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Vie de La Brochure
28 octobre 2021

Castan, la ville et le bucolique

Suite à l'intervention de Daziron à Montauban sur le vouloir d'une ville, voici mes commentaires.

Dès le départ dans son exposé Alain Daziron a mis une équivalence entre le vouloir d’une ville et le vouloir d’une commune. Je ne suis pas sûr aussi je voudrais revenir sur l’histoire.

Avant la révolution il existait des paroisses et des villes.

Est-ce, comme je l’ai entendu plusieurs fois, vu que le découpage d’une commune était souvent celui d’une paroisse (ou de plusieurs) commune=paroisse ?

Si je suis d’accord pour reconnaître la commune comme acteur collectif sans équivalent, avec la municipalité exerçant une fonction, je considère cependant qu’une commune est radicalement différente d’une paroisse pas seulement parce que l’Etat civil passe des mains du curé à ceux du maire mais parce que c’est là que se forge la nouveauté radicale : le citoyen quittant son rôle de sujet !

Quand j’entends « la commune préexiste au conseil municipal », j’entends qu’on veut tordre les idées en sens contraire de l’ordinaire pour se faire comprendre, sauf que ça élimine le rapport inévitable entre l’être communal et sa représentation. Pour l’essentiel jusqu’en 1890 le maire fut nommé par le pouvoir central qui n’avait aucune confiance en cette entité autonome, la commune, capable seulement d’élire des conseillers municipaux. Preuve que la commune était plus que le maire !

Pour la ville, avant la Révolution c’était transposition bourgeoise du château féodal ou de l’abbaye religieuse, en tant que moyen d’exploitation de la zone paysanne, en échange d’une protection militaire, sociale ou religieuse (les trois pouvant se croiser).

Le siège de 1621 en est une démonstration évidente. Derrière les murs de la ville, qui ne sont pas assiégés par des paysans révoltés, mais par le nouveau pouvoir central soucieux de mettre au pas tout le pays, le vouloir des habitants est l’équivalent de celui des châtelains contrés par la montée en puissance des cités.

Le château, comme l’abbaye ou la ville, se sont considérés supérieurs à la zone exploitée et cette vision a traversé les siècles sous cette forme : la ville c’est la lumière et la campagne l’obscurité !

En créant les communes, la révolution française a décidé de mettre tout le territoire sur le même pied d’égalité, celui de citoyens ayant tous accès au pouvoir de décision.

A Montauban la question est plus cruciale qu’ailleurs : la commune est géographiquement considérable, la ville y étant ainsi minorée.

Mais un principe (la ville supérieure) n’entre pas dans les faits (la ville démocratique) par un coup de baguette magique.

Prenons justement la question de la langue occitane.

En tant que lieu des «lumières» la ville a mis en œuvre une politique de développement du français, l’occitan devenant le parler ridicule de paysans attardés.

Pour redonner dignité à la langue, il a été fait appel aux troubadours, la langue d’une partie des univers féodaux, et une fois encore «la ville» a souhaité faire la leçon aux attardés !

Il ne s’agit pas d’inverser la problématique en célébrant la campagne contre la ville (les ridicules sont aussi nombreux dans un cas que dans l’autre) mais de comprendre que le vouloir d’une commune va consister à trouver sa propre articulation entre ses deux pôles internes.

Je connais bien l’Aragon espagnol où toute la population des villages est agglomérée et dans ce cas, il y a identité entre la commune et le village (comme dans des régions de France).

Ma question se pose quand il existe des fractures plus ou moins fortes sur une même commune entre la part agglomérée et le reste du territoire.

Depuis le vingtième siècle l’exploitation de la zone paysanne n’est plus le fait de la ville proche, mais les comportements perdurent, et celui du bucolique répète encore et encore, mais sous l’angle paternaliste, la supériorité citadine. Dans un tel cas, la campagne célébrée est une campagne idéalisée.

Je conteste radicalement la division rural/urbain, car je considère qu’il faut célébrer la commune comme lieu d’organisation de ce rapport qui varie suivant les situations. Dans des communes le rural prend le dessus sur l’urbain et dans d’autres c’est l’inverse. Mais quel rapport entre rural et paysan ? Pendant très longtemps, sur la commune de Réalville, le rural s’imposa par l’intermédiaire de châtelains, et non par l’intermédiaire de paysans. Pour inverser le rapport de force, la République fractionna électoralement la commune, en donnant plus de conseillers au village qu’à la campagne, mais l’opération n’a pas réussi. L’identité de cette commune tient en conséquence à cette forme de rapport de force.

Et aujourd’hui ?

Toutes les mutations sociales que traversent le pays qui, d’un modèle connu, nous font passer dans un futur qui se cherche, font l’essentiel de la vie communale.

Politiquement la commune (petite ou grande) fut le creuset de la construction républicaine. La république étant à la dérive, la commune se trouvant sans horizon, sans fonction, patauge.

Socialement, les liens historiques divers se délitent et c’est visible là plus qu’ailleurs.

L’intercommunalité n’est en rien le tremplin pour relancer les communes mais tout au contraire l’instrument de leur mise au pas. Le poids des nouveaux féodaux appelle le tocsin de la révolte. Je n’en connais pas la forme mais elle est inscrite dans l’histoire. Face à la domination toujours plus grande et décisive des géants économiques, la révolution sera culturelle ou ne seras pas ? Je vais m’en tenir à cette question.

*J-P Damaggio

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