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Vie de La Brochure
30 juin 2020

Mexico : le crime organisé a encore frappé

 

 

 

J’ai acheté le numéro du Monde pour y lire les analyses sur les municipales et je tombe sur cet article concernant le Mexique. J’avais raté l’information dont il est question or elle est de la plus haute importance. Mais j’aurais l’occasion d’y revenir. J-P Damaggio

 Le Monde MEXICO - correspondance

Le blindage de sa camionnette n'a pas résisté à la violence de l'assaut. Le chef de la police de Mexico, Omar Garcia Harfuch, a réchappé de peu, vendredi 26 juin, à une spectaculaire embuscade qui a fait trois morts dans un quartier huppé de la capitale mexicaine. Blessé, M. Garcia Harfuch a accusé, sur son compte Twitter, juste avant de passer au bloc opératoire, le cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG) d'avoir commandité son assassinat. Cet attentat mafieux, inédit à Mexico, prend des airs de déclaration de guerre contre l'Etat.

L'attaque a eu lieu à 6 h38, dans l'ouest de la capitale, où une douzaine d'hommes, armés de grenades et de fusils Barren 5o, capables de percer les blindages, ont criblé de balles la camionnette d'Omar Garcia Harfuch. La fusillade a duré plusieurs minutes, plongeant dans le chaos le quartier de Las Lomas, qui abrite des ambassades et de luxueuses demeures. Plusieurs centaines de douilles ont été retrouvées sur place ainsi que les cadavres de deux gardes du corps de M. Garcia Harfuch. Prise dans le feu croisé, une commerçante de 26 ans a été tuée. Quant au numéro un de la sécurité publique de Mexico, il a été atteint par trois balles au bras, à la clavicule et au genou.

Les autorités ont arrêté seize agresseurs. Leurs témoignages ont révélé que l'attentat était préparé depuis trois semaines, mobilisant vingt-huit assaillants dans sept véhicules. Un des détenus n'est autre que José Armando Briseno, alias « El Vaca » (la vache), un des chefs des tueurs du CJNG. Jamais un haut fonctionnaire de la capitale n'avait été ainsi pris pour cible par le crime organisé.

Mexico a longtemps été épargnée par ce type d'attaque, révélant recrudescence de la violence de cartels. L'année 2o19 a marqué un seuil macabre historique, ave 35588 homicides. Et 2020 n'est pas en reste : 2583 meurtres ont été perpétrés en mars, soit plus de quatre-vingts morts par jour. Un record mensuel, malgré le confinement décrété contre l'épidémie de Covid-19.

Pression américaine

Le président, Andres Manuel Lopez Obrador, dit « AMLO », a attribué, vendredi, l'attentat à une riposte du CJNG contre une série d'arrestations et de saisies réalisées en coopération avec l'agence antidrogue américaine (DEA). En mars, la DEA a mis à prix pour 10 millions de dollars la tête chef du CING, Nemesio Osegue Cervantes, alias « El Mencho». C'est le baron de la drogue mexicaine le plus recherché au monde depuis l'arrestation, en 2016, et la condamnation, en 2019 aux Etats-Unis, de Joaquin « El Chapo » Guzman, l'ancien dirigeant du cartel de Sinaloa, concurrent du CJNG. Début juin, l'Unité mexicaine de renseignements financiers (UIF) bloquait 1939 comptes bancaires (plus de 900 millions de dollars, soit un peu plus de 800 millions d'euros) liés au CJNG. Sans compter l'extradition aux Etats-Unis, en février, de Ruben Oseguera, fils d'« El Mencho ». Le 16 juin, un commando du CJNG a assassiné le juge mexicain Uriel Villegas et son épouse devant la porte de leur demeure dans la ville de Colima, dans l'ouest du pays. Le magistrat avait été chargé du cas du fils d'« El Mencho » avant son extradition. La pression croissante des autorités sur le CJNG contraste avec le traitement accordé à son concurrent, le cartel de Sinaloa. Le 17 octobre 2019, les autorités avaient libéré Ovidio Guzman Lopez, un des fils d'« El Chapo », après son interpellation à Culiacan, capitale de l'Etat de Sinaloa, dans le nord-ouest du pays, alors que les tueurs de son cartel mettaient la ville à feu et à sang.

«Notre priorité a été d'éviter des victimes innocentes », a justifié, le 19 juin, le président « AMLO », révélant avoir lui-même ordonné sa libération. Une décision en accord avec la stratégie sécuritaire du président, élu triomphalement en juillet 2018 sur la promesse de mettre fin à la guerre du gouvernement contre les cartels qui a plongé, depuis 2006, le pays dans une spirale de violence. Avec son slogan « abrazos, no balazos ! » (des embrassades, pas de fusillades!), « AMLO » assurait alors ne plus vouloir arrêter des barons de la drogue pour s'attaquer aux causes de la violence, dont la pauvreté.

«L'heure n'est plus aux "embrassades", commente Edgardo Buscaglia, spécialiste du narcotrafic. Le gouvernement doit identifier davantage les réseaux politiques, judiciaires et financiers des cartels.» Le président «AMLO» a changé son fusil d'épaule sous la pression des autorités américaines. Alors qu'il avait promis de renvoyer les militaires dans leurs casernes, il a signé, en mai, un décret assurant l'implication de l'armée dans la sécurité publique jusqu'en 2024. L'initiative a provoqué une levée de boucliers de la part des organisations de défense des droits de l'homme. La Cour suprême a accepté un recours pour vérifier si le décret respecte ou non la Constitution. De leur côté, les élus de l'opposition ont dénoncé une stratégie sécuritaire laxiste envers les narcotrafiquants, qui renforcerait leur pouvoir de nuisance.

FRÉDÉRIC SALIBA

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