Sitjar et Toulon
En juin 2006 dans un article du Midi Olympique on apprend que Sitjar avait gardé contact avec Christian Carrère avant que le Toulonnais ne soit victime d'un accident cérébral, et on ne s’en étonnera pas à la lecture du portrait suivant :
«Sitjar! Voilà un cas. C'est le seul joueur qui avait de l'emprise sur moi. Il m'aurait embarqué n'importe où ce diable de «Cocoye» !.. Il y aurait un livre à écrire sur Sitjar. Quand il se mettait dans la tête de sortir un super match, il y parvenait à tous les coups. Durant les quinze jours précédant la rencontre, il entrait en loge. Ne parlait plus, ne pensant qu'à son match. Sur le terrain, il dynamitait tout. Ce tut le cas notamment contre les All Blacks au retour de la tournée d'Afrique du Sud. Nominé capitaine de la sélection du Sud-Ouest, il fut le roi du terrain. Chris Laidlaw, demi-de-mêlée des Blacks, reconnaît avoir passé les minutes les plus pénibles de sa carrière de rugbyman lors de cette rencontre à Bayonne face à ce Sitjar qui renversait tout sur son passage... Sitjar est, assurément, passé à côté d'une superbe carrière.» Ainsi s'exprime l'ancien capitaine du XV de France, Christian Carrère, dans un ouvrage signé Roger Bastide et Jean Cormier consacré aux « Capitaines du XV de France » (édition PAC 1978).
Carrère le Toulonnais ? Il est né à Tarbes en 1943 et Sitjar à Toulouse en 1942. Il a commencé le rugby à Tarbes puis est devenu Toulonnais je ne sais trop quand.
Le hasard fait qu’une autre figure de Toulon évoquera Sitjar.
André Herrero né en 1938 dira :
« Herrero : Un international à Toulon touchait l’équivalent de 500 euros par mois. Après la tournée en Afrique du Sud, en 1964, j’étais allé en vacances chez Michel Sitjar, troisième-ligne agenais. Un mois à faire les cons. Quand je suis revenu, les dirigeants de Toulon m’ont convoqué. «Il paraît que t’es allé dans le Sud-Ouest… » J’ai vu que je tenais là une opportunité. Je leur ai répondu : « Oui, et j’ai été très bien reçu. » « Mais tu es de Toulon ! » « Oui, je suis de Toulon, mais le Sud-Ouest, c’est très bien aussi… » Et je leur lâche : « Je veux bien rester, mais faudrait que vous m’aidiez à acheter un restaurant. » J’ai fait un emprunt et ils ont complété avec une avance sur cinq ans. »
Et voilà comment André Herrero aura un bistrot qu'il a conservé. Sitjar avait eu lui une boutique de photographe qu'il n'a pas gardé.
Encore aujourd’hui, Occitanie et Nouvelle Aquitaine ont plus de licenciés que tout le reste de la France d'où l'image spéciale du Sud-Ouest au pays du rugby. Cependant Toulouse ne deviendra une capitale du rugby qu’avec les années 1980 quand les divisions internes à la ville vont se réduire. J-P Damaggio