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Vie de La Brochure
4 avril 2021

Histoire mondiale du rugby

histoire mondiale du rugby

Je découvre l'existence de ce livre et je ne suis pas étonné que ce soit le sympathique Rémy Pech qui en fasse le compte-rendu en pointant d'ailleurs les limites du projet. J-P Damaggio

Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest

Rugby, le monde et le Sud-Ouest : Jean-Pierre Bodis, Histoire mondiale du rugby. Dimensions économiques et sociales Toulouse, Privât, 1987, 432 p.

Version considérablement allégée d'une thèse de doctorat d'Etat, ce riche livre a un public potentiel immense et on peut lui prédire une longue carrière.

Admirons la performance. J.-P. Bodis a sillonné le monde entier pendant deux décennies pour recueillir documentation écrite et témoignages. Il a ajusté sa propre carrière d'enseignant aux exigences de sa recherche.

Ainsi, à travers de multiples mutations outre-mer, il défricha les terres de l'Ovalie australe, tout en réservant ses vacances européennes aux vieux terroirs britanniques et français. Ainsi réussit-il, sans nul financement officiel, cette extraordinaire aventure intellectuelle et humaine.

C'était pourtant une sacrée gageure que de vouloir embrasser le développement du rugby mondial pendant le siècle et demi qui sépare l'échappée dissidente, et quelque peu mythique, de W.W. Ellis à Rugby, en 1823, de l'année 1972, terme provisoire de la recherche. Et c'était aussi un beau challenge que de vouloir appliquer au rugby les méthodes d'analyse de l'histoire sociale et politique. Sans négliger, bien au contraire, tout ce que les grands journalistes sportifs ont apporté en anecdotes, en récits, en reproductions de palmarès, J.-P. Bodis a su se dégager de la littérature épique des H. Garcia et G. Pastre, pour approfondir les perspectives sociologiques et ethnologiques esquissées par J. Lacouture, lequel fut d'ailleurs à son jury de thèse.

La méthode comparative fait merveille, quand elle oppose l'aristocratique rugby écossais et le rugby de masse gallois, emblème et ressort d'un ardent nationalisme. Il a été nécessaire de remonter très loin dans l'histoire des grands clubs, dans celle des Unions et dans les rencontres internationales pour comprendre la genèse des comportements, d'où parfois une accumulation événementielle qui peut paraître un peu pesante.

A travers les éléments biographiques réunis sur les internationaux, surgissent les déterminations sociales et leurs antidotes. Le rôle des institutions scolaires et universitaires dans la démocratisation de ce sport est bien mis en valeur. De même, la promotion sociale liée à la pratique du rugby est clairement démontrée, à travers les exemples des mineurs et policiers gallois entres autres. Le livre retrace avec minutie les grandes crises de l'ovale, analyse le problème si ancien et toujours lancinant du professionnalisme, à l'origine de la création du jeu à treize, certes, mais aussi à la source de maintes pratiques hypocrites lucidement évoquées. Le problème du jeu dur, si brillamment analysé ailleurs par Ch. Pociello, n'est pas éludé. Mais c'est peut-être dans l'analyse de la convivialité liée au rugby que l'auteur apporte le plus, mettant en valeur les aspects festifs et le rôle des supporters mais n'hésitant pas à décrire crûment le chauvinisme, si fréquent autour des terrains. J.-P. Bodis explique les interférences politiques même lorsqu'elles ternissent un rugby d'excellence, tel le rugby sud-africain. En outre, il souligne l'importance de la conjoncture économique, et il est vrai qu'une période prospère peut multiplier supporters et mécènes; mais il ne faut pas négliger le rôle de compensation que peut jouer une grande équipe de rugby pour une communauté meurtrie par la crise : Narbonne et Béziers, dont les époques héroïques coïncident avec le marasme viticole, nous le rappellent.

Il s'agit donc d'une somme, et l'ampleur du travail fait laisse pantois.

Le sujet n'est pas épuisé pour autant. Privilégier le rugby au plus haut échelon, c'est-à-dire la pratique des rencontres internationales, permet certes les comparaisons, mais n'autorise qu'à effleurer le rugby local, l'histoire profonde des clubs dans leurs villes grandes et petites, dans leurs villages. C'est en portant la recherche à cet humble niveau que les historiens arriveront à mieux apprécier les effets sociaux et culturels du rugby. Mais ce sera long et difficile, compte tenu de la rareté des sources écrites et de la disparition de nombreux acteurs et témoins des époques anciennes. Comment ce sport britannique, aristocratique de surcroît, s'est-il essentiellement épanoui dans la France occitane ? A quelles formes de sociabilité s'est-il substitué ? Quelles nouveautés a-t-il apporté dans la vie des individus et des groupes sociaux concernés ?

A ces questions d'histoire sociale et culturelle, il est prématuré de répondre pour l'instant, mais le travail est entrepris, de manière pluridisciplinaire, ainsi qu'en attestent deux colloques récemment tenus à Lyon et Bordeaux. Revenu s'enraciner en Aquitaine, J.-P. Bodis qui nous offre aujourd'hui ce bel instrument, apportera sûrement aux nouvelles recherches d'histoire du sport son enthousiasme gascon et sa rigueur érudite. Rémy Pech.

Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 60, fascicule 1, 1989. Bordeaux. pp. 135-137;

https://www.persee.fr/doc/rgpso_0035-3221_1989_num_60_1_3149_t1_0135_0000_2

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