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Vie de La Brochure
19 avril 2020

Entretien avec Henri Lefebvre en mars 1986

Entretien_avec_Henri_Lefebvre_Mars_1986

le jeune lefebvre

Cet entretien je l’ai lu à l’époque, je l’ai annoté, je l’ai relu en diverses circonstances. En mars 1986 j’étais devenu un familier d’Henri Lefebvre (sans être un familier de la philosophie d’où mes difficultés à lire quelques passages) qui venait de lancer le mensuel M, Marxisme, Mouvement et à cause de cet entretien j’ai acheté « Le nationalisme contre les nations » qu’il mentionne, une autre de mes lectures de référence à laquelle Roger Martelli vient de faire un écho à contre-usage ! J’ai l’impression de l’avoir déjà copié cet entretien, de l’avoir déjà mis sur le blog mais deux fois valent mieux qu’une.

Ce qui est sûr c’est que j’ai déjà fait grand usage de cette réponse :

« M. T.: Pourtant vous avez été un militant très actif, dans le syndicalisme enseignant, à Montargis où vous êtes élu conseille municipal communiste en 1935. Mais au fond, vous donne l'impression d'être à l'écart de l'esprit du Front populaire et de sot optimisme dominant.

H. L. : Mais j'y ai participé de toutes les manières possibles ! J'ai été à la mer et à la forêt de Fontainebleau avec des groupes de jeunes. J'ai assisté à cette découverte de la nature. Ça me paraissait tout à fait passionnant, une expansion de la culture populaire, ouvrière, qui était d'ailleurs difficile à assimiler par elle. C'était un choc dont on ne se rend pas compte, cette culture qui était constituée autour de la seule idée du travail et qui tout d'un coup va s'ouvrir sur la nature ou le loisir. Mais, effectivement, je n'ai jamais cru que l'alliance des démocraties amènerait la paix. Avec la guerre d'Espagne, je sentais venir la guerre mondiale. C'était terrible pour moi, parce que je ne disais pas un mot pour rabattre la jubilation des garçons et des filles avec lesquels je me suis promené. Moi, je me disais qu'il y avait beaucoup d'illusions dans cette joie. Je considérais la guerre comme inéluctable, parce que, quand une stratégie est en place, elle doit aller jusqu'au bout, elle a sa logique. Le Front populaire était venu trop tard pour des préparatifs stratégiques déjà en place. J'étais donc d'un pessimisme de plus en plus profond, certains m'appelaient la «Cassandre marxiste ». »

 Le parcours d’Henri Lefebvre a été celui d’un démocrate rebelle. J-P Damaggio

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