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Vie de La Brochure
3 octobre 2021

1907, le voeu de Louis XIII Edouard Forestié

Le_Voeu_de_Louis_XIII

Article amusant qui rappelle l'arrivée du tableau à Montauban en 1826, et les lettres entre Ingres et Forestié. Cette bagarre de 1907 témoigne de l'ambiance de l'époque. Je ne suis pas dans le camp de Forestié mais j'aime sa franchise et son information. Cet article aurait sans nul doute amusé Ernest-Pignon-Ernest qui dessina un élément nu et eut à subir une dégradation pour masquer le sexe.

                                 J-P Damaggio

L’Express du Midi 4 novembre 1907

Au Musée de Montauban

De notre rédacteur-correspondant de Montauban :

Le vœu de Louis XIII

La Dépêche, qui ne manque aucune occasion de servir d'indicatrice aux foudres gouvernementales, de se mettre au service de toutes les tyrannies administratives et autres, de glorifier les spoliations et les vols commis au préjudice des catholiques, et même de signaler aux apaches officiels les bons coups à commettre, la Dépêche a trouvé aujourd’hui nouvelle matière à sa kleptomanie officieuse.

Cette fois, le morceau est d’importance à tous les points de vue ; importance au point de vue de la valeur artistique, importance au point de vue de la valeur intrinsèque, importance au point de vue des souvenirs. Il s’agit du Vœu de Louis XIII, de notre illustre compatriote Ingres. Prenant pour prétexte une citation du rapport de M. Henry Lapauze sur les musées de province, voici qu’elle propose la confiscation de ce chef-d’œuvre.

M. Lapauze avait signalé le fait d’un conservateur de musée qui avait « affublé les moulages de caleçons en papier, sous prétexte qu’il fallait sauvegarder la morale offensée par trop de nudité ».

Sans discuter le fond de cette critique, nous pensons que M. Lapauze n’en voulait pas tirer la conséquence imaginée par La Dépêche, pas plus qu’en citant le fait bien connu «des banderoles en papier collées sur les enfants du Vœu de Louis XIII ».

La Dépêche s’est empressée de saisir l'occasion aux cheveux et elle dit :

« Puisque la presse parisienne et le sous-secrétaire d’Etat aux beaux-arts sont amenés à s’occuper du chef-d’œuvre d’Ingres nous souhaitons qu’ils obtiennent que le vœu de Louis XIII cesse d’être séquestré au fond de la sacristie obscure de notre cathédrale pour prendre la place d’honneur dans le musée de Montauban, à côté des dessins du maître montalbanais. Il n’est pas possible de laisser plus longtemps ce précieux dépôt entre les mains de prêtres ou de sacristains irresponsables. Le devoir de la municipalité est de mettre en lieu sûr l’œuvre magistrale d’Ingres. »

Il est bon d’en finir une fois de plus avec ces légendes et de rétablir la vérité, en même temps que de montrer combien sont insatiables ces socialistes qui, après avoir dépouillé l’Eglise de tous les biens que la piété des fidèles avait laissés pour faire prier pour eux et leurs morts, voudraient encore compléter leurs larcins en imaginant de nouvelles spoliations.

D'abord, pour le fait des banderoles placées sur le tableau, l’évêque de Montauban, n’y fut pour rien.

Voici l’exacte vérité, qui est confirmée par une correspondance même du grand peintre.

Le Vœu de Louis XIII commandé, acheté par l’Etat, qui en fit don à la cathédrale de Montauban, arriva à Montauban le 12 novembre 1826, et fut d’abord offert à l’admiration de nos concitoyens dans la grande salle de la mairie. Son auteur, arrivé le 16 novembre dans sa ville natale, fut l’objet d’ovations magnifiques dans un banquet donné dans cette même salle, et auquel assistait l’élite de la population. Un grand concert suivit et le peintre fut particulièrement touché de ces ovations. Le lendemain, le tableau fut placé dans le chœur de la cathédrale, et une messe fut chantée, la Messe du Sacre, de Cherubini, en présence de l’artiste.

