Demangeon Albert a lu le livre de Donat sur Larrazet
Cette présentation du livre sur Larrazet recoupe celles de Henri Sée, (Revue historique) celle de de Monsabert, (Société de géographie de Toulouse). Je me permets juste trois observations :
- Le métayage : je lis «la plupart des terres sont exploitées en métayage» or à l’heure des comptes ils sont seulement 8 ! En fait, le métayage étant peu répandu, les grands propriétaires sont obligés de négocier. Au XIX ème le partage n’est pas à demi mais à 2/3 pour le métayer d’après Louis Taupiac (et c’était peut-être le cas avant).
- La natalité : Je lis « C’est déjà le faible taux de natalité de l’époque actuelle ». En effet mais pourquoi ? Car les métayers sont rares et les propriétaires ne veulent pas le partage de leurs terres, donc ils font peu d’enfants.
- Les grands propriétaires : je lis : «ce n’étaient pas de grandes propriétés» mais il me semble ça se discute pour deux raisons : 46 ha c’est déjà pas mal, d’autant que les grands propriétaires en question possèdent d’autres surfaces dans d’autres communes. Surtout avec l’abbaye de Belleperche, une des plus importantes du Languedoc !
- Et enfin sur la comparaison avec aujourd’hui : noter ce qui n’a pas changé et ce qui a changé sans évoquer le bouleversement politique engendré par la Révolution, et donc l’abolition des droits féodaux, c’est passer à côté de l’essentiel. Cette étude de Donat sera complétée par une autre où la question des impôts occupera une belle place et je ne peux qu’y renvoyer.
- J-P Damaggio
Demangeon Albert. Une commune rurale à la fin de l'ancien régime.
In: Annales de Géographie, t. 37, n°205, 1928. pp. 82-83;
UNE COMMUNE RURALE A LA FIN DE ANCIEN REGIME D’APRES LE LIVRE DE J. DONAT [1]
Les documents de histoire locale, surtout quand ils nous font connaître des groupements élémentaires de population tels que les communes rurales, représentent une source fort précieuse pour l'étude des conditions de l'existence autrefois. Ce sont des anneaux menus mais solides dans l’enchaînement des faits de géographie humaine. Mr JEAN DONAT a retrouvé dans les archives de la commune de Larrazet canton de Beaumont-en-Lomagne (Tarn-et-Garonne) un curieux compoix ou cadastre de 1769 qui nous fait pénétrer dans la vie économique de ce village gascon.
Dans la répartition des établissements humains nous observons des traits fort intéressants, les uns particuliers Larrazet, les autres communs à toute la région. Le village c’est-à-dire le groupe d'habitations le plus important de la commune n’a pas toujours occupé sa place actuelle. A une époque ancienne il se groupait autour de l’église de Camnac en un lieu assez malsain et dépourvu d'eau, d’où il se transporta entre 1253 et 1265 sur le bord de la vallée de la Gimone en un lieu plus élevé. Le nouveau village semble être disposé sans ordre, sans cohésion. Mais l’insécurité de la Guerre de Cent Ans l’obligea à se serrer et à s’enfermer à l’intérieur de remparts : c’est de cette époque, fin du XIVe siècle, que date le village actuel qui présente tous les caractères un bourg fortifié. Les moines de l'abbaye voisine de Belleperche, grands propriétaires fonciers de l’endroit, édifièrent plus tard un château puis un moulin. Ainsi se forma à Larrazet un village compact et fermé, entouré d’un fossé profond, aux rues se coupant en angles droits, pavées en cailloux roulés de la Garonne. C’est dans cette agglomération villageoise qu’habitaient bourgeois et artisans.
En dehors du village et au delà du fossé, s’étendait une place avec une mare qui séparait le village de son faubourg ou barry lequel était formé de maisons chétives en torchis où vivaient les pauvres gens, surtout les manouvriers agricoles. Il avait donc à Larrazet deux agglomérations, une vivant comme à l’ombre de l’autre. Quant aux cultivateurs qui constituaient la majorité de la population, ils vivaient comme vivent aujourd’hui leurs descendants, en fermes ou métairies isolées sur leurs terres (Mezin, Bordeneuve, Migou, Belleperchette, Camnac, Birolle, Les Bartasses, Vitrac, Le Capdet, Lonjou, Garbillet, Rambaille, Les Rodès, Hillet, Barrière, La Capmartine et autres). Tous les « ménagers en leurs biens » c’est-à-dire les propriétaires cultivateurs au nombre de 6, habitaient ainsi leur ferme au milieu de leurs champs ; il en était de même pour les bordiers (métayers) et pour 28 des laboureurs sur 34. Par contre la plupart des «brassiers» (ouvriers agricoles) résidaient dans l’agglomération.
