La Commune de Cladel unit urbains et ruraux
Sa vie durant Cladel eut le même rêve : unir les révoltes urbaines et les révoltes des «jacques» (un recueil de nouvelles s’appelle Urbains et Ruraux) aussi dans I.N.R.I. l’héroïne se prénomme Urbaine et le héros, Jacques.
Le passage crucial de I.N.R.I. se déroule le 18 mars 1871 quand les armes de l’armée et celles de la Garde nationale se font face. Entre les deux le méridional Jacques tient un discours pour éviter le massacre. Il en appelle même à la langue d’oc, à l’adresse des soldats méridionaux comme lui. Et les soldats baissent leurs armes et c'est la révolution !
D’autres œuvres sur la Commune ont-elles empruntés ce chemin ? Ni Vallès, ni Cassou, ni Vautrin. A lire ce passage, I.N.R.I. et Cladel lui-même confirment le peu d’avenir d’une telle œuvre et d’un tel artiste car en France la tradition est solide : rien ne peut unir le citadin et le villageois. Encore aujourd’hui il est de bon ton, dans un contexte très différent, d’opposer Paris et la «province». Des méridionaux s'efforçant de cracher sur Paris et inversement ! Sauf qu’aujourd’hui Paris ne concentre plus les peuples de France et les artistes du monde. Mais les mythes ont la vue dure ! J-P Damaggio
I.N.R.I.
«Beaucoup de mains se tendirent de part et d'autre vers le candide orateur et quelques-unes s'étant rencontrées se serrèrent. Tout le monde était ému. Sentant qu'on se rendait à l'évidence et que sa victoire à lui ne tenait plus qu'à un fil, le pacificateur se tourna, comme inspiré, vers les faubouriens, et reprit :
— Tous ici vous dites avec raison : il n'y a pas de Bon Dieu ni de calotin qui puisse empêcher qu'il n'en soit ainsi : Charbonnier est maitre chez soi.
Puis s'adressant aux paours, à demi-gagnés, il ajouta :
— Chez nous on répète en d'autres termes à peu près la même chose :
«Un grilh al fourds de sa tuto, l'apparat dins son niou, lou peïs pel l'aïgo n'a pas a s'apaouta daban digus et cadun aqui es reï coumo tout ome lou sario dedins amai de foro se n'ero pas un paurone. » Eh bien ! si ce dicton n'a pas menti, s'il est vrai que le grillon au fond de son trou, le moineau dans son nid, le poisson sous l'eau n'a point à fléchir devant personne et que chacun est roi chez lui, comme l'homme lui-même le serait, s'il n'était pas aussi peureux qu'il l'est, tâchons, nous autres qui nous regardons comme les premiers des animaux, d'être aussi libres que les bêtes et, tels qu'elles-mêmes, ne nous courbons jamais plus devant aucun despote. Or donc, crions tous : « A bas Versailles, où l'on nous forge des chaînes, et vive Paris qui les casse!... »
Une salve de bravos accueillit ce cri viril ; au lieu de baïonnettes, il n'y eut plus bientôt que des crosses en l'air, et c'était un étrange spectacle que de voir et d'entendre, en ce faubourg de la Capitale, ces cohortes d'Albigeois et de Languedociens, dont les ancêtres avaient été fauchés par les bandes féodales de Simon de Montfort, acclamer, à l'instigation de l'un des leurs, les rejetons des serfs barbares de l'Ile-de-France qui, sous Philippe-Auguste, avaient ravagé le beau pays des troubadours et ruiné ses mœurs pastorales, sa merveilleuse langue et sa civilisation à nulle autre inférieure en ce temps-là.
— Vive la garde nationale!
A quoi les bataillons de la cité ripostèrent ainsi :
— Vive la ligne, et vive les chasseurs à pied !
Ensuite, tous ensemble, militaires et citoyens, à l'envi :
— Vive la République, démocratique et sociale!»