Le capitalisme et ses transformations
J’écoute un critique ordinaire du capitalisme que j’appelle ici : Le Critique : « Il y a eu le terrorisme prétexte à l’état d’urgence finalement entré dans la loi ordinaire et à présent sur le même modèle il y a la crise sanitaire avec le même développement de la surveillance technologique.»
Les outils technologiques comme armes du capitalisme pour aller vers la dictature.
Vazquez Montalban a pointé, comme d’autres, cette marche du capitalisme vers ce qu’il appelait «la dictature démocratique» au point qu’il eut cette réflexion : « c’était mieux avant ». Des mauvaises langues en déduisirent qu’il préférait la vie sous le franquisme, alors qu’il disait explicitement qu’avant, la lutte était plus simple, car plus frontale entre la dictature et la démocratie. J’ai toujours porté beaucoup d’attention à ses écrits car il était bien placé pour distinguer radicalement dictature, et dictature démocratique ! Comme des esclaves libérés purent généralement distinguer radicalement esclavage et statut de l’ouvrier.
Mais revenons au Critique. Il semble ne pas savoir que c’est dans la nature du capitalisme de se transformer, nature analysée par Marx et qu’en conséquence le capitalisme a besoin du Critique pour se transformer !
Car en fait, de par la nature du capitalisme deux critiques s’imposent : celle qui porte sur les effets, celle du Critique, et celle qui porte sur la nature, celle du Radical (je n’aime pas ce mot mais je ne trouve pas mieux).
Dans les effets, le Critique des effets conforte le capitalisme ! Sauf qu’il est alors très difficile de distinguer le Critique du Radical. Je vais risquer une parabole scientifique.
Un savant peut se lancer dans l’étude de la vapeur d’eau et un autre dans l’étude de la chaleur qui provoque la vapeur d’eau. Etudier les effets et les causes devient une découverte cruciale quand on décide que le point d’ébullition est 100° et qu’à partir de là, on invente un système de mesure de la température. Mesurer la température a pu paraître comme un acte infâme de mise sous contrôle de la réalité, sauf que les services furent infinies jusqu’à aujourd’hui pour l’étude du réchauffement climatique ! Sans parler des services en matière médicale mais vous connaissez la formule consistant à casser le thermomètre pour se défaire de la réalité. Cependant j'entends d'ici les révoltes contre la création du thermomètre !
Etudier les effets et les causes est une bonne chose mais le point crucial est d’analyser les deux moments ensemble, car une effet peut devenir une cause comme l’inverse est si vrai !
Revenons au Critique pour le ramener à la réalité : le terrorisme est islamiste et la pandémie à un nom sauf que la critique des effets pourrait laisser penser que le capitalisme, pour aller vers sa dictature, avait besoin de créer le terrorisme et la pandémie ! Des effets créant la cause ? Cadeau génial au capitalisme !
Prenons un exemple plus crucial : la société de consommation crée des besoins artificiels sauf que la réalité se rappelle à l’ordre : pour vivre tout humain a besoin de consommer et éliminer (ou minimiser) la réalité première incontestable, qui empêche le Critique de devenir un Radical.
Pour faire valider ses transformations, le capitalisme se doit de nous faire oublier les réalités premières comme, dans toute société depuis la nuit des temps, le besoin vital de démocratie. Economiquement la base des transformations s’appelle la course au profit, et donc socialement il s’agit de la course à l’oubli. Voilà pourquoi ce constat : «c’était mieux avant» !
Je me souviens de bavardages avec René Merle dans un bistrot provençal suite à un débat sur les révoltes de 1851, quand, à nous écouter, sa femme eut cette réflexion : « Mais alors, c’était mieux avant ? » La vie n’était pas mieux avant, mais la lutte oui, car le capitalisme n’avait pas encore détruit les mémoires comme c’est le cas à présent, or le Radical a un besoin impérieux de mémoires sous peine de se faire emporter dans les eaux troubles du Critique. Le plus douloureux à mes yeux c’est quand le capitalisme, par un tour de passe-passe dont il a le secret, en illusionniste de talent, s’attribue les mérites de ce que le peuple lui a imposé, comme par exemple la Sécurité sociale faisant ensuite les bonheurs de l’industrie pharmaceutique et du monde médical en général. Il y a alors celui qui célèbrera la Sécurité sociale en oubliant les effets pervers, et celui qui, au nom des effets pervers, condamnera la Sécurité sociale en oubliant les services rendus au peuple. En bref, le Radical doit tenir les deux bouts de la chaîne ou ne pas prendre la proie pour l’ombre. En revenir toujours à la réalité profonde celle qui nous fait vivre avec ou sans le captalisme, avec ou sans la dictature. J-P Damaggio