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Vie de La Brochure
5 avril 2021

Histoire du rugby, 1920

Cette fois j'ai retenu cet article de Miroirs des sports de 1920 pour les clichés sur le Midi. "Populations bouillantes", "tempérament combatif des méridionaux", Ah ! les régions ensoleillés ! Etrange en conséquence que le rugby vienne de Grande Bretagne ! Ceci dit cet article n'est pas sans intérêt. J-P Damaggio

Miroir des Sports 2 décembre 1920

LE RUGBY, SPORT NATIONAL DU MIDI

La presque totalité des joueurs de l'équipe de France de rugby est originaire du Midi. L'an dernier, sur quinze joueurs, un seul appartenait à la région située au nord de Poitiers. Le rugby est bien le sport-roi des populations bouillantes du Midi, de la Méditerranée à l'Atlantique.

L'ADAPTATION rapide et si complète des athlètes méridionaux au jeu de rugby a fait dire, depuis longtemps déjà, que ce sport est devenu le sport national du Midi.

Rien n'est plus exact. Il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler un fait, un simple fait tout récent. Tous les championnats de France de rugby ont été l'apanage, l'an dernier, de clubs situés entre la Garonne et les Pyrénées. Le palmarès indique : première série, Stadoceste Tarbais ; deuxième série, A.S. Bayonnaise; troisième série, A. S. P. T. T. de Bordeaux ; quatrième série, U. S. Graulhétoise; championnat militaire : 502e d'artillerie d'assaut de Béziers et championnat scolaire : lycée de Carcassonne. C'est assez éloquent.

Mais si la qualité des équipes méridionales s'établit de la sorte, indiscutablement, il est un autre facteur de la prospérité du rugby dans les régions où chante la cigale et où l'odeur de l'ail remplit l'atmosphère : ce facteur, c'est la quantité. Le nombre est vraiment impressionnant de sociétés et de joueurs qui, chaque dimanche, transforment une vingtaine de départements en un vaste champ de bataille autour duquel se presse une foule passionnée. Il est loin le temps, où les indigènes, passant sur la route, s'arrêtaient un instant pour s'apitoyer sur le sort de ces grands gaillards en culotte et en maillot, se disputant avec acharnement la possession d'un ballon rond ou ovale. A cette époque-là, les joueurs ne connaissaient pas le confort moderne : vestiaires clos et spacieux, douches chaudes et froides, masseur, manager, autobus, etc. La prairie toute nue n'avait même pas besoin d'être enclose. Il n'y avait point de spectateurs. C'est en 1899, à l'occasion du match Stade Bordelais contre Bordeaux Université Club, que j'ai vu apparaître, pour la première fois, à Bordeaux, une centaine de chaises sur la touche, destinées aux fervents du rugby dont la plupart étaient parents des athlètes en présence.

Parcourez aujourd'hui les terrains de rugby du Midi. Le plus humble d'entre eux s'enorgueillit de tribunes et de plans inclinés. On a réalisé, l'an dernier, à Graulhet, petite commune du Tarn, une recette de 5.600 francs.

Dans les Pyrénées, Hautes, Basses et Orientales, en Dordogne, dans les Landes, en Gironde, pas un hameau de cent feux qui ne possède une et quelquefois deux équipes de rugby aux exploits desquelles toute la population mâle et femelle se passionne. Un tel engouement pour ce sport s'explique facilement.

Plus que le football, jeu méthodique et trop calme, le rugby convient merveilleusement au tempérament combatif des méridionaux. Il met en branle, l'agilité, la souplesse, l'amour de la lutte, l'activité musculaire qui sont les qualités dominantes des habitants des régions ensoleillées. Aussi cette jeunesse a-t-elle été rapidement convertie.

S'il est juste de reconnaître que les Parisiens, Stade Français et R. C. de France, ont été les premiers à semer la bonne graine du rugby dans le Sud-Ouest — et à ce propos, j'ai souvenance d'avoir assisté au premier match Stade Français-Stade Bordelais, en 1893, du temps de da Silva, Olivier, Mamelle, Trupel, Amand et du chevelu Louis Dedet — il ne faut pas oublier que le Midi est redevable de cette formidable poussée, au vieux Stade Bordelais, à ses brillants succès, à ses six championnats de France et à l'inoubliable saison de 1911, fournie par son équipe qui ne perdit pas un seul match.

La même bienfaisante influence a été exercée sur la Côte Basque, par l'ascension vertigineuse de l'Aviron Bayonnais, par la méthode de jeu à la main qui porte son nom, et par la rapidité dont elle a doté le jeu français.

Le rugby est bien le sport national du Midi.

Il s'est répandu partout ; il est même allé assiéger les pelotaris dans leurs fiefs de Cambo de Saint-Pied-de-Port et de Mauléon.

C'est le sport-roi.

Sa prospérité, toujours croissante, est loin d'avoir atteint son plein épanouissement.

De plus en plus, le Midi sera le réservoir où la Fédération puisera les internationaux appelés à défendre le renom de la France contre Britanniques et même contre Américains, s'il y a lieu ; de plus en plus, l'élément méridional constituera l'ossature des grandes équipes françaises et je prévois l'époque, pai très éloignée, où l'abondance prodigieuse d'équipes et de joueurs de rugby entraînera un remaniement radical des comités du Sud-Ouest et du Sud, dont les cadres conunencent à craquer sous la poussée formidable de cette marée montante.

L'axe du rugby qui, parti de Paris, se déplace irrésistiblement dans la direction du Sud, se fixera alors dans la région des Pyrénées qui deviendra le grand centre du rugby français.

HENRY HOURSIANGOU.

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