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Vie de La Brochure
17 novembre 2021

Bordeaux-Montauban-Toulouse : un peu de géopolitique

En 1967 moment historique pour Montauban : Bègles est battu à la finale du championnat de France de rugby. J’avais 16 ans et je ne comprenais pas la nature de cette ville. Comment pouvait-il exister une si grande équipe en banlieue de Bordeaux où évoluait le SBUC ? Notez cependant qu’au même moment, à Toulouse, le glorieux Stade Toulousain était concurrencé par une équipe dite le TOEC qui lui faisait une grande ombre. Bègles pendra sa revanche en 1969 en devenant champion contre... le Stade Toulousain.

A Bordeaux, l’équipe avec une référence étudiante, le U de SBUC, était celle de la ville quand le E de TOEC était l’équipe d’un quartier, les Minimes (j’ai mis longtemps à comprendre que le rugby fut d’abord affaire d’étudiants).

En arrivant de Montauban, on entre dans Toulouse par ce quartier, les Minimes et gamin j’étais un peu fasciné par ce nom car, en sport, on commence d’abord par être minime, puis cadet et enfin junior.

Claude Nougaro a eu beau chanter Toulouse, il chante aussi son quartier Les Minimes, référence chère à Claude Sicre mais aussi aux frères Amokrane de Zebda.

 J’ai enfin compris ce qu’était Bègles en 1989 quand le journaliste Noël Mamère a quitté les écrans pour aller y battre le maire communiste, ce qu’il a fait et depuis la commune est restée avec un maire écolo même après la longue carrière de Noël Mamère qui le conduira à être candidat à la présidentielle. Bègles était comme les Minimes, la banlieue populaire d’une capitale régionale.

 Sauf que pour poursuivre la parabole rugbystique on sait qu’à présent le Stade Toulousain a réussi à effacer toutes les équipes de la ville pouvant lui faire de l’ombre, alors qu’à Bordeaux il y a eu une union respectueuse avec l’équipe Bordeaux-Bègles.

 Le face à face Bordeaux-Toulouse a, pendant un temps, était bousculé par le cas de Montauban comme le démontra encore l’année 1967 en rugby.

Le cœur du réacteur tient en une date ancienne, le 10 mai 1790. A ce moment là Montauban était presque aussi puissante que Toulouse avec en ses murs 9000 ouvriers. Ce jour là les royalistes de Montauban décidèrent de déclencher la contre-offensive capable d’arrêter la révolution en France. Le massacre du jour avait en toile de fond des questions religieuses, les royalistes se servant de l’église catholique pour arriver à ses fins, contre des protestants qui représentaient la bourgeoisie exploiteuse d’ouvriers… justement catholiques. Aussitôt Bordeaux vola au secours des révolutionnaires de Montauban et bloqua l’effet domino espéré par les royalistes. Et que fit Toulouse ? Pas question d’apporter son soutien aux forces vives de la ville concurrente ! Elle se contenta d’observer les événements d’autant que la Révolution, en faisant de Montauban une ville soumise aux ordres de Cahors, son déclin était à portée de mains. D’autant que quand viendra l’heure des Girondins, la mairie de Montauban était aux mains des Montagnards qui, sans se tourner vers Toulouse toujours modérée, délaissa Bordeaux.

Ce face à face Bordeaux-Toulouse sera rendu visible par la guerre médiatique de la Troisième République avec d’un côté La Dépêche de Toulouse voulant imprimer sa marque sur Montauban que Napoléon avait transformé en chef-lieu de département lui rendant ainsi une part du lustre perdu, et de l’autre La Petite Gironde, la France du Sud-Ouest ou L’Express du Midi, les Bordelais n’ayant pas été capables d’avoir une seule force de frappe.

La Dépêche de Toulouse à l’image de la prudence historique de la ville va naviguer entre les eaux (acceptant les éditos de Jaurès même quand il créa l’Humanité) pour assurer définitivement le rôle de capitale du Sud-Ouest à sa chère Toulouse.

