La mort d’Arezki Hermouche
En lisant Algérie Actualité entre 1992 et 1995 j’appréciais la chronique de souvenirs de M. S Ziad. Celle-ci nous rappelle les temps anciens de la RDA ! Arezki Hermouche fut un cardiologue. JPD
Algérie Actualité du 24 au 30 septembre 1992
Le Jardin de M.S. Ziad
Il est des périodes où mon cerveau ne tolère le moindre répit, il est là à me contraindre à la mise en action de ma mémoire, à la recherche de quelque souvenir en elle englouti.
-Ça a été le cas le 16 septembre. Tandis que je déambulais au jardin, mon esprit en était loin, bien loin. Alger, Tizi-Ouzou, Oran, Constantine, Bruxelles, Témouchent, Béjaïa, Paris, Tunis, Leipzig. 16 septembre, en quoi cette date pouvait-elle m'intéresser particulièrement ? L'explication ne m'était venue que la nuit, une fois au lit, un journal entre les mains ; soudain, je me suis rappelé que ce fut le 16 septembre 1959 que je fus hospitalisé à Leipzig, cette ville magnifique de ce que fut la RDA. Une hospitalisation qui avait duré un peu plus de cinq mois.
J'en sortis bien retapé, l'ulcère dont je souffrais n'étant plus qu'un lointain mauvais souvenir. Je fus grandement encouragé ensuite par un ami, Arezki Hermouche, venu parfaire ses études après avoir combattu et soigné dans les maquis de la wilaya IV.
Je ne l'avais pas revu depuis le printemps 1956 à Alger où, sans trop nous fréquenter, le courant passait parfaitement entre nous. Il est vrai que la présence d'amis communs avait facilité les choses.
Je l'avais devancé à Leipzig, de quelques semaines seulement. Là, la vie finit par nous voir occuper la même chambre à la cité universitaire avec, entre nous, un autre Algérien, Rachid Baba-Ali, mordu de musique et de football. Arezki aimait aussi tripoter le ballon. Aussi plus d'une fois nous avions mis à profit notre temps libre pour de longues séances d'entraînement. Rachid, lui, avait toute la stature d'un footballeur comme l'avaient beaucoup de nos frères venus à Leipzig. Si bien qu'on avait constitué une équipe comme l'avaient fait les étudiants d'autres pays dont le Brésil, qui au cours d'un tournai s'était incliné devant les nôtres par un score-fleuve. Cette mini-équipe du FLN fut plus d'une fois invitée par des municipalités. Et à chaque fois, la nôtre sut tirer son épingle du jeu. C'était là qu'il me fut donner de mettre à profit mes dons d'arbitre.
Etait venu le moment de renouveler le bureau de l'UGEMA (Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens) ; Arezki Hermouche bénéficia de la confiance de la majorité, en toute démocratie, en remplacement de Djamel Ould-Abbès.
La solidarité de ce pays à l'égard de l'Algérie en lutte n'avait pas concerné que le savoir ; en effet plusieurs blessés de guerre, de grands blessés, pour la plupart amputés d'une jambe, furent pris en charge. J'avais connu certains d'entre eux à Tunis où le local de la délégation extérieure de l'UGTA constituait mon point de chute. Sur une idée de Rahmoun Dekkar, et avec Mustapha Toumi nous tentâmes de leur inculquer les premiers rudiments des deux alphabets (arabe et français).
Lorsque le HCE pressentait Bélaïd Abdesselam pour la formation du gouvernement, je me suis aussitôt mis à pronostiquer : deux noms me vinrent à l'esprit : Hermouche à la Santé, Mefti aux Hydrocarbures...
Depuis cinq ans, je n'avais eu l'occasion de revoir Hermouche qu'à deux reprises : à Ighil Imoula lors de l'inauguration de la stèle du 1er Novembre (1988) et à El-Alia au cours des funérailles de Kateb Yacine. Pourtant plus d'une fois je m'étais juré de lui rendre visite d'autant que j'avais souvent de ses nouvelles par un ami commun, médecin à Tizi-Ouzou. Ce médecin, plusieurs fois condamné à mort par contumace, fit ses études également dans l'ex-RDA, à la même époque. Le GPRA avait confié alors à Belaïd Abdeslam le suivi des étudiants algériens à l'étranger dont le gros était concentré dans les grandes villes de l'Allemagne de l'Est. Avant la rentrée 59-60, Belaïd vint à Leipzig. Il s'y entretint avec chaque étudiant pour l'encourager et l'orienter. L'Algérie, une fois indépendante aura besoin de médecins, d'architectes etc., mais il lui faudra surtout des économistes. D'où le souci de Abdeslam de persuader beaucoup de s'orienter vers cette discipline. Vision proche et lointaine des choses ; mais vision réaliste surtout pour un homme que l'art n'a pas laissé indifférent. Ne fut-il pas l'un des intimes de El-Hadj M'hammed El-Anka et de Kateb Yacine ?
Boudiaf appelé à la rescousse de l'Algérie en dérive, Hermouche fut l'un des tout premiers à lui manifester son soutien, sa fibre patriotique étant demeurée toujours vivace. Lorsque son compagnon de lutte, le professeur Rahmouni, mourut subitement, Arezki n'hésita pas à venir en aide à la famille du défunt, en consacrant deux journées par semaine au cours desquelles on pouvait le consulter dans le cabinet du professeur défunt.
Prémonition ? Tandis que j’écoutais la radio et que j’envisageais sérieusement une visite à Areski, je n’en croyais pas mes oreilles lorsque la maudite radio m’apprit sa disparition brutale.
Note : Arezki Hermouche surnommé Saïd, né le 1er décembre 1929 à Béjaia. Militant de l’UDMA, puis l’un des animateurs de l’UGEMA avant d’adhérer au FLN. Il sera avec Lamine Khène porteurs de minutions que Med Seddik Benyahia a chargé de transporter à l’avocat Belhoucine à Béjaia. Interceptés par les soldats, ils arrivent grâce à la fumée de la cigarette à brouiller la piste au chien renifleur. Il était étudiant en médecine au moment de la grève des étudiants du 19 mai 1956. Il rejoint le maquis à Bordj Ménaïl pour être affecté avec l’infirmière Fatiha alias « Farida » en Wilaya IV zone 1, puis à la zone 2 où ils se marient après autorisation du Conseil de wilaya. Il part étudier en Allemagne 1959/60 grâce à une bourse du GPRA. En 1960, il assiste au IVe congrès de l’Ugema à Tunis représentant la communauté universitaire d’Allemagne. Revenu au maquis, il sera médecin-capitaine chargé du service de santé de la Wilaya IV. Après l’indépendance, il termine ses études de médecine en soutenant sa thèse intitulée : « Angiographie de l’artère cérébrale dans le diagnostic des tumeurs médianes de la fosse cérébrale postérieure ». Il rejoint l’hôpital Aït Idir le 21 septembre 1966. Il y travaillera comme adjoint du Professeur Djillali Rahmouni, alors chef de service de radiologie. Après le coup d’Etat avorté de 1967 de Tahar Zbiri, il sera fait prisonnier durant deux ans pour l’avoir hébergé.