Un vieux prêtre, d’une piété plus profonde qu’éclairée, le curé de la cathédrale, M. Fondomié, trouvant que les anges qui portaient le phylactère, à droite de l’autel, étaient trop nus, fit placer des banderoles en papier sur les nudités de ces figures. Notons, en passant, que cet acte, s’il était anti esthétique au point de vue de l’art, n'était, pas si étrange puisque nous avons vu une gravure exécutée avec l’autorisation de Ingres lui-même, et où figurent ces mêmes banderoles.

Ingres fut averti du fait et écrivit à l’évêque, Mgr Dubourg, qui s’empressa de faire à l’artiste des excuses en expliquant le fait. Ingres répondit aussitôt, dans une lettre que nous avons sous les yeux, qu’il n’avait pas été froissé d’un acte prouvant un zèle religieux louable et qu’il remerciait l’événement de son intervention. Il ajoutait qu’il chargeait M. Prosper Débia, son ami, fort compétent -en la matière, de remettre les choses en l’état.

L'incident — si simple — fut ainsi clos à la satisfaction de tous. Plus tard, le Vœu de Louis XIII fut placé, sur le désir du peintre lui-même, dans la sacristie, et il écrivit à M. Forestié père, le 28 septembre 1857 :

« Quant au désir émis par quelques-uns de mes concitoyens de replacer le tableau du Vœu de Louis XIII dans la nef de la cathédrale, je ne le partage nullement, et je m'y opposerai même de tout mon pouvoir si je suis consulté. J’ai sollicité avec instance qu’il fut placé dans la sacristie, ou il FAIT ON NE PEUT MIEUX ET JE VERRAI AVEC CHAGRIN QU’ON l'en ENLEVAT. » Ingres. »

Comme on le voit par cette lettre, c’est par la volonté du Maître que le tableau est là et qu’il doit y rester. On n’ignore pas qu’Ingres avait quelque droit à parler ainsi, car si l’Etat lui avait donné une maigre subvention pour le peindre, le ministre de Villèle lui offrit 80,000 francs pour la cession de cette toile magnifique, et qu’il refusa, préférant que sa ville natale en jouisse.

Ceci dit, passons au dernier paragraphe, au plus important de l’article de la Dépêche, celui qui pousse à la confiscation officielle :

En dehors des considérations qui précèdent, du droit de propriété de la cathédrale, droit bien précaire cependant, quoique consigné dans un inventaire, nous avons une raison de combattre cette proposition. Depuis quelques jours, les journaux sont pleins du récit des vols commis dans les musées, à Guéret, à Louviers, hier encore ; on enlève journellement des œuvres d’art et les cambrioleurs restent inconnus. Mais ce n’est pas tout : Déjà, au musée du Louvre — musée certainement mieux gardé que nos musées provinciaux — une œuvre d’Ingres a été mutilée par une folle ou une déséquilibrée, et une autre toile de maître abimée. Qui nous dit que, demain, un sectaire anticatholique, poussé par sa haine sectaire, n’irait pas au musée de Montauban, crever les yeux de la Vierge, ceux de -l’Enfant-Jésus ou de Louis XIII ? Certes, nous ne doutons pas de la vigilance des gardiens de notre musée, mais nous avons plus grands confiance dans la Sûreté d’une sacristie, où toute la journée il y a des prêtres, des clercs, des sacristains, qui gêneraient les cambrioleurs, ainsi que dans les solides verrous qui ferment notre cathédrale. Le mot de la fin a d’ailleurs été dit par Ingres lui-même : « Je m'opposerai de toutes MES FORCES AU DÉPLACEMENT DU Vœu de Louis Xlll. Il fait on ne peut mieux dans la sacristie de la cathédrale. »

Les désirs de notre illustre compatriote ont été jusqu’ici respectés. Faudra-t-il que l’on inflige à ses volontés un démenti odieux ? E. Forestié.

P.-S. —- Ajoutons que la Dépêche affuble dans cet article le Journal du titre de royaliste. C’est assez piquant.

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