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Vie de La Brochure
16 avril 2020

La grève de 1919-1920 à Septfonds-Caussade

Un ami me met en relation avec la responsable de La Mounière à Septfonds pour parler des ouvriers et ouvrières des châpeaux au moment où je reçois Bulletin trimestriel de l’Institut régional CGT d’histoire sociale en Midi-Pyrénées qui évoque la grève de 1919-1920. J’ai déjà évoqué cette question dans mon ancienne brochure sur Pétronille Cantecor. Voici le passage :

Cette grève faisait suite à celle de 1919 quand le 5 juillet Septfonds cesse le travail. La Dépêche écrit : « Nos ouvriers si calmes d'ordinaire ont cessé le travail lundi (le 30) à 16 heures. Un conflit entre eux et le Syndicat de la Chapellerie s'est produit à la suite d'un nouveau tarif à appliquer à cette industrie. C'est la première fois depuis le commencement de cette industrie qui a plus de 50 années d'existence que pareil événement se produit. Nous souhaitons de tout cœur qu'une entente vienne mettre un terme rapide à ce conflit et que patrons et ouvriers s'en remettant à la raison, comprennent les devoirs présents de l'heure présente. » Cette décision fait suite à la création du syndicat en présence d'Espinal de la CGT, création qui a d'abord lieu à Caussade, en présence d'une déléguée de Septfonds, avec les dirigeants suivants : Président : Lamolle ; Présidente : Maria Coste ; Secrétaire : Viguié ; Secrétaire adjointe : Louise Bénech ; trésorier : Hébrard ; trésorièreadjointe : Sarah Viguié ; archiviste. Escabasse ; commission de contrôle : Julia Laurent, Alfred Durou, Born, Eugénie Massalou, Borrel. On note la présence importante des femmes et celle de Borrel. Un mois plus tard La Dépêche annonce : "Un mois s'est écoulé depuis la cessation du travail sans pouvoir obtenir une amélioration en faveur de toute une population laborieuse. Une affiche a été placardée ce matin, devant la mairie, sous la signature de M. Maurelle, juge de paix du canton de Caussade, donnant le détail de l'entretien qu'on eut les délégués ouvriers et patrons. Il en résulte que les délégués ouvriers ont accepté les propositions du M. Le juge de paix et les délégués patronaux ont formellement refusé l'arbitrage proposé par M. le juge de paix. Il serait désastreux que, par l'intransigeance de 27 patrons, une population de 2200 habitants soit vouée à la misère. La population ouvrière, avec son calme habituel, attend de bons résultats de l'intervention des pouvoirs publics." (1200 grévistes et 40 jours de grève) Un des éléments du conflit tenait à la demande d'emploi obligatoire de syndiqués.

Repères d’histoire sociale en Midi-Pyrénées

Bulletin trimestriel de l’Institut régional CGT d’histoire sociale en MLidi-Pyrénées

Les grèves des chapeliers en 1919 et 1920

 Le document d’archives ci-dessous, dont nous ignorons la date et l’auteur, est un compte rendu de la chambre syndicale des ouvrières et ouvriers chapeliers de Caussade et Septfonds sur les grèves de 1919 et 1920, grèves qui ont marqué les mémoires des Septfontois et des Caussadais. A cette époque, dans les usines de ces deux localités travaillaient plus de 3000 salariés.

 « En 1919, au lendemain de la démobilisation, un grand nombre d’ouvriers, de retour dans leurs foyers, songèrent à reprendre leur travail interrompu dans les usines de chapeaux de paille. Ayant besoin de travailler, ils durent accepter l’insuffisante somme de 4 F pour prix de leur journée. Ils se trouvaient ainsi dans un état d’infériorité vis-à-vis des femmes qui, ayant remplacé les hommes pendant la guerre, touchaient des salaires variant de 6 à 7 F par jour. Ils demandèrent une augmentation qui leur fut refusée. Ils se virent également refuser la journée de huit heures. La plupart d’entre eux faisaient 10 et 12 heures.

Les denrées de première nécessité étaient à un prix exorbitant et qui ne faisait que croître, tandis qu’un patronat cupide disputait âprement le taux insuffisant des salaires ! En mai 1919 les ouvriers et ouvrières de Septfonds décidèrent de quitter leurs usines qu’ils ne réintégreraient que dans le cas où les patrons feraient droit à leurs revendications. Imitant en outre les chapeliers de Chazelle sur Lyon, ils se constituèrent en syndicat ainsi que ceux de Caussade dont les statuts furent déposés le 17 mai. Les patrons, de leur côté, se syndiquèrent. Aucune des parties ne voulait céder.

La lutte était donc engagée entre les ouvriers et les patrons. Les usines étaient fermées ; le travail promis n’était point fait. Malgré de fréquentes entrevues entre délégués ouvriers et délégués patronaux, aucun accord n’était intervenu. Un mois passa. Le syndicat avait adhéré à la Fédération nationale de la chapellerie. Les diverses spécialités de la chapellerie emploient en France 12 000 ouvriers. Sur ce nombre 5 000 sont fédérés et confédérés, et forment 14 syndicats qui apparaissent au patronat comme des forces qu’il ne faut point négliger. Chaque ouvrier et chaque ouvrière reçut une carte confédérale renouvelable tous les ans.

