Jean Cassou : la mémoire courte
Contre la mémoire courte Jean Cassou en appelle à la mémoire longue. Tout être humain n’échappe jamais à la mémoire aussi est-il important de saisir à laquelle on fait référence. La mémoire courte est de droite et la mémoire longue de gauche si je peux me permettre de résumer ainsi.
Jean Cassou écrit ce livre en 1953, un tout petit livre que j’ai envie de comparer avec le célèbre Discours sur la servitude volontaire, discours devenu célèbre seulement deux siècles après sa rédaction sous le titre le Contre Un.
Ce livre repose sur trois piliers : l’Espagne, la Résistance et France. Pas la France mais seulement France. France contre la France allemande du chapitre II.
Comme je l’ai déjà écrit il s’agit du livre d’un homme dont le désespoir sert de carburant pour agir ! Pourquoi le désespoir ? Car entre l’impérialisme nord-américain qui avance terriblement en France et l’impérialisme soviétique qui attend la mort de Staline, Jean Cassou comme d’autres était pris en tenaille d’autant que Vichy était toujours là !
Cette question me hante depuis longtemps : qu’a laissé à la Francen Vichy ? La même que celle : qu’a laissé à la Francen Napoléon III ? Voici la réponse de Cassou qui m’a laissé sans voix :
«Le principal héritage spirituel de Vichy est la mystique du Marché noir.» (p. 75)
Etrange n’est-ce pas ? Et pourtant si significatif quand on lit l’explication !
La première surprise : Vichy laissant un héritage spirituel ! Et cet héritage étant une mystique !
«Elle triomphe [la mystique] dans tous les cœurs et le système D et la combine ont remplacé toute méthode de pensée et de production.»
D comme débrouille. Je ne sais si l’expression système D peut se traduire dans d’autres langues mais en fait il s’agit d’une version de la Mafia.
Dans l’idée de Jean Cassou France est bien au-delà de la débrouille.
En 1953 le général de Gaulle a dû lire Jean Cassou pour s’aider de sa mémoire longue afin d’imposer à son tour quelques mémoires courtes.
Voici la conclusion en attendant mieux :
«Le grand poète Milosz avait coutume de dire : « L'Angleterre, c'est les Anglais ; l'Allemagne, c'est les Allemands ; la Suède, les Suédois ; l'Australie, les Australiens. La France, ce n'est pas les Français, c'est autre chose, et qui est si beau !» En effet, on ne sait pas très bien ce que sont les Français, ils ne le savent pas eux-mêmes ; on ne comprend pas très bien ce qu'ils font, le défaisant après l'avoir fait ; ce qu'on voit de plus clair, c'est qu'ils assurent cette fameuse, cette triste continuité... Et puis, tout à coup, en se déchirant eux-mêmes jusqu'au sang, ils conçoivent une pensée et accomplissent un acte qui transforme le monde en l'éblouissant. Il se produit alors quelque chose qui est France. Il y a France. Ce siècle est noir, et les derniers esprits libres ne peuvent que descendre dans ses profondeurs et, en compagnie des morts, y ronger leur mélancolie. Pourtant, il faut qu'il y ait France. »
D’un côté la triste continuité, « l’inflexible continuité dans ce qu'on appelle l'ordre, ou le veule et solennel acquiescement à l'ordre ».
De l’autre l’heureuse continuité, celle qui fit les révolutions.
D’un côté ceux qui s’acharnent à vendre la France à des puissances ou des idées étrangères car la France est toujours minable face à «la grandeur de l’Allemagne», «la détermination des Anglais» ou hier face au modèle «soviétique». Vichy fut le symbole de la version « France allemande » (qui ne vaut pas plus que la France USA) mais attention, ce n’est pas la défaite de 1940 qui a produit Pétain mais au contraire cette France de Vichy qui a contribué au développement du nazisme ! Je rêve encore au livre que finalement Pascale Froment n’a pas publié à ce jour, sur Denoël, l’éditeur de Céline qui publia en 1937 Bagatelles pour un massacre, un best-seller antisémite.
Bref, nous avons le choix : se laisser obnubiler par la France qui vend la France, ou célébrer sans cesse ceux qui firent France à travers tous les temps, hommes et femmes de toutes conditions, de tous âges et de tous lieux à commencer par les lieux qui nous sont les plus proches. Je suis heureux d’être de cette patrie. J-P Damaggio
P.S. Le livre de Cassou a été réédité au prix de 9,5O euros par Mille et une nuits mais je conseille le petite éditeur Sillage.
