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Vie de La Brochure
26 août 2020

Enlever des statues : Zadkine et Marcel Lenoir

Puisqu'il est question d'enlever des statues voici un article du temps où on enlevait des statues pour faire de place aux autos. On ne sait qui des trois artistes, s'amuse le plus à répondre. JPD

Comoedia 8 avril 1930

Quelles sont les statues qu'il faut expédier ?

Une enquête de Comoedia auprès des artistes, des écrivains et amateurs d'art.

En moins de rien, en cinq sec, on a vu deux statues de Paris déboulonnées, embarquées, voiturées vers le dépôt des marbres et leurs emplacements livrés aux terrassiers qui y installent un parc d'autos. Marbres et bronzes fuient sans résistance, fussent-ils Jules Simon et Victorien Sardou, devant la reine de vitesse.

Si la tradition parisienne a perdu à cette aventure, l'art n'en a pas beaucoup souffert. Et c'est à peine si quelques vieux Parisiens en ont été fâchés.

Mais puisque la « circulation » nous invite impérieusement à faire circuler les survivants de bronze et autres matières résistantes, à « ventiler » nos memorials, voilà revenue l'occasion de dénombrer, de désigner les monuments qui méritent plus que d'autres cette ultime valse.

Comœdia a donc tenu à consulter diverses personnalités sur ces « fins de bail ». Gageons que, dans un laps de temps assez court, la plupart des vœux émis dans les réponses que nous allons publier, seront exaucés, que l'avenir ratifiera le sens général de ces déclarations, qu'une série de statues de Paris durera maintenant ce que durent les poses.

Dans Paris, promenons-nous donc, et interrogeons les vivants qui contribuent à sa gloire, et auxquels, peut-être, seront élevées des statues, des statues dont les socles ne porteront, sans doute pas leurs réponses à notre enquête.

D'Ossip Zadkine et Valentine Prax.

Faisons tout d'abord à la femme la part aussi belle qu'à l'homme et questionnons Mme Valentine Prax et son mari Ossip Zadkine :

Zadkine :

— Les statues ridicules se marient fort bien avec certains paysages de Paris : les statues « coco » conviennent parfaitement aux petits cafés, aux bureaux de tabac, aux maisons délabrées. Elles ne jurent en rien avec la médiocrité des ensembles qu'elles complètent. Il ne faut pas les enlever.

Valentine Prax :

— Quel paradoxe! je m'en vais.

Zadkine :

— Valentine Prax est de mon avis, quoi qu'elle en dise. Il y a non loin de Saint-Germain-des-Prés un Diderot qui attend l'autobus dans un confortable fauteuil. Il fait notre admiration : le fauteuil surtout est épatant, il n'y manque pas un clou. Cependant, de nombreuses statues de cet ordre déshonorent les architectures devant lesquelles elles sont placées. On a enlevé le Penseur de Rodin : mais il reste la Sainte-Geneviève du pont de la Tournelle.

— Il y en a une plus laide, rétorque Mme Valentine Prax de la pièce voisine, la Mme Boucicaut du square Sèvres- Babylone.

— H y a surtout le monument du républicain qui n'avait qu'un œil, continue Zadkine. Ce fromage découpé jure avec le Louvre. Ce qu'il faudrait ne jamais enlever, c'est le monument de Maillo à Cézanne, ni, dans un autre ordre d'idées les statues qui peuplent les Tuileries.

Je regarde Zadkine avec un peu d'étonnement.

— Oui, lance-t-il, elles ont leur utilité : elles servent à l'éducation sexuelle des jeunes Parisiens !

 De Marcel-Lenoir.

Non loin de chez Zadkine, demeure Marcel-Lenoir :

— J'enlève Gambetta, Chappe, Hugo, les âneries, en bloc. Je garde le Ney de Rude, le Delacroix de Dalou, dont le buste est admirable, le Verlaine de Niederhausen Rodo, le buste est typique aussi, le Mieckiewicz de Bourdelle, c'est du travail propre, le La Rochejacquelein de Falguière, sa meilleure œuvre, et, au Luxembourg, si je laisse les Reines dont la plupart sont de remarquables morceaux de sculptures, j'enlève le Cladel, avoir un fils qui vous tue de la sorte! et j'enlève aussi le Lion de Barye. Ce n'est pas une statue, c'est vrai, mais c'est ridicule. Et cela ferait tant de plaisir à Pompon! En un mot, il faut à peu près tout enlever, à l'exception des œuvres de Houdon, de Rodin, de Bourdelle, de Rude.

De Paul Vaillant-Couturier

Réponse de leader communiste ? Réponse d’artiste ? M. Paul Vaillant-Couturier émet ce vœu : Que les parcs d’auto se développent au maximum.

Il y a toujours eu dans l’art du communisme.

Gaston Poulain

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