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Vie de La Brochure
22 mai 2020

André Benedetto 1970

Benedetto 1970

A reclasser mes archives je tombe aujourd’hui sur deux articles concernant André Benedetto dont je n’imaginais pas un seul instant que je le croiserais trois ans après. JPD

 

Emballage » à Choisy-le-Roi

Lettres Françaises

CE soir, la Nouvelle Compagnie d'Avignon joue Emballage d'André Benedetto, au foyer des jeunes de Choisy-le-Roi. Elle a installé, dans une salle en étage encore emplie d'une odeur flottante et lourde de cantine, son estrade démontable, posée en éperon parmi trois rangs de chaises qui l'entourent. Lampes floods accrochées sur des piquets de bois tenus en équilibre par des bornes de sécurité routière en plastique, grands masques papiétés et plâtreux ; avant même qu'elle ne débute, la représentation se choisit ce qu'elle est : sobre, directe, humble, précise. Les cinq camarades d'André Benedetto s'installent sans précipitation, accroupis. L'un frappe, en rythmant ses coups, un triangle. L'autre heurte le sol en cadence légère avec une règle. Emballage commence,

« Quand tu entres il n'y a

qu'un énorme Emballage exposé sur

[le rond au milieu

Exposée

sur le rond

sous le projecteur isolée exhibée... »

Et voici ce poisson. Fruste poisson, effacé par l'eau dans lequel il a glissé, poisson-papier qu'Alexandre Zacharie, l'homme-qui-ne-possède-rien-que-lui-même part acheter sans argent et qui se vendra pour acheter.

A la lecture, Emballage[1] paraissait un exercice laborieux autour de Salaires, prix et profits, une paraphrase appliquée de l'entrée en matière du Galy Gay d'Homme pour homme de Bertolt Brecht. Le souvenir d'autres représentations de la Nouvelle Compagnie d'Avignon, tendues vers des exploits d'acteurs jouant à bras-le-corps des textes réclamant ténors et basses du théâtre de diction pouvait faire craindre que le didactisme ne l'emporte, impose à la parabole sur le salariat et la vente de la force de travail du « travailleur libre » le terrifiant ennui du prêche presbytérien. Depuis le 9 mars 1970 où Emballage fut créé, à la «commande» de Bernard Mounier pour la Commission de coordination culturelle des comités d'entreprise du Havre, le spectacle s'est précisé. Mille détails l'attestent[2]. Mais ces modifications ne font que confirmer une qualité première de la Nouvelle Compagnie d'Avignon : sa naïveté. A l'exemple de son « héros » — ni marin, ni docker, ni pétrolier, ni paysan devenu ouvrier, ni secrétaire intérimaire mais Alex, jeune garçon sorti d'un C.E.T. —, surpris de la raison déraisonnante d'un monde tuant lorsqu'il veut vivre, Benedetto et ses amis jettent un regard étonné sur les «obscurs» manèges par lesquels le capital brille des mille feux de l'évidente éternité. Zacharie-déraison raisonne les folies de la loi de l'offre et de la demande.

Benedetto parmi ses amis est maître d'œuvre. Il est présent, un et multiple. Unité aussi, d'un groupe en accord total avec ce qu'il accomplit.

Les situations ont été imagées avec la même naïveté. Poisson, grandes mains, grosses têtes, gueules, tête de lion, poing énorme et massif confèrent même à la représentation un ton de fabliau moderne parfaitement percutant.

Parabole limpide donc : comment un homme, pour manger, apprend à vendre sa force de travail et comment, par cette vente, il n'obtient pas le salut. Parabole bien exposée et bien racontée. Les six comédiens disent, expliquent, reprennent. Comme le conteur surprenant le trouble dans un regard étonné par le vocabulaire répète à un auditoire enfantin l'épisode incompris. Cette attention manifestée envers le public crée le lien d'une complicité : la représentation semble portée par lui. Humour, ironie, délicatesse éliminent bientôt les hésitations qui perçaient aux premiers échanges.

Avec des moyens beaucoup plus réduits et également une conception du travail théâtral, de l'intervention théâtrale différente, la Nouvelle. Compagnie d'Avignon s'inscrit dans cette orientation qui fait tout le prix du Théâtre du Soleil. Longue vie à Benedetto et à ses amis. E.C.

 

Article de France Nouvelles (pas de date)

d'avignon à la courneuve

Un défilé sur la Commune ? Cette idée a germé dans la tête de Benedetto au printemps dernier : il l'a immédiatement réalisée dans les rues d'Avignon, saluant ainsi à sa manière les cent ans de la Commune de Paris. Il reprendra cette manifestation à La Courneuve dans l'après-midi du samedi 11 septembre. Il a bien voulu nous expliquer en quoi consisterait ce défilé :

« J'utiliserai trois scènes mobiles et tractées qui se déplaceront à travers la fête au gré des possibilités techniques et de la densité des visiteurs. Sur chacune de ces scènes seront illustrés trois moments de la Commune. Première scène : proclamation de la Commune par les Parisiens qui refusent de livrer les canons. Deuxième scène : vie et expression de la Commune à travers « la grande femme rouge ». Troisième scène : si le cadavre est à terre l'idée est toujours debout. Nous utiliserons au maximum la sonorisation, des poupées, des drapeaux. Il y aura bien sûr des chants auxquels participera « l'Ensemble Populaire de Paris ». Nous allons travailler à Paris pendant une semaine pour mettre au point ce défilé... mais une évolution est toujours possible puisque c'est le propre de ce genre de manifestation d'être fondée sur la présence de la foule et de reprendre vie à travers la participation réelle du public. »

Par ailleurs, André Benedetto et sa troupe, la Compagnie des Carmes, présenteront le samedi 11 et le dimanche 12 septembre «Mandrin», spectacle joué de nombreuses fois déjà en Avignon, sur la place du Marché, à Crémieux, à Bourg-en-Bresse, à la Bourse du Travail du Havre, dans un camp récemment pour la fête des travailleurs alpin à Grenoble.



[1]  Il suffit déjà de comparer la première à l'édition définitive d'Emballage (publié par P.J. Oswald) et celle-ci à la version jouée

[2] Voir les L.F., février 1970...

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