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Vie de La Brochure
22 avril 2020

Zapatistes et coronavirus

jérôme baschet 2

Un ami attire mon attention sur la longue analyse de la situation par Jérôme Baschet que je ne connaissais que de nom sans jamais l’avoir lu, alors que tout aurait dû me porter vers ses écrits.

Jérôme Baschet, né le 3 août 1960 à Villeneuve-lès-Avignon, est un historien médiéviste et contemporanéiste français (dit Wikipédia) qui enseigne depuis 1997 à San Cristóbal de Las Casas d’où cette citation reprise de son analyse :

« Alors que le président mexicain affichait jour après jour son déni de la gravité de la maladie et son refus de toute mesure sérieuse de prévention et de protection, les zapatistes du Chiapas ont surpris par la précocité et la clarté de leur réaction. Dans son communiqué du 16 mars, l’EZLN déclare l’alerte rouge dans les territoires rebelles, recommande aux conseils de bon gouvernement et aux communes autonomes de fermer les caracoles (centres régionaux) et invite les peuples du monde à prendre la mesure de la gravité de la maladie et à adopter «des mesures sanitaires exceptionnelles», sans pour autant abandonner les luttes en cours. Cette annonce est d’autant plus remarquable que les autorités de l’État fédéral n’étaient pas alors les seules voix à minimiser le danger de l’épidémie (il est vrai, très peu diffusé encore au Mexique). Inspirés par leur méfiance envers les

jérôme baschet

impositions étatiques – et parfois aussi, plus spécifiquement, par des propos comme ceux de Giorgio Agamben sur «l’invention de l’épidémie» comme levier de l’état d’exception, ou sur la misère d’une vie nue, privée de tout contact physique – nombreux étaient ceux qui, dans les milieux radicaux, tendaient à récuser par avance les mesures de distanciation sociale ou de confinement et à leur opposer un devoir de résistance. Dans les jours qui ont suivi le communiqué, les responsables de la santé autonome zapatiste ont partagé les informations disponibles concernant les symptômes de la maladie et ses modes de contagion; et ils ont recommandé des mesures de prévention et de contention, telles que la suspension des réunions ou la mise en quarantaine des personnes revenant d’autres régions. Mais c’est aux communautés elles-mêmes qu’il est revenu de prendre les décisions qu’elles considéraient pertinentes, en fonction de la situation particulière de chaque lieu. Cette expérience – qui n’est assurément pas la seule en son genre et qui s’est sans doute reproduite dans bien des régions où les traditions communautaires amérindiennes restent fortes – permet de mieux se représenter ce que pourrait être une organisation de santé populaire et auto-organisée. Elle permet aussi de mieux comprendre que des mesures aussi drastiques et éprouvantes que le confinement ou l’impossibilité de se toucher et de s’embrasser ne deviennent vraiment odieuses que par les formes qu’elles prennent lorsqu’elles sont imposées par l’État, à grand renfort de contrôles policiers et de mesures répressives. Mais il peut aussi exister des formes de confinement collectivement décidées et auto-organisées, au plus loin des cadres étatiques. »

 

Le texte est publié sur le site lundimatin que je ne connaissais pas, où Giorgio Agamben est en bonne place, un site italo-français qu’on peut caser plus ou moins à l’extrême-gauche, avec Serge Quadruppani en bonne place, et le lecteur peut se reporter au texte en entier ICI

Au-delà du cas zapatiste parfaitement bien résumé, Jérôme Baschet tient à faire la différence entre la réalité de la pandémie et ses diverses utilisations politiciennes car le cas d’AMLO n’est pas unique aussi bien à droite qu’à gauche (pour le cas où droite et gauche auraient encore un sens). Il est d’ailleurs surprenant de constater depuis l’élection d’AMLO les bons rapports qu’il entretient avec Trump qui vient d’offrir des respirateurs au Mexique.

AMLO tant célébré par Mélenchon n’est pas à ce jour face à une pandémie de l’ampleur connue en France ou aux USA mais sa réaction est très éloignée de la réalité pas seulement sanitaire mais aussi économique car les deux sont liés depuis le départ.

Ce sont de telles réactions qui permettent à Jérôme Baschet d’analyser avec minutie et de manière équilibrée, les deux aspects des conséquences à la lumière de leur gestion :

-en quoi le système dominant peut tirer bénéfice de la pandémie

-en quoi les luttes populaires peuvent tirer bénéfice de la pandémie.

 Si des possibles existent en faveur de luttes populaires qui, juste avant la pandémie se développaient dans le monde (ce qui fait dire à certains qu’elle a été provoquée pour sauver le système, quand les mêmes disent plus tard qu’en cette occasion, le système s’effondre !) rien n’est mécanique. Donc il propose «quatre opportunités pour faire croître les possibles»  dont je ne retiens que les titres de chapitre :

-«Vous ne confinez pas les colères».

-««On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste» disait Gébé»

-«Mettre l’économie à l’arrêt : beaucoup en rêvait, le virus l’a fait.»

-«Les pratiques d’entraide et d’auto-organisation»

 Il y a diverses matières à discussion car elles ne sont pas unilatérales. J’en prends une, le rapport à l’Etat et à l’autogestion dont l’auteur est plutôt un défenseur. La crise démontre le rôle majeur de l’Etat dont certains voulaient nous faire croire qu’il était devenu marginal, par rapport à l’économie. Mais quel Etat, celui qui soigne ou celui qui réprime où celui qui justifie la répression pour soigner ? Une des constations évidentes tiennent au renforcement du répressif sous toutes ses formes. Comment passer d’une obligation à se protéger par soumission, à une obligation librement consentie quand on sait que le cas zapatiste ne peut pas être généralisé ? Sauf que ce qui peut se généraliser ce sont des autorités capables de favoriser la solidarité plutôt que de chercher à la manipuler !

J’ai déjà lu cent fois qu’entre la vie et l’économie il fallait choisir et Yanick Jadot avec un tas d’autres est clair : il choisit la vie or il n’y a pas de vie SANS économie ! Pourquoi faut-il toujours que «la générosité de gauche» saute pieds et poings liés dans la négation de la réalité ? Parce qu’elle appartient à cette catégorie dont la vie dépend peu de l’économie grâce à quelques statuts sociaux solides dont pour une part je bénéficie aujourd’hui ? Une générosité mal placée qui fait le bonheur depuis longtemps de Marine Le Pen car elle, elle n’a pas de responsabilités à assumer.

Jean-Paul Damaggio

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