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Vie de La Brochure
16 juillet 2021

Création du Musée Bourdelle à Paris

musée bourdelle

Voici un témoignage qui explique comment est né le Musée Bourdelle de Paris. Il est issu du journal qui deviendra Sud-Ouest. JPD.

31 mai 1938 La France de Bordeaux et du Sud-Ouest

J'al connu Bourdelle et fus son ami Il y a trente ans, je fis dans son atelier de l'avenue du Maine où il vivait, autant parmi les rêves de son esprit que les créations de ses mains qui pétrissaient à la fois de la sérénité et de la passion, une causerie sur son œuvre, au nom du la Société de l'Art à l'école, aux côtés de Léon Riotor.

Depuis, nous étions restés en relations affectueuses et chaque contact était pour mol une nouvelle révélation car Bourdelle était un grand poète, méditatif et lyrique tout ensemble.

Après le beau livre de André Foutanias gâce au concours du fondeur Rudier ami de toujours du Maître, à la générosité de sa veuve, à l'initiative de Yvon-Georges Prade, édile parisien éclairé et sincère, aux libéralités d'un mécène (qui veut garder l'anonymat) nous aurons bientôt, il faut l'espérer, un musée. Bourdelle dans ces ateliers où seront groupés les peintures, les pastels, dessins, esquisses, maquettes, bronzes et que le directeur des Beaux - Arts à la ville. M. Darras d’accord avec Achille Villey, préfet de la Seine, aménageront comme il convient.

Nous devons sauver un trésor déjà convoité par l’étranger.

Raymond Escholier, ardent, généreux et animateur d’art de qualité rare rappelait la visite faite par Albert Besnard à l’atelier de l'avenue du Maine, visite émouvante que le peinte résumait en ces termes :

Pas un coin de ces huit ateliers qui ne soit animé par la présence d'une statue ébauchée, d’un bas-relief, de quelque ébauche peinte, d’un pastel, d'un essai de décoration, enfin d’une tentative d'architecture, comme cette ébauche du monument aux mineurs morts à la guerre, dont le sommet est terminé par une lampe de mineur...

Et Raymond Escholler ajoutait :

Cette visite que fit un Jour Albert Besnard, souhaitons que chacun de nous, soit admis à l'entreprendre bientôt dans cette demeure du travail et du génie.

Associons-nous à ce vœu, d'autant que le grand sculpteur appartient à notre Sud-Ouest, et regrettons qu'il ne soit pas représenté au musée de Bordeaux où l'on admit pas mal de « navets ».

L'œuvre de Bourdelle a pris place dans le temps. Critiques et discussions demeurent vaines.

On se rend compte de la nécessité absolue d’embellir la vie en ouvrant les yeux pour regarder, pour contempler, non pour voir simplement.

Dans les villes, parmi les squares trop symétriques au coin des avenues bordées de marronniers et de platanes qu'enlacent le lierre et le chèvrefeuille, des nudités et des nymphes de pierre ou de marbre dressent leurs silhouettes. Le choix des sujets est presque toujours d'une lamentable indigence et aucune intellectualité ne préside à leur composition.

Le statuaire Bourdelle est un des plus hauts enseignements que suivront les vrais artistes, fils des grands artisans. Ses ateliers étaient d'une simplicité touchante et ses œuvres, sous un aspect d'expression familière, eurent depuis longtemps, la plus haute signification.

La Joie qu'il a tenté de chanter avec force, le sculpteur l’a trouvée dans le travail, le labeur soutenu, les veilles studieuses, les souvenirs chatoyants d'abord évoqués, traduits ensuite avec maîtrise. Et c’est ainsi qu'il a compris le rythme de la vie par le cortège harmonieux et ininterrompu des pensées.

