Vladimir MAÏAKOVSKI, les premiers communards
LES PREMIERS COMMUNARDS
Ils sont rares
qui encore y songent
à ces jours,
ces combats, ces noms,
mais le cœur
ouvrier
garde
le souvenir sacré du grand jour.
Le capital
alors
était jeune,
les cheminées
étaient moins hautes,
ils hissèrent le drapeau de la lutte
dans le Paris
des Français.
Barattant
l'espoir
dans le cœur des gueux,
rongeant
d'inquiétude
les riches,
les paroles
du socialisme vivant
jaillirent
au-dessus de la terre.
Le monde bourgeois
tout entier
applaudit
du gras des paumes,
quand il vit
en marche sur les routes,
ses gendarmes —
les Versaillais.
Sans fouiller
l'article des lois,
sans discussions,
ni palabres,
Gallifet,
leur Koltchak français,
mit au poteau
la Commune.
Leurs voix sont-elles mortes tout à fait,
sont-elles étouffées pour toujours ?
Pour en être sûres,
des dames,
dans leurs yeux,
enfonçaient
le bout de l'ombrelle.
De bon appétit
le bourgeois
bouffa la Commune,
s essuya
la lèvre à ses drapeaux.
Seul nous reste le mot d'ordre :
« Vaincre!
Vaincre —
ou mourir! »
Les Versaillais
crachant sur Paris des balles
sont partis
sonnant des éperons.
Et la face bourgeoise
se remit à luire, —
mais notre Octobre vint!
La classe ouvrière
est plus sage,
et ça fait plus de monde,
nous sommes parés
contre mots
et matraques.
Eux
surent tenir
une poignée de jours, —
nous autres
tiendrons des siècles..
Au-dessous
des soies
bruissantes de leurs noms,
défilent
les colonnes rouges,
partant
en ce jour,
pour la neuvième fois,
leur offrande
de deuil
et d'orgueil.
Vladimir MAÏAKOVSKI.
(Traduction d'Elsa Triolet.)