Le secrétaire de la Fédération nationale de la chapellerie, Pierre Milan, vint à Caussade et engagea dans une assemblée générale extraordinaire tous les ouvriers à persévérer dans leurs efforts. Il eût plusieurs entrevues avec les patrons ; le maire puis le préfet se posèrent comme arbitres.

La grève fut pacifique. A peine relève-t-on quelques excès. Des exaltés couraient les fabriques et obligeaient les non syndiqués à quitter leur travail. A Septfonds le désordre était plus grand.

Les Septfontois conduits par deux femmes, voulaient descendre jusqu’à Caussade, le drapeau en tête. L’intervention de la gendarmerie de Caussade renforcée par celle de Montauban, les ramena au calme. Après deux mois et demi de pourparlers un accord fut enfin conclu. Les délégués ouvriers et les délégués patronaux signèrent un tarif valable du 1er août 1919 au 31 juillet 1920.

Cet accord prévoyait l’application de la journée de huit heures, en laissant à chaque patron d’employer les heures dérogatives comme il l’entendra après accord avec son personnel. Ainsi les hommes devaient chômer le lundi, faire 10 heures le mardi, mercredi, jeudi vendredi, et 8 heures le samedi ; les femmes faisaient 8 heures même le lundi.

Les ouvriers, employés, contremaîtres et contremaîtresses, syndiqués ou non, travaillant au moment de la rentrée ou ayant travaillé pendant la durée de la grève, ne devaient être l’objet d’aucune brimade de la part du personnel syndiqué. Il était entendu qu’il n’y aurait aucun renvoi pour fait de grève et que dans l’usine on ne devait pas agiter la question du syndicat, soit patronal, soit ouvrier.

Puis étaient prévus les tarifs… et les salaires des ouvriers. Ceux-ci étaient divisés en 5 catégories d’après leur production et les machines qu’ils conduisaient. Ces 5 catégories devaient recevoir respectivement, 1,20 F, 1,10 F, 1 F, 0,80 F, 0,50 F de l’heure, avec des primes de 0,10 à 0,60 F par douzaine au dessus du maximum fixé. Il était aussi fixé un tarif pour la couture et la garniture.

Les tarifs furent respectés. Mais à la fin de l’année 1920 les ouvriers réclamèrent une nouvelle augmentation de plus 25 % sur le travail. Devant la résistance des patrons une nouvelle grève éclata. Les patrons firent effectuer le travail par les ouvrières de Réalville travaillant chez elles. Le syndicat ayant adhéré à la Confédération Générale du Travail, ses membres avaient dû venir en aide aux grévistes du Havre, puis aux ouvriers d’Autriche. C’était toujours de nouveaux versements. Plusieurs ouvriers quittèrent le syndicat et rentrèrent aux usines. Les patrons fléchirent et accordèrent le 25 %.

Pendant ces dernières années le lockout succédait aux grèves presque sans discontinuer ; les ouvriers en étaient fatigués. 

Un industriel de Septfonds ayant fermé son usine devant les exigences de ses ouvriers, ceux-ci voulurent que, par solidarité, tous les autres ouvriers quittent les fabriques. Les ouvriers de Septfonds abandonnèrent le travail et voulurent entraîner les ouvriers de Caussade dans leur mouvement.

Ceux-ci étant venus en aide aux chômeurs refusèrent de quitter leurs usines.

Le travail n’était guère abondant ; les ouvrières de l’établissement Rey de Caussade firent grève, entraînées par la secrétaire du syndicat. Le syndicat enjoignit à tous les ouvriers de quitter le travail. Le bruit avait couru qu’avec l’argent du syndicat on avait acheté une table de toilette à la secrétaire par reconnaissance pour ses services. La plupart des ouvriers refusèrent. Une campagne s’en suivit. Cependant le travail diminuait et les patrons ne pouvaient occuper tout le personnel.

Ils remercièrent alors un grand nombre d’ouvriers et d’ouvrières choisis parmi les meneurs. Ceux-ci restèrent tout à coup sans travail. La plupart ont pris un engagement sur la voie ferrée et invectivent maintenant ceux qui sont restés à l’ombre dans les usines.

Grâce à ceux-ci les échantillons ont été faits ; les voyageurs sont partis ; ils font beaucoup d’affaires. La saison s’annonce bien pour l’année prochaine. »

(N.D.L.R. : Face à l’échec de la mobilisation, l’auteur conclut en ironisant sur la reprise des affaires ; il faudra attendre 1930 pour qu’une nouvelle mobilisation se produise dans la chapellerie. En 1921, lorsque survient la scission entre CGT Confédérée et CGT unitaire, le syndicat des chapeliers refuse de choisir et ne se rattache à aucune des deux UD).

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