Il n'apporte pas de méthode à la statuaire de ce temps mais des moyens de compréhension du modèle vivant et vibrant plus fort et plus définitif dans son attitude que toute interprétation d’art. D'où l’on peut déduire qu'un sculpteur de plein air doit avoir le sens primordial; de l’architecture, car la vérité totale d'une forme ne s’affirme que par le travail patient et raisonné qui met à sa place tout équilibre des masses

Au-dessus de tout, le dessin est qualité essentielle pour un artiste qui veut exprimer de la beauté, de la passion ou de la foi en une allure fixée impérieusement sur l'horizon terne d’une ville, les silhouettes des arbres ou le tumulte ardent d'une foule.

Il faut estimer un esprit dont la main est maladroite, mais dont l’effort porte uniquement sur l'ensemble d'un modèle. Un virtuose n'exprime pas une harmonie. Il la détaille et la brise en soulignant les difficultés vaincues de l’exécution. Il n’en fait pas chanter l’âme admirable. En statuaire, un doigt exercé, une main trop souple, ne donnent pas la juste mesure, le poids de chaque morceau par rapport à la place du modèle observé.

Mais tant de science révélée ne suffira pas à donner des ailes à un artiste qui devra être naïf comme un enfant pour que triomphe, la raison, sans que l'inspiration et l’émotion soient trahies. Ainsi, le sculpteur s’avérera capable de réaliser une grande figure équilibrée et bien «dans l'air». Son art ne sera pas de « trompe-l’œil » !, car il aura tout vu à la fois, dans le modèle dont il s’est servi.

Certains ont cru que la mesure exacte pouvait être donnée par le compas ou le centimètre. Erreur profonde. Le grand Rude a essayé de marquer sur la glaise des mensurations exactes au modèle, et il n’est pas arrivé à une réalisation durable.

Le sculpteur qui crée, l'inoubliable figure d’Héraclès, a admiré les hautes constructions d’Egypte, les bas-reliefs assyrien, l'art grec de l'époque lointaine, d'un ‘archaïsme égal à un acte de foi, les cathédrales dont les lignes somptueuses arrêtent, de loin, les regards surpris et charmés.

Au fond, sous diverses formes, son amour est pareil. C'est la même lignée qui par le moyen âge continue et complète l'antique, comme le gothique et la Renaissance pouvaient en appeler aux Grecs et aux Egyptiens.

Feuilletons l'œuvre de Bourdelle. Elle obéit à des règles architecturales : de la figure la plus complète, la Maternité. par exemple, aux dessins a peine notés que l’artiste fit d’Isadora Duncan, la danseuse, dessins établis de mémoire, ce qui prouve nettement le travail de pensée..

Et voilà l’Héraclès, tueur d'oiseaux, les Combattants, le Chevalier Roland, les bustes, Rouveyre, Ingres, la Vieille, Beethoven, Héraclès à la biche, Rembrandt, Diane, La mort du Centaure... et les décorations de l’Opéra de Marseille et du théâtre des Champs-Elysées, le monument aux morts de Montauban, celui de Mieckiewicz, place d’Iéna et d'autres, d'autres !

Petit-fils d'un chevrier, fils d’artisan sculpteur sur bois, il a gardé la simplicité des forts.

Il sait. Il a patiemment appris. Il veut que tout le monde connaisse la lumière et jouisse des bienfaits qu’elle répand sur nous. Il veut que la lumière soit toute la vie.

J'al essayé de résumer l’œuvre du maître sculpteur languedocien dont l'atelier de Paris sera transformé en musée.

Au seuil de l’époque moderne, troublante et troublée, les adolescents qui soupçonnent un idéal prochain et qu'un rêve effleure de l’aile, regardera la vie, avidement, comme des enfants cruels et naïfs et ils ont peur...

Le peuple entier souffre de son désespoir et de sa misère. Il convient de lui donner une part de joie et de le convier à la grande fête de la Beauté.

Et l'on se tournera vers les artistes, nouveaux rédempteurs de l'humanité blessée.

J.-F.-Louis MERLET.

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