Richard Anthony : Aranjuez mon amour
Et il n'y avait pas de bel été sans une romance. Une petite rapportée par Paris Match juillet 1967 sur Aranjuez mon amour de Richard Anthony.
Richard Anthony : Aranjuez
Maitre Rodrigo (1901-1999) ne reçoit pas. Mon mari n'est pas là !
La voix crie à travers le judas métallique. Un vent de folie souffle au cinquième étage du 9 Calle Villalar, où réside M Joaquin Rodrigo, soixante-cinq ans, aveugle, chevalier de la Légion d'honneur, professeur d'histoire de la musique à l'Université de Madrid et auteur du concerto d'Aranjuez qui déchaîne actuellement les passions madrilènes.
Ce concerto (pour guitare et orchestre), écrit en 1939, a été adapté par le chanteur Richard Anthony. Il l'a d'abord réduit à quatre minutes — l'original durait vingt-deux minutes —, a fait écrire des paroles, l'a rebaptisé «Aranjuez mon amour » et en a fait le tube de l'été : 500 000 disques vendus et la tête du hit parade actuel.
Rodrigo est mécontent, dit Richard Anthony, mais il touchera 100 millions de droits d'auteur.
Cela commence il y a cinq ans. A la montagne, dans une petite auberge. Richard entend un disque étrange que personne ne reconnaît. Il demande le titre : Concerto d'Aranjuez par l'orchestre de Madrid et le guitariste Narciso Yepes. Il s'aperçoit que la tonalité de l'œuvre correspond exactement à celle de ses cordes vocales.
Pendant huit jours, il travaille seul à Londres dans un hôtel, en secret : si on connaissait son projet les éditeurs concurrents feraient de la surenchère. Toujours secrètement, quarante-cinq musiciens sont convoqués. La séance coûte 15 000 francs et dure quatre heures. Lorsque le disque sort, c'est le triomphe. Les éditeurs se battent. Tous les orchestres veulent l'enregistrer.
Richard Anthony n'en reste pas moins serein. Dans dix jours, il fêtera dix ans de métier et dix millions de disques vendus, au cours d'un Musicorama.
On ne fait pas d'omelette, même espagnole, sans casser des œufs dit-il.
Et dans toutes les guinguettes, on chante :
Mon amour,
Sur l'eau des fontaines, mon amour
Où le vent les amène, mon amour
Le soir tombe...

