Galeano, le football et le capitalisme
A ranger mes archives comment ne me serais-je pas arrête sur ce numéro de Manière de Voir de mai 1996, Le sport c’est la guerre ? (le seul qu'il me soit arrivé d'acheter)
Manière de Voir est une façon pour le Monde diplomatique de recaser quelques articles dans une revue thématique, à un moment favorable.
Je suis pour une part un enfant du Monde diplomatique (avec des amis nous avons invité à Montauban Claude Julien et Serge Halimi) mais pas de la version Ignacio Ramonet et ce numéro de Manière de Voir est à sa gloire.
On y retrouve un article d’Eduardo Galeano sur le football qui est dans l’esprit de cette gauche bourgeoise qui fait la fine bouche devant le sport bien trop populaire pour sa manière de voir !
Tout ce que dit Galeano est vrai : le capitalisme dégénéré entraîne avec lui un football dégénéré. Mais que fait-on de ce constat classique ? Galeano qui, à écrire cet article, c’est rangé dans la case qu’on attendait de lui, termine par une pirouette : « L'écrivain Albert Camus, qui avait été gardien de but en Algérie, ne faisait certainement pas allusion au football professionnel quand il disait: « Tout ce que je sais de la morale, je le dois au football. » »
Ce rappel est un pied de nez à cette réduction du sport à la guerre. Je le dis sans rire : si le sport c’est la guerre, c’est une guerre que je préfère à la vraie guerre !
En fait derrière ce débat il faut chercher la réponse à la question : que faire de ce constat facile : le capitalisme est dégénéré ? Croire que le capitalisme est à l’heure de sa mort ? Or la manière d’être du capitalisme c’est la crise, une crise permanente qui peut prendre une forme dégénérée… qui en fait la force ! Toute la gauche bourgeoise s’est trompée et par l’union de la gauche a entraîné avec elle, dans cette impasse, la gauche populaire.
Pensez, le capitalisme a même pu prendre les habits d’un pays communiste, en Chine, après avoir pris les habits du nazisme en Allemagne !
Alors Eduardo Galeano qui a démontré longuement ailleurs que dans le Monde diplomatique, que le sport est autre chose que la guerre, même s’il lui arrive d’être la guerre (sur ce point l’Amérique latine apporte quelques références), a pu écrire dans cet article, que le football c’est la triche permanente, puis il a ajouté à l’adresse des lecteurs : et que faites-vous d’Albert Camus ? Mais rares sont ceux qui ont lu cette dernière petite phrase. Et surtout pas Ignacio Ramonet ! Mais alors comment lutter contre le capitalisme ? J’ai répondu ailleurs. J-P Damaggio
