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Vie de La Brochure
2 juin 2021

Tony Meler, l’accordéon, le peuple et Evelyne Pieiller

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Le 17 mai 2012 je rendais hommage à Tony Meler sur CFM. Aujourd'hui je découvre deux choses : un article que j'avais prévu de publier et qui est resté dans mes archives, et les émisssions sur CFM ont disparu. JPD.

Erreur les émisions sont accessibles à ce lien :

https://archive.cfmradio.fr/emissions/a-vos-memoires/

L’accordéon et moi c’est une histoire ratée mais bon, il me reste à rendre hommage à Tony Meler (1920-2003). Et c’est un de mes plus grands plaisirs que de l’avoir présenté sur CFM et je remercie CFM de m’avoir donné ce plaisir même si j’aurais dû être plus génial car il mérite tant… L’émission c’est jeudi à 12h 35 et dimanche aussi. L’accordéon du dimanche. Ici pour aller plus loin, je propose cet article d’Evelyne Pieiller que je lis depuis longtemps mais jamais assez. Même si l’article est trop Piaf sacrifiant ainsi à un cliché pour en dénoncer d’autres. L’accordéon, c’est le peuple et tant pis si Giscard en Auvergnat a tenu à en jouer un peu devant les caméras. Mais l’actualité c’est Hollande à Tulle et Tulle c’est Maugein et Maugein c’est Tony Meler… et l’accordéon ce sont les peuples du monde. En souhaitant que la musique continue d’adoucir les mœurs… JPD

 Révolution n°173 24 juin 1983

 Tu veux que je te raconte, Evelyne Pieiller

QU'est-ce que tu veux que je raconte sur l'accordéon ? C'est une histoire d'avant nous, l'accordéon, il nous vient de nos parents. Eux ils dansaient à la Boule Rouge, ou l'été au Petit Robinson ; eux ils valsaient, ils se faisaient des javas, des mazurkas, passez la monnaie passez la monnaie et ça tournait. Tu sais ce que ça veut dire, passez la monnaie ? C'est qu'à l'époque, pour danser, il fallait payer. Ça ne se faisait pas au forfait entrée-consommation, mais à chaque danse le chapeau passait, il y avait intérêt à se trouver un cavalier pas trop fauché. C'est ça l'accordéon ; les talons aiguille, le trait qu'on se dessinait sur la jambe avec un crayon à sourcil pour faire croire qu'on avait des bas. Tout un coup de main à prendre, en espérant qu'il ne pleuvra pas, parce que aller danser, souvent on le faisait à pied. Et le soir on rentrait les chaussures à la main, pas vraiment comme dans la Dolce Vita, parce que là les danseuses, c'étaient des ouvrières qui venaient pour le plaisir et la compagnie. L'accordéon, c'est toutes ces histoires-là, de quand on n'était pas né, mais il nous fait quand même pleurer. Piaf, quand elle chante : « La fille de joie est triste au coin d'la rue là-bas. Son accordéoniste il est parti soldat. » Ah, c'est sûr, ça lui rentre dans la peau, par le bas, par le haut. Envoyez la musique, musique, ça nous donne des frissons. Parce qu'on connaît tous ça, la peine, la peine qui danse, obscène, choquante, et, ah, merveilleuse, la boule rouge tourne toute seule. Les danseurs quittent le bal, demain on travaille, on se donne des rendez-vous. Pour conclure la soirée, l'accordéoniste, je t'assure, il a des doigts d'artiste, attaque Perles de cristal. C'est peut-être rien que le piano du pauvre, mais tu entends un peu ce que c'est beau, ça coule, ça rebondit, on croirait l'eau d'une cascade. Chez nous, à Paris, l'accordéon c'est la chanson des gars en casquette et des filles en cheveux, c'est le pavé et c'est le trottoir, toute la tendresse du14 Juillet, dehors, avec les lampions et les confetti, et à l'accordéon Monsieur... On applaudit. Autrefois on dansait à Maxéville, on guinchait comme des fous ; aujourd'hui, c'est un cinéma. Et les 1.000 Colonnes, tu connais ça, un autre café dansant, immense. Les grands boulevards, rue de la Gaîté, voilà l'accordéon, les défilés et les bals, un bonheur rigolard et grave, une chanson qui peut devenir hymne, un chant de lutte qui peut devenir un hymne, un chant de lutte qui peut devenir danse. Le Bal à Jo c'est juste derrière la Bastille, c'est la java bleu, la java la plus belle, celle qui ensorcelle, et que l'on danse les yeux dans les yeux. L'accordéoniste transpire normal, c'est un sacré boulot. Allez chauffe Marcel, chauffe, au musette on s'amuse, on tricote des gambettes, on fume des américaines en les tachant de Rouge Baiser, les portes de la nuit s'ouvrent pour l'ouvrier. Dehors, un chemineau déploie son accordéon et joue pour lui, tout seul, en marchant lentement. Un vagabond ou un mendiant. A vot' bon cœur, messieurs dames. Accordé, cordéa, cordez donc l'aumône à l'accordéa, cordéon... A l'Hôtel du Nord, eau et gaz à tous les étages, chambre à la journée, au mois, à l'année, un ouvrier italien ouvre la fenêtre et fait chanter son accordéon. A une terrasse des grands boulevards, un homme joue, une femme chante, il fait tranquille, les amoureux sont émus, un clochard sur un banc écoute d'un air appréciateur. Là bas, très loin, au fond des bayous dangereux, un village cajun danse sur un accordéon qui a un drôle d'accent. Sous le chapiteau, un clown sur la piste embrasse son petit accordéon, et le petit accordéon fait une valse triste et brillante, et le clown tourne doucement, et les lumières tournent, et tournent sur le parquet les danseurs, et avancent les femmes graves.

Au milieu d'elles l'accordéoniste du village, elles sont le chœur, il est le choryphée. C'est la lutte et la dignité, l'accordéon chante ce qu'elles ressentent et ce qu'elles ne veulent plus. Ah, bela ciao, et bien sûr qu'on a la gorge serrée,- c'est un film et c'est de la vérité. L'accordéon, on le tient dans ses bras, c'est lourd, c'est plein de reflets, et tous ces efforts pour qu'en sorte cette voix poignante et triste sous les envolées et l'excitation, ça fait de l'émotion, ce sont nos histoires à nous, une partie de notre légende. Qu'est-ce que tu veux que je te raconte d'autre, l'accordéon c'est difficile de réfléchir dessus, ça donne tout de suite des bouts de musique « Tu me fais tourner la tête, mon manège à moi, c'est toi. » Il y a eu tout un mépris sur l'accordéon, ah, c'est popu, c'est mélo, allons, c'est populaire, grandiosement, et peu importent les questions de goût, car l'accordéon, tel qu'on me l'a légué, c'est le chant d'un peuple qui danse, fier de danser, fier d'être peuple. Moi, ça me fait, le cœur bougé, la mémoire en bataille, absolument pleurer.

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