Retour vers Réalville
Au salon du livre de Nègrepelisse étant peu bousculé par les acheteurs je me suis replongé dans un livre ancien, Traces de Réalvillois qui ayant déjà dix ans d’âge, m’était sorti de la mémoire. J’ai plaisir à reprendre la conclusion empruntée pour l’essentiel à un historien local. Et je suis heureux de ma couverture, l’élément du patrimoine qui l’orne ayant à présent disparu. J-P Damaggio
Conclusion
En 1930 Joseph Rouzoul avait eu cette introduction à sa brochure agrémentée de photos uniques :
« Réalville est une des plus coquettes petites cités du département. D'un coup d'œil qui se mesure à la vitesse des express ou des rapides qui la frôlent au ras de la Promenade [la voie ferrée], les voyageurs la devinent charmante.
Seuls, les fous du volant qui la traversent en trombe, calés dans leurs bolides, l'ignorent. Evidemment ! ils font le vide sur leur passage, plusieurs fois ils y ont laissé la mort, ils ne peuvent soupçonner les frissons de vie qui animent Réalville. S'ils s'arrêtaient seulement une fois, ne fût-ce que pour laisser refroidir leur moteur, s'ils visitaient «les Couverts», s'ils montaient à la Madeleine pour embrasser le plus panoramique des horizons qui s'étend des moutonnements de la Grésigne aux coteaux de Gascogne bien loin par-delà la Garonne, repérant nettement Montauban, la flèche des «Pères», la masse blanche de la Cathédrale, la pointe de Saint-Jacques et au-delà, les panaches de Montech et de Castelsarrasin, à l'horizon le clocher de Cordes ; si, descendant de la Madeleine, ils allaient même jusqu'à Cayrac, ce qui n'est certes pas bien loin puisque la mairie de Cayrac se confond avec les maisons de Réalville au pied même de l'église..., s'ils poussaient jusqu'à Chanterive où le vieil et bon abbé Marcellin, se reposant du faste de la Cour Royale qu'il avait édifiée en même temps que charmée par son éloquence, écrivit son histoire de Montauban, s'ils longeaient la rivière jusqu'à Bellerive, un peu sauvage aujourd'hui, depuis que la chanson du Moulin ne se rythme plus à la plaintive mélopée de « la Païssiero » et que la nature a repris ses droits sur le génie de l'homme ; s'ils voyaient tout cela, les fous, les ignorants, ou «les américanoïdes» , Réalville leur apparaîtrait comme une captivante sirène, sortie de l'Aveyron à quelques pas de la rive, pour les séduire au passage sur la grand'route qu'ils dévorent et qui se venge souvent.., mais ils passent, ils sillonnent brutalement Réalville d'un éclair, d'un «cent à l'heure»... et ils l'ignorent!»
Quatre-vingt ans après, la Nationale 20 a été doublée par une autoroute, l'école qui dans un premier temps s'était déplacée au bord de la dite Nationale se trouve du côté du refuge de l'abbé Marcellin, à Chanterive, les «Couverts», même en accueillant la mairie, ont perdu de leur agitation et les édifices religieux attirent moins les croyants le dimanche. Par contre la belle salle des fêtes devient un endroit de référence, et les commerces ont repris après une période de déclin.
Les changements n'empêchent pas le maintien d'un même charme, d'une même beauté. Plus que jamais liée à Caussade, il reste bien des études à réaliser pour saisir les richesses de cette fin de vallée de la Lère. J-P Damaggio
