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Vie de La Brochure
14 novembre 2020

Vazquez Montalban et son manifeste subnormal

Manifeste-subnormal

La parution d’un nouveau livre sur Vazquez Montalban m’a imposé un détour supplémentaire vers l’Espagne mais, voilà afin de reprendre ma propre route, je vais boucler le voyage par un commentaire sur son livre Manifeste subnormal (Manifiesto subnormal).

Il a été publié en 1970 mais traduit seulement en 1994 ce qui m’a permis de le découvrir à ce moment-là. Il témoigne d’une période étrange de l’écrivain, la période subnormale.

Entre les années 60 et 1975, donc sous le franquisme MVM a considéré que la seule façon de lutter consistait à pratiquer ce que ses traducteurs français appelleront, un surréalisme mais que j’appelle depuis 1994, un sous-réalisme.

Quand on est communiste en 1970 et qu’on publie un manifeste le clin d’œil est évident. Sauf que le dit manifeste fait plus facilement référence à Groucho Marx qu’à Karl Marx ! Une façon de se moquer ? Pas du tout ! Ce livre veut au contraire honorer celui de Karl Marx. Je n’ose pas écrire, l’actualiser !

Pour comprendre souvenons-nous que jamais MVM s’est préoccupé de la question individuelle, personnelle, mais seulement de la question sociale. Le rapport entre l’être et l’avoir (même s’il a fini par avoir beaucoup) est bien peu de choses par rapport au FAIRE. Or toute action est collective, quand celle de l’intellectuel est individuelle même s’il signe des pétitions à plusieurs ! Voilà pourquoi MVM a toujours voulu être une part de la communion des saints, (sa formule fétiche pour dire être avec les communistes malgré tout), une part de la Catalogne ou une part de l’Europe. L’identité n’est pour lui, ni une affaire individuelle ni une opposition à l’universalité mais un moyen de puiser la vitalité pour aller vers l'universalité (Jaurès pensait de même)..

Bref, en 1970 il écrit un manifeste qui dans sa communauté communiste le met plutôt en marge, tout comme dans sa communauté catalane mais il n’écrit pas ce manifeste pour être marge mais pour qu’au contraire sa communauté communiste ne deviennent pas une marge !

Le livre se divise en deux parties : Théorie et Pratique.

Je vous assure que la partie théorie est, dés 1970, la théorie de toute sa vie ! La colonne vertébrale tient en cette phrase : qu’est-ce-ce que c’est que cette époque où il faut se battre pour l’évidence ? Phrase de l’écrivain suisse Dürrenmatt que j’ai découvert à cette occasion. MVM s'explique ainsi :

«Mais je me repens aussitôt de me laisser emporter par l'effet du catastrophisme localisé qu'Adam provoqua en s'exclamant devant le cadavre d'Abel : qu'est-ce que c'est que cette époque où la jeunesse devient fratricide! En fait, même si Dürrenmatt avait dit simplement: «Aujourd'hui, il faut se battre pour l'évidence», il y a une surcharge de sens qui ensevelit la phrase sous une montagne de décombres historiques. Spartacus se battait pour l'évidence. De Foe se battait pour l'évidence. Les narodniki se battaient pour l'évidence. Les luttes progressistes ont toujours été motivées par l'évidence de la réalité, et les philosophies ont décrété indécidable le moment où elles cessaient d'être témoignage de l'évidence pour devenir élément transformateur de l'évidence. En dernière instance, le requiem scientifique ne certifie qu'une seule chose : elles ont disparu une fois disparue l'évidence sur laquelle elles se fondaient.»

Il répétera sa vie durant qu’à ce battre pour l’évidence (ce qui ridiculise par avance les permanentes références à la complexité) encore faut-il repérer où elle se trouve en 1970. Pour lui dès cette époque les combats écolos étaient une évidence (lire En souvenir de Dardé publié en 1969) et dès cette époque il n’était pas gentil avec les figures de 68 qui –une évidence de plus – se retrouveraient dans le camp du pouvoir.

 La pratique :

MVM donne ensuite des exercices réellement pratiques. En voici un qui nous rappelle que pendant cette période l’écrivain proposait un futur, une fiction de futur :

« TEXTE COMMÉMORATIF de l'édification d'une ville en formica, dotée d'une centrale ordonnatrice de bonheur urbain électrosonique obtenu afin de contrecarrer l'effet d'un ciel mort, sans oiseaux, ni étoiles, ni ramures, où ni la peur ni le courage n'avaient leur place « 

 Version espagnole :

“TEXTO CONMEMORATIVO de la edificaci6n de una ciudad de laminado plâstico, provista de central orde-nadora de felicidad urbana electrosônica que conseguia para contrarrestar el efecto de un cielo muerto, sin pàjaros, ni estrellas, ni enramadas, en el que no cabia ni el miedo ni el valor.

(Publicado en Hogares Modernos, glosa del pabellén de Formica)”

Seule la version espagnole confirme le côté pratique d’une telle écriture pubiée dans un journal à vocation pratique et à la gloire du formica. Les mots de la publicité sont pratiques.

 Et page 150 ce conseil d'un auteur non cité mais évident, T.S. Eliot  :

«Lisez jusqu’à la tombée de la nuit, et en hiver, voyagez ver le Sud. N’importe quel Sud, ça n’a aucune importance.»

Manolo a beaucoup écrit seul face à ses machines, mais il a tout autant FAIT en participant à des dizaines de rédaction de journaux, à des dizaines de conférences, de rencontres. Il est mort au Sud en revenant de promouvoir une action en Australie. J'avais rêvé d'une action à Montauban, il avait aussitôt répondu oui mais elle s'est perdue ensuite. J-P Damaggio

P.S. La passion de MVM pour le sub ne pouvait que le pousser dans les bras du Sub (le sous-commandant Marcos).

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