Honnorat et Digne
En fait, Digne-les-Bains, petit chef-lieu d’un département, comme Auch l’est du sien, le Gers. La comparaison n’est pas fortuite les deux départements ruraux ayant été marqués pour un même moment historique, la révolte du 2 décembre 1851. Si bien qu’aujourd’hui en arrivant à Digne on y entre par le rond point des insurgés du 2 décembre 1851.
L’axe central est le boulevard Gassendi avec en parallèle, juste au dessus, la rue du docteur Honnorat.
Voici presque 25 ans j’ai croisé l’étrange docteur Honnorat grâce à une conférence de René Merle, grand connaisseur du sujet. Y repenser aujourd’hui me provoque une étrange sensation. Grâce à l’aide mémoire d’internet je peux retrouver ce moment curieux de ma vie. Depuis dix ans, je n’avais pas quitté mon Tarn-et-Garonne et tout d’un coup par l’effet d’une expédition imprévue, j’entendais : « Que représente le nom de Simon-Jude Honnorat pour un Bas-Alpin d’aujourd’hui ? »
Et d’abord ce terme : un Bas-alpin. Nous sommes dans les Alpes de Haut-Provence débaptisées je ne sais quand, comme d’autres département, pour effacer le terme considéré comme péjoratif de Basses-Alpes ou de Basses-Pyrénées. Mais comment nommer les habitants : des Alpins de Haute-Provence ? Donc un Bas-alpin.
A Montauban nous avions Perbosc et à Digne Honnorat deux parcours totalement différents en deux époques totalement différentes et pourtant la conclusion de René Merle a une dimension universelle :
« Un siècle et demi après [sa mort], Honnorat nous apparaît comme la métaphore de l’aliénation linguistique et de l’aspiration à la désaliénation. Dans sa jeunesse, Honnorat renie son parler natal pour mieux accéder au français. C’est en français et par le français que le jeune fils de paysan pourra s’instruire, faire carrière, voyager... À l’âge d’homme, il retourne à ce patois qu’il érige en langue, la langue d’oc, forte de son passé prestigieux et de son espace immense. Mais que faire de cette langue condamnée à n’être plus parlée que par les paysans, et bientôt plus parlée du tout, quand ce destin, privé de soutien officiel, ne dépend plus que de ses défenseurs ? »
Honnorat 1783-1852 a été un royaliste sa vie durant et Perbosc un socialiste.
Honnorat devenu médecin n’arrive pas à la langue d’oc par la littérature, quand chez Perbosc l’instituteur, la littérature en est le pilier.
Honnorat est mort incompris mais à un moment la ville de Digne a décidé de l’honorer en lui donnant le nom d’une rue majeure. Et au Musée Gassendi (un autre simple fils de paysan au destin fabuleux) une salle rappelle en particulier son travail de… botaniste avec un tableau qui le représente. Un air totalement sérieux. Des vêtements signes d'un rang social élevé. Une plume à la main. Il me faudra chercher ce qu'en a dit Mary-Lafon si sa notorité est arrivée jusque à lui. Jean-Paul Damaggio
