Robert Barran à Valence d’Agen Rugby à XV
Alain Daziron m’indique que le livre de Robert Barran Du rugby et des hommes est en partie accessible sur internet, ce qui me permet de compléter mon article précédent et aussi de rectifier. Les rubriques de La Dépêche se chevauchant j’avais pris des résultats de rugby à XIII pour des résultats de rugby à XV. Donc acte. Voici l’extrait qui montre encore une fois qu’avec Valence d’Agen tout est spécial. J-P Damaggio
Rober Barran à Valence d’Agen (extrait)
«Dans le prolongement de cette aventure [le cas de l'équipe de Quillan], apparut donc en 1937 l'Avenir Valencien présenté parfois comme «le nouveau Quillan». La comparaison était abusive, sinon malveillante. Il n'y avait pas d'internationaux à cet Avenir qui était celui de Valence-d'Agen (Tarn-et-Garonne). Aucune apparition soudaine en plein ciel, mais une montée régulière et morale depuis la troisième série. Et si l'équipe était préfabriquée, elle l'était sur des bases saines, à partir de matériaux inédits.
A sa tête, M. Jean Baylet, maire de Valence-d'Agen, plus tard conseiller général, député, mais aussi secrétaire général de «La Dépêche de Toulouse», ce qui entraînait automatiquement un lien de cause à effet. Homme de grande ténacité et de grande capacité, M. Baylet avait voulu doter sa commune d'une équipe de valeur.
Le coup d'œil du « Père Lacour » lui servit pour s'attirer, en leur donnant généralement à son journal un travail qui n'était nullement de complaisance, des joueurs trop ignorés qui abondaient dans les petits clubs toulousains, l'Avenir Saint-Cyprien, le Football-Club notamment. Seuls, le trois-quarts centre Bentouré venu de l'U.S.A. Perpignan et le trois-quarts aile Labarthette de la Section Paloise étaient connus sur le plan national. Avec bien sûr le capitaine Marcel Laurent, international en provenance du F.C. Auscitain, actuel vice-président de la F.F.R. Ainsi se trouva constitué avec les Builhes, Faramond, Gausserand, Sabathier, Avignon, Gasset, Quaranta, Jimenez, une ligne d'avants qui n'en craignait aucune. Les lignes arrière avec Castex, De Verbizier, Danglade, Marcel Bordenave, Gay, Maurel, Saris, Toulet s'harmonisaient dans un ensemble très relevé. Avec une équipe de dirigeants, Raymond Larrieu, Jean Bouchet, Marcel Bony, réduite au minimum. Il n'y a jamais eu sûrement club semblable à ce niveau dans tout le rugby français. Pour ma part, sortant du lycée et d'Oloron, je trouvai certain jour devant la maison familiale la célèbre voiture de «La Dépêche» avec lettres rouges sur fond noir. J'avais tapé dans l'œil du Père Lacour. Mon père, radical bon teint, ne pouvait qu'être sensible à la démarche, et puis on me donnait la possibilité de préparer une licence à la faculté de Toulouse. Il n'y eut pas de marché. Jamais recrue n'avait sans doute été aussi facile.
Dire que je fus admis d'emblée serait vraiment exagéré.
Avec mes joues creuses et mes épaules tombantes, je ne présentais pas le canon de l'avant en vogue parmi les Valenciens. «Qu'est-ce encore que cet étudiant de galetas» s’écria Builhes en paraphrasant un passage des plus savoureux du «Pescaïre de Venerco», ce véritable morceau d'anthologie de l'humour languedocien. Par contre, mes preuves faites, je me trouvai couvé et protégé.
Ainsi, l'Avenir Valencien emporta le titre de Champion de France d'Honneur (la deuxième division d'aujourd'hui) au détriment de Tulle et auparavant d'Angoulême en demi-finale. Cela me permet de rappeler les figures de deux magnifiques avants-aile, mes adversaires directs, Labro et Chaliès. Mais la montée en première division ne s'opérait pas comme de nos jours. Il n'y avait qu'un match de barrage entre le dernier de première division qui s'appelait l'Excellence et le champion d'honneur. Notre adversaire, le C.A. Périgourdin, club du président de la F.F.R., M. Roger Dantou, s'inclina sur le score de 8-0. De magnifiques promesses s'ouvraient devant l'Avenir Valencien. Un match amical disputé contre l'U.S.A.P. alors à son zénith nous avait valu les plus chaudes félicitations. J'avais été extrêmement sensible à l'attitude de la prestigieuse troisième ligne catalane avec François Raynal, capitaine de l'Equipe de France, Palat et Gras. Puis la nouvelle s'abattit sur nous comme un coup de tonnerre : l'Avenir Valencien abandonnait la compétition. La cause officielle de cette décision ne fut jamais donnée. Présentée comme «l'Equipe de la Dépêche», provoquant des remous contradictoires, elle se trouvait condamnée par une sorte de raison d'Etat. A partir d’une base factice, avec un état-major réduit au minimum, sans attache locale véritable, nous étions arrivés à constituer une équipe très solidement unie et très fortement armée. Nous nous étions attachés à une œuvre qui était devenue notre affaire à nous. Rien n'y fit... nous étions disponibles. Ce fut sûrement dommage, grandement dommage pour le rugby à Quinze.
Conscients et déroutés, nous n'avions aucune envie de souscrire à l'initiative de tel qui voulait inscrire en forme de notice nécrologique sur les vestiaires de Lantourne «Fermé pour cause de politique». Même si c'était vrai.»
