiatres (elle est intervenue quatre mois après si je me souviens bien ; il n’y a rien à ce sujet sur le net) car si cette libération servait à dire merci à Gorbatchev, on reste dans le même cas de figure, la soumission au chef (même si c’est pour le valoriser !).
J’ai déjà expliqué que le capitalisme savait reculer pour mieux sauter, or dans le camp socialiste, reculer c’était ne plus pouvoir sauter !
Croire que libérer les dissidents c’était gagner en reconnaissance, fut une erreur à partir du moment où le mal n’était pas traité à la racine, à savoir les raisons des emprisonnements. De ce point de vue les maîtres du système soviétique (et d’autres dans le camp plus ou moins communiste) ont bien compris que s’ils reculaient d’un pas, ils s’effondreraient.
Par exemple, la question n’était pas d’abandonner ou pas la notion de «dictature du prolétariat» mais de construire une autre cohérence révolutionnaire. J-P Damaggio