La période 1940-1944 a rebattu les cartes et après un temps d’interdiction La Dépêche de Toulouse est devenue La Dépêche du Midi face à Sud-Ouest. Le Tarn-et-Garonne a donc assisté à la lutte entre deux conceptions du journalisme jusqu’au jour où le propriétaire de La Dépêche a décrété le Tarn-et-Garonne chasse gardée, Sud-Ouest a alors accepté de partager les territoires, laissant Montauban dans la définitive orbite toulousaine.

Une victoire pour Toulouse ?

En même temps que se développait la presse s’est développé le rail.

Par l’effet de quelques hasards Montauban s’est trouvé au carrefour ferroviaire de l’axe Paris-Cerbère et Bordeaux-Sète. Dans un premier temps, pour aller en train de Toulouse à Paris on passait par Albi, puis ensuite ce fut la ligne majeure Paris-Limoges-Montauban-Toulouse.

Vous devinez qu’après mon obsession actuelle, rugby, j’en arrive à cette autre, la LGV.

Comme on le sait à présent, la gauche socialiste ayant quitté les rives du peuple s’est jetée dans les bras des sommités, la lutte des classes ayant été gagnée par le capitalisme. Délaissant le train des pauvres, elle a décidé de produire un nouveau réseau ferrée sans barrières, sans trains de marchandises, au nom du dieu vitesse. Avant la gauche socialiste la droite avait rêvé du même dieu en faisant produire l’avion supersonique Concorde.

Comme droite et gauche se sont mises à partager le gâteau ce ne fut pas la LGV Paris-Orléans qui fut mise en chantier mais Paris-Tours pour le bonheur d’un vaste projet touristique, cher à une partie de la droite, Le Futuroscope.

A partir du moment où on avait d’un côté le Paris-Lyon-Marseille, on allait avoir de l’autre côté, Paris-Bordeaux-Toulouse, Toulouse se retrouvant ainsi à la remorque… de Bordeaux ! Mais les gouvernements se succédant si en 1990 le TGV est arrivé à Toulouse, ce fut très longtemps par la ligne existante, la ligne Bordeaux-Toulouse, qui, pour dire son importance, fut une des dernières grandes lignes à être électrifiée.

Nous avons donc un changement spectaculaire de géopolitique !

Bordeaux qui tenait sa force de la mer en tant que port, se trouva marginalisée en perdant cet appui, et voilà que Toulouse en faisant fi de son rôle historique s’est mise, par ses élites, à voler à son secours !

Le rôle historique de Toulouse a été de se trouver sur la colonne vertébrale du pays, matérialisé par le Nationale 20, puis par la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse.

Les élites socialistes et la droite vaguement centriste, en jouant la carte LGV pour l’effet d’image, se sont mises à scier la branche sur laquelle elles sont assises, contribuant ainsi à assécher ce peuple du centre de la France, devenu inutile. Sauf que ceux qui prennent l’autoroute Brive-Vierzon pour aller à Paris sont bien contents de bénéficier de la gratuité !

Et Montauban dans tout ça ? Brigitte Barèges avait eu une formule heureuse et ridicule en même temps en disant : «Faire de Montauban l’Aix-en-Provence de Toulouse». Formule heureuse en affichant Montauban à la remorque de Toulouse. Bien avant, Albi a su jouer ce rôle, et c’est tout à fait visible sur le plan universitaire. Formule ridicule car le Sud-Est n’a rien à voir avec le Sud-Ouest en terme de démographie.

La LGV Paris-Lyon-Marseille a tout à fait sa raison d’être ce qui ne devrait pas empêcher de pouvoir prendre des trains par la vieille ligne.

Mais me direz-vous le dynamisme démographique du Sud-Ouest n’a sans doute pas fini d’apporter quelques surprises ! Il tient en partie au succès de l’industrie aéronautique dont la fragilité n’est plus à démontrer dans un pays où la fragilité industrielle est devenue la règle ! Alors de quoi demain sera fait ? Avec un emprunt sur 40 ans demain est entre les mains des banques tant que la monnaie de singe qu’elles manipulent ne fondra pas comme neige au soleil. J-P Damaggio

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