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Vie de La Brochure
28 décembre 2021

Suite à la victoire de gauche au Chili

Depuis longtemps j’aime bien ce journaliste de La Jornada, Carlos Fazio aussi je reprends son article au sujet du Chili. D’un côté, vu le risque de victoire de l’extrême-droite, celle de la gauche suscite un grand soulagement. Mais en même temps il suscite des incertitudes. Comme au Pérou tous les observateurs vont étudier à la loupe le nouveau gouvernement et en particulier le ministre des affaires étrangères. Tout échec serait un drame que l’extrême-droite espère user demain pour sa revanche. J-P Damaggio

 Periódico La Jornada

Boric: ¿ni chicha ni limonada?

Carlos Fazio

lunes 27 de diciembre de 2021

 La victoire inattendue et confortable du candidat de centre-gauche Gabriel Boric et de la coalition Apruebo Dignidad au deuxième tour des présidentielles au Chili, ouvre des possibilités de construction d'un nouveau sujet historique collectif qui, axé sur les mouvements sociaux, les peuples autochtones et les secteurs de la gauche, peut atteindre, par le processus constitutionnel de 2022, des changements structurels, prenant les problèmes à la racine, et transcendant ainsi l'ancien cadre institutionnel néolibéral pinochetiste-concertationniste, afin d'amorcer une véritable transition vers la démocratie dans la patrie de Salvador Allende.

Ce ne sera pas un processus linéaire ni exempt de contradictions en son sein, de plus, la nouvelle alliance populaire en devenir depuis le bouleversement social de 2019 devra faire face à une nouvelle droite radicalisée, aux teintes néo-fasciste et avide de vengeance.

Boric, un social-démocrate, est un ancien leader étudiant devenu parlementaire, qui a signé en son nom personnel, sans le soutien de son parti, l'Accord pour la paix sociale et la Nouvelle Constitution en novembre 2019, qui a fait place à une constitutionnalité restreinte, et pour la même raison, et fut à cause de ça l'objet de vives critiques du mouvement populaire dans son ensemble. La révolte sociale qui, d'octobre de cette année-là à mars 2020, se battait dans les rues - une sorte de "caracazo" à la Chilienne -, a durement critiqué des politiciens comme Boric, et ils sont venus le rejeter parce qu'ils le considéraient comme un député traître, qui a voté la loi anti-barricade promue par le président sortant, Sebastián Piñera.

Face au candidat d'extrême droite José Antonio Kast, qui a eu 2% de plus au premier tour, les stratèges de campagne de Boric et son mouvement Apruebo Dignidad – qui comprend le Front large et le Parti communiste – ont réussi à rassembler des voix de démocrates-chrétiens, de libéraux et du parti socialiste, qui au premier tour avaient voté pour ces autres candidats.

Mais le soutien décisif - qui lui a finalement permis de battre son rival de 12 points - est venu des secteurs populaires, indépendants, jeunes et féministes des quartiers, villes et communes, effrayés par la campagne néofasciste de Kast, qui avait abandonné, il y a quelques années, la droite, pour une option ultra-conservatrice, en fondant le Parti républicain, en se revendiquant d'Augusto Pinochet et de la dictature civilo-militaire, du soutien du sénateur américain ultra-conservateur Marco Rubio, un républicain de l'État de Floride et de celui d’extrémistes vénézuéliens et espagnols dont Vox.

Exploitant les peurs des citoyens à la manière de Trump et de Bolsonaro, Kast et d'autres élus du Parti républicain ont attisé le spectre du communisme avec un langage de haine face aux élections, réussissant à imposer une campagne négative sur les Réseaux sociaux et à la télévision avec une propagande dominée par les fake news, les faux profils.

Un programme de peur sociale qui comprenait la fin des conquêtes réalisées au cours des dernières décennies, telles que l'élimination du ministère de la Femme et du mariage homosexuel ; l’abrogation des trois éléments de la loi sur l'avortement qui l’autorisent ; l’élimination du financement d'institutions telles que le Musée de la mémoire ; le retrait du Chili de la Commission internationale des droits de l'homme; la construction d’un fossé dans le nord du pays contre l'entrée illégale des immigrés ; le rétablissement des procédures illégales de la DINA (ancienne police secrète), qui ont abouti à la mort et à la disparition de milliers de personnes pendant la dictature de Pinochet.

Cette batterie régressive a poussé de nombreux citoyens à se mobiliser et à voter au second tour pour Boric, qui, en mars prochain, ne prendra pas le relais comme les gouvernements faibles traditionnels des technocrates néolibéraux, mais le fera, poussé par le plus grand vote de l'histoire du Chili depuis 1964, quand le démocrate-chrétien Eduardo Frei Montalva a triomphé.

Le principal défi pour Boric - qui a dit que dans le pays où est né le néolibéralisme, il trouvera sa tombe - sera de gérer l'impasse que représente un parlement à cheval entre le néolibéral réformiste de centre-gauche et le pinochetisme. En plus il devra résister aux manœuvres des pouvoirs en place, y compris les grandes entreprises et les groupes financiers, les médias de masse hégémoniques, la "famille militaire", les groupes paramilitaires d'ultra-droite et... l'administration Biden.

Le facteur États-Unis, décisif dans l'assaut contre La Moneda et le renversement d'Allende en 1973, a peut-être conditionné les critiques simplistes, biaisées et immatures du candidat Boric contre les «dictatures» de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua, qui l'ont plus rapproché du groupe de Lima que de la résistance émancipatrice des peuples et des gouvernements de ces pays. Position qui, si elle n'est pas rectifiée, pourrait le transformer en un élément utile pour la droite, ou pire, finir par être cette pseudo-gauche dont la droite rêve. Une gauche «politiquement correcte», qui, comme l'a dit Pablo Sepúlveda, le petit-fils d'Allende, n'est « ni chicha ni limonada (1) ».

Donc le nouveau sujet historique en gestation du «mouvement des mouvements » de 2019, devra se réinventer en approfondissant les contre-pouvoirs populaires de base.

1-J’ai envie de traduire l’expression par « mi chèvre mi chou » ou « mi figue mi raisin »

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