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Vie de La Brochure
30 décembre 2021

Saint-Antonin au Moyen-âge

Voici une autre information au sujet des activités de Jean Donat. J-P Damaggio

Activités à l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse

Séance du 2 mars 1939. —

Lecture de M. DONAT : La vie sociale dans une ville du Sud-Ouest au moyen âge.

S'attachant plus particulièrement aux XIVe et XVe siècles, il a puisé sa documentation dans les archives de Saint-Antonin de-Rouergue — cartulaires, registres des comptes consulaires et autres actes administratifs - qui s'y trouvent conservés.

Entre autres, les registres des comptes reflètent bien des aspects de la vie communale, avec ses ressources, ses besoins, ses habitudes, ses tendances, parfois ses luttes et ses aspirations.

Il recherche d'abord la forme sous laquelle la ville se développa dans le cadre des institutions féodales, du VIII au XI siècles, sous l'administration de vicomtes, vassaux des comtes de Toulouse.

Il montre ensuite l'émancipation de la bourgeoisie artisanale, parvenue à l'aisance par le travail et le commerce, et obtenant, vers 1140, une des premières chartes de franchises de la France occidentale. De cette charte, extrêmement libérale, M. DONAT donne une analyse d'où il ressort qu'elle fut la base des privilèges particuliers qui, par la suite, allèrent se confirmant et se développant, et grâce auxquels la cité se constitua en une sorte de petite république indépendante ; elle s'administrait elle-même par ses consuls, sous le contrôle et la tutelle, bienfaisante le plus souvent en ces périodes troublées, du pouvoir royal. Si la dévastation de la ville par la croisade albigeoise vint interrompre son essor économique, elle connut un relèvement rapide sous le règne réparateur de Saint Louis et la sage administration d'Alphonse de Poitiers.

A ce moment, elle obtint du roi de France, non seulement la reconnaissance de ses droits, attestée par un diplôme qu'elle possède encore, mais aussi des avantages territoriaux qui devaient contribuer à sa prospérité. Les articles essentiels de ces franchises furent inscrits dans un beau cartulaire encore existant.

L'indépendance de la ville s'accuse en particulier dans le droit qu'elle avait d'élire ses consuls, dont le dévouement à la chose publique et le désintéressement constituent le principe essentiel ; dans l'obligation pour les représentants du roi (sénéchal, bayle, juge-mage, procureur) de prêter serment de respecter ses privilèges ; dans son droit de justice exercé par les consuls assistés des gens de la ville. Ces divers textes, en langue romane, soigneusement et exactement établis, permettent de se représenter l'administration compliquée d'une cité tenue de faire face à de multiples obligations pour assurer à ses habitants une prospérité au développement de laquelle elle savait associer une grande partie de la population.

L'entrée en fonctions des consuls, la remise de leurs comptes, leurs préséances et leurs prérogatives, leurs luttes souvent courageuses pour la défense des intérêts communaux contre les tentatives d'empiétement du Pouvoir qui s'attacha d'ordinaire, il faut le reconnaître, à régler les conflits par la voie judiciaire, sont tour à tour examinés. Observé également l'état d'esprit d'une population vivant dans la crainte incessante soit de l'ennemi, qui s'appelait tantôt l'Anglais, tantôt le Routier ; soit des épidémies, telle la peste bubonique, dont les ravages éprouvèrent cruellement au moyen âge les peuples de l'Europe.

A défaut de moyens prophylactiques efficaces, on recourait aux pratiques religieuses, et les prières et formules propres à conjurer ces malheurs ne manquent pas, elles n’ont plus, d'intérêt.

En bref, en raison de ces diverses circonstances, Saint-Antonin jouit sous l'égide de la royauté, d'une véritable autonomie administrative. Il puisa par suite dans ses institutions un sens de la liberté qui se manifesta, non seulement au moyen âge, mais encore au cours des périodes qui suivirent. Et ceci explique aussi son attachement persistant à la royauté capétienne dont aucune tourmente (et il n'en manqua pas), ne parvint à le détacher jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.

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