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Vie de La Brochure
23 avril 2020

La division internationale du travail aujourd’hui

Voilà que la question des nations refait surface… sur les eaux troubles de ceux qui voulaient les y noyer ! En conséquence Roger Martelli, qui en 1978 avait ouvert la collection Comprendre aux Editions sociales par une étude sur La Nation, juge important, dans Regards, d’intervenir dans le débat avec en conclusion une référence à Henri Lefebvre:

«En 1939, le philosophe communiste Henri Lefebvre écrivait un livre qu’il avait intitulé Le nationalisme contre les nations. On peut aujourd’hui penser de même que le souverainisme est l’ennemi de la souveraineté. »

J’ai la réédition de ce livre de Lefebvre qui me sert souvent de livre de chevet et je crains que Martelli n’en fasse un usage à contre-sens vu les contextes différents entre 1935 (le livre a été publié en 1937 et écrit en 1935) et aujourd’hui, et vu les liens entre souveraineté et nation.

D’hier à aujourd’hui, un point est commun : la division internationale du travail organisée par un système économique producteur d’impérialismes. Sauf que ce n’est pas de cette division que l’on parle mais de faux débats du genre : les protectionnistes opposés à la libre circulation or depuis toujours les USA ont joué sur les deux tableaux ! Ils choisissent au cas par cas le système le plus avantageux pour les géants de leur économie. Autre faux débat : la démondialisation contre la mondialisation.

Martelli veut rappeler que le repli sur les frontières n’a aucun sens vu les relations économiques existantes. Prenons ce que je juge sa phrase clef :

«Le plus grand paradoxe de notre temps est que jamais la mondialisation capitaliste n’a été aussi grande et aussi faibles les instances de décision collective à l’échelle de la planète. Ou bien elles sont impuissantes, comme la plupart des organismes de l’ONU, ou bien elles sont dépendantes des impératifs édictés par les marchés et les lobbies industriels et financiers. »

Il ne s’agit pas là d’un paradoxe mais d’une logique.

Sur le coup j’ai cru qu’il allait pointer le paradoxe qui veut que face «à la mondialisation capitaliste» il n’existe plus d’internationale sociale ! Les débuts du socialisme sont passés par l’Internationale or depuis longtemps… elles sont capitalistes !

Les questions clefs me paraissent être les suivantes : pourquoi les organisations syndicales sont-elles unies (CSM) dans une organisation totalement fantôme ? Pourquoi des forces politiques appartiennent-elles à un Parti de la Gauche Européenne totalement fantôme ? ‘Présidé par Heinz Bierbaum (Die Linke) depuis le congrès de Malaga (13-15 décembre 2019))

 

Martelli propose un rappel que je juge abstrait, à la souveraineté contre l’ennemi souverainiste. Exactement comme ceux qui disent : l’Europe oui mais sociale, or par définition la construction européenne ne peut pas être sociale !

Le livre de Lefebvre de 1935 est à la gloire des nations contre les nationalistes qui en font un mauvais usage. Le propos de Martelli néglige le fait qu’il n’y a à ce jour de souveraineté possible que par les nations ! Mais voilà on risque de se retrouver sur les terres de l’extrême-droite :

«À gauche, il en est de l’exaltation de la frontière comme de l’invoca-tion «populiste» : elle veut contrecarrer l’expansion de l’extrême droite; elle risque de la légitimer un peu plus.»

C’est la crainte de cet adversaire qui le légitime ! Donc revenons au point de départ la division internationale du travail qui rappelle indirectement l’existence des nations quand le terme mondialisation le fait disparaître :

1)    La division est d’abord naturelle car il existe des pays qui ont du gaz, d’autres du cuivre et aujourd’hui pensons surtout au cobalt ou au lithium. Et ils se servent de cette arme.

2)    Le système capitaliste va monnayer cette division par des entreprises de plus ne plus gigantesques, qui décident plus ou moins du lieu de valorisation des dites matières premières.

3)    Sauf que l’industrie mise en place génère une classe sociale qui pas à pas revendique ses droits, d’où la pratique très anciennes de délocalisations permanentes qui renforcent les nations puisque les droits de douane deviennent plus cruciaux.

4)    Les multinationales sont d’abord nationales car les Etats pour exister ont besoin d’impôts, et le moindre n’est pas celui des droits de douanes. Les octrois n’existent plus à l’entrée des villes car à la place nous avons la T.V.A. par exemple, mais ils existent plus que jamais à l’entrée dans les pays.

La question n’est donc pas entre repli ou pas, derrière les frontières, mais quelle conception actuelle des nations pour contrer à la fois la vision d’extrême-droite (une nation fossile), et celle d’extrême-finance (une nation débile).

En URSS l’effondrement, avant d’être celui du communisme, a été celui d’une factice union de nations. Il a commencé parf l’effondrement du «bloc» de l’Est puis du pays intérieur.

Alors que le nombre de nations ne cesse d’augmenter (et peu sous l’effet des multinationales) comment les comprendre comme porteuses d’émancipation générale ? Comment articuler nations et inter-nations ? Plus globalement comment obtenir un droit à la différence dans l’égalité ? Telle me semble la tâche sociale à accomplir pour que la division internationale du travail ne soit plus la force du capitalisme mais sa faiblesse ! J-P Damaggio

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