Chez ces paysans de Gascogne du XVIIIe siècle les mouvements démographiques sont les mêmes qu’aujourd’hui : les 223 familles de la commune ne comptent que 319 enfants. Deux familles ont 6 enfants chacune ; deux, 5 ; treize 4 ; trente 3 ; cinquante-trois 2 ; quarante-neuf 1 ; soixante et onze, aucun. C’est déjà le faible taux de natalité de l’époque actuelle.
Sur les bords de la vallée de la Gimone, au voisinage de la plaine alluviale de la Garonne, le territoire de la commune donne de fertiles campagnes qui possèdent les conditions de l’abondance des biens : terres lourdes qu’on laboure avec des bœufs et auxquelles on impose quatre façons par an ; grasses prairies le long de la rivière où paissent les bœufs garonnais ; champs de blé et de maïs, vignes vigoureuses sur les coteaux, basses-cours aux volailles renommées. On demeure fidèle au vieil assolement biennal où le maïs succède au blé ; la plupart des terres sont exploitées en métayage.
Cette terre heureuse était, depuis des siècles, disputée par les petits propriétaires. Le morcellement du sol atteignait en 1769 des proportions remarquables. Certes il y avait des propriétés nobles et des propriétés d’église (22,7% de l’étendue de la commune) mais ce n’étaient pas de grandes propriétés, puisque la superficie moyenne revenant à chacun de ces propriétaires privilégiés était seulement de 46 ha. Il y avait aussi des propriétés de bourgeois (25,4 % de l’étendue de la commune) avec une moyenne de 25 ha par propriétaire. Il y avait de minuscules propriétés d’artisans et d’ouvriers (9 % de l’étendue de la commune) avec une moyenne de 2 ha par propriétaire. Quant à la classe agricole, elle possédait 40,8% de l’étendue de la commune avec une moyenne de 4 ha 78 par propriétaire. Le morcellement du sol était donc déjà remarquable à la veille de la Révolution et la Révolution a peu changé la distribution de la propriété.
Cette classe agricole comprenait des types sociaux plus nombreux qu’aujourd’hui. En tête de ces terriens venaient « les ménagers en leurs biens » petits propriétaires (19 ha en moyenne) qui vivaient indépendants avec leur famille sur leur bien ; on en comptait six, résidant dans la commune. Puis venait la foule des gens dont le domaine trop morcelé et mesquin ne suffisait pas à l’entretien de la famille : laboureurs (au nombre de 34), possédant leur maison et quelques champs (9 ha en moyenne), mais souvent obligés de louer des terres à autrui ; brassiers (au nombre de 29) ne possédant qu’un hectare et demi en moyenne et louant leurs bras ; bordiers (au nombre de 8), sans habitation propre, cultivant une métairie à compte demi avec un propriétaire.
Beaucoup de petites gens, n’ayant pas de terre ou en ayant pas assez, se livraient à une occupation industrielle. Le grand nombre de ces ouvriers et de ces artisans nous apparaît comme un des traits originaux de cette société rurale. En les énumérant, nous passons en revue presque tous les corps de métier : boulangers, lesquels sont plutôt des fourniers cuisant la pâte pour les particuliers qui l’ont préparée ; armuriers, forgerons et serruriers, « faiseurs d’harnois » pour fabriquer et réparer les charrues et les jougs ; tonneliers, maçons, charpentiers, menuisiers, sabotiers, sergers tissant la laine des moutons du pays ; tisserands fabriquant les toiles de lin et de chanvre ; pressureurs d’huile tirant du colza et du lin l’huile pour l’éclairage et l’alimentation ; en un mot toute la variété des petits métiers qui ont aujourd’hui presque tous déserté les campagnes
A. DEMANGEON
[1] DOCUMENTS SUR HISTOIRE ECONOMIQUE DE LA REVOLUTION FRANCAISE COMITITE DE TARN-ET-GARONNE Une communauté rurale la fin de ancien régime par JEAN DONAT Préface de Mr CAMILLE BLOCH Montauban Imprimerie Gr Forestié 1926 ln-80 p. 297