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Vie de La Brochure
2 février 2021

Maurice Mauviel et Razoua

Maurice Mauviel

Dans son livre, Labyrinthe algérien, Maurice Mauviel consacre un chapitre à Eugène Razoua. J'en donne ici le début où il évoque un événement que je n'ai jamais mentionné sur ce blog, sauf un peu à travers le cas de Paschal Grousset, le cas Victor Noir. Le lien fait avec 1851 ne pouvait que me plaire. Il rappelle que Razoua comparait Abd el Kader à Garibaldi dont il était un admirateur (Mauviel est passionné par l'Algérie et l'Italie). J-P Damaggio.

 

 

Un énigmatique ami des Algériens, Eugène Razoua

De l'Algérie à la Commune de Paris

 Le chemin qui m'a conduit au républicain Eugène Razoua, envoyé en Algérie par mesure disciplinaire, a été long comme celui qui m'a fait découvrir les républicains de Vaucluse ou de l'Yonne qui, s'étant soulevés contre le coup d'État du Prince Louis-Napoléon le 2 décembre 1851, furent traduits devant des commissions militaires et pour beaucoup déportés, transportés comme on disait alors.

À son retour d'Algérie en 1863, Razoua s'engagea dans le journalisme d'opposition à l'Empire et prit une part active aux journées de février 1870 dont les autorités ont dit qu'elles avaient désolé la capitale. Les républicains parisiens avaient élevé, pour la première fois depuis longtemps, des barricades dans plusieurs rues populaires. La guerre franco-prussienne et surtout la Commune de Paris ont retenu l'attention des historiens, rejetant dans l'ombre le complot républicain avorté des 7 et 8 février 1870, consécutif à l'assassinat du journaliste Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte le mois précédent. Le 8 février 1870, Razoua participa à une réunion clandestine Place du Château-d'eau à Paris en compagnie de Frédéric Cournet et d'Henri Sappia (1). La police impériale les arrêta les jours suivants. Immédiatement incarcérés à la prison de Mazas, ils furent transférés, début juillet, enchaînés, à Blois où siégerait la Haute Cour de justice. La Gazette des Tribunaux du 28 juillet 1870 rapporte que Razoua, lors de la première séance du procès, était, comme d'ordinaire, peu communicatif, bienveillant avec ses amis, leur serrant la main.

Grâce à trois témoignages, Eugène Razoua sera acquitté au bénéfice du doute. L'un de ses fidèles amis, Tony Révillon qui, avec Léon Cladel et Arthur Arnould, préfacera plus tard son ouvrage posthume (2) Les Grands Jours de la République (1878) (3), intervint pour le disculper. Tony Révillon, rédacteur du journal La Petite Presse, dont les sentiments républicains étaient connus, déclara au tribunal :

"Les 6 et 7 février, Razoua a dîné avec moi. Le 8 je l'ai prévenu que je dînais en ville, parce qu'il devait encore dîner chez moi. C'est moi qui lui ai dit de ne pas venir. Il y a dix ans, un de mes amis, M. Murat, Capitaine de Chasseurs à cheval, m'a présenté Razoua, qui avait passé dix ans en Afrique (l'Algérie) comme Spahi. C'est un homme brave et honnête ; dans une causerie d'amis, où le cœur s'épanche, où l'on ne dissimule pas, il blâmait  l'émeute. Dans ma conviction, il n'a été à l'émeute qu'en curieux et en journaliste ; c'est ma conviction."

 Un second témoin, Émile Richard, homme de lettres, s'exprima en ces termes :

«J'ai rencontré le 8 février mon ami Razoua sur le boulevard, de six à sept heures nous avons dîné ensemble dans un Bouillon, au coin de la rue Lafayette. Nous avons rencontré notre ami M. Latapy, qui nous a offert d'aller avec lui en voiture Place du Château-d'eau. Arrivés, nous sommes descendus au Café Parisien ; une demi-heure après, nous avons reconduit ce monsieur rue de Laval. Nous sommes encore entrés dans un café Place Pigalle, j'ai quitté Razoua vers minuit. »

 Le troisième témoin, Latapy, capitaine au long cours, intime de Cournet, précise La Gazette des Tribunaux, fut assigné à la requête de Razoua. Il fit la déclaration suivante :

 "Le 8 février, en sortant de mon bureau j'ai rencontré Richard et Razoua ; nous sommes entrés au Grand Café Parisien ; ces messieurs, quand nous sommes sortis m'ont accompagné chez moi, rue Laval."

 Bien que le premier Avocat Général Dupré-Lasalle ait fait observer que c'était le même café où allaient d'autres conjurés comme Dupont, la partie était gagnée. Son avocat Maître Quentin s'adressa en ces termes aux Messieurs de la Haute Cour et aux jurés :        

"Je n'abuserai pas longtemps de votre patience. Je n'ai qu'un embarras en présentant pour le défendre. J'ignore encore les charges de l'accusation."

M. le Procureur Général n'en a pas encore parlé.

Celui-ci répondit : "C'est très intentionnellement que M. l'Avocat Général n'a pas parlé de Razoua". Maître Quentin conclut : "Puisqu'on abandonne l'accusation, je n'ai plus qu'à m'asseoir"."

Note JPD

1 - Personnage que Maurice Mauviel a beaucoup étudié.

2- Le livre n'est pas exactement posthume, Razoua pourra l'avoir entre les mains juste avant de mourir.

3- ce livre est disponibe en entier ICI.

 

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