L’homme tambourin et Claude Sicre
Je suis dans une phase rangement aussi je suis allé voir la situation de mon ancien blog et je retrouve cet article oublié suite à un commentaire ancien de Claude Sicre. J'aime bien la formule: "l'art d'avant les éclats de la Renaisance". JPD
(Sur la photo un ange de Fra Angelico au tambourin)
Comment est la vie ! Il pleuvait sur Perugia pendant la fête du chocolat, aussi la Galerie nationale dell’Umbria prenait une saveur particulière. Le lieu est magnifique et les peintures exposées parfaitement bien mises en valeur. Sobriété et clarté étaient à la mesure de l’art concerné, celui d’avant les éclats de la Renaissance. Pour la beauté du récit disons que nous étions salle 13 même s’il s’agissait peut-être de la salle 12. Les deux sont consacrées à Niccolo di Liberatore appelé l’Alunno, un natif de Foligno dont la peinture date peut-être de 1466. Sur cette peinture qui m’arrête un instant, je découvre un ange (toute peinture de l’époque était religieuse) jouant du tambourin. J’ai cru voir par la position, la manière de jouer, la simplicité, un homme-tambourin du nom de Claude Sicre. Instantanément j’ai compris qu’à écrire un jour sur ce musicien il me faudrait écrire une légende ! Etrange sensation que de découvrir en ce lieu, subitement, la structure d’un récit précis tordant le coup à la biographie en frappant les esprits par quelques flashs (terme qui nous est venu de l’anglais vers 1923).
Claude Sicre sur un marché de Monclar, Claude Sicre présentant son livre sur l’Americke, Claude Sicre sur la scène d’un château des Corbières (Lagrasse), Claude Sicre toujours sortant d’une légende et y entrant aussitôt. Une passion pour le folklore en phase avec une posture de légende. Il aurait aimé faire de son ami Felix Castan un autre personnage de légende mais, non seulement il ne jouait pas du tambourin mais, qui plus est, il aimait se référer à l’analyse concrète d’une situation concrète, aussi il refusait de se laisser entraîner loin de lui-même.
Légende ? Le tambourin a fait Claude Sicre même si Claude Sicre vise plus loin que son tambourin. Or, le tambourin vient de la nuit des temps (ou de leur lumière) et Claude en joue avec cette évidence en tête (et les Troubadours pour complices). Pas question de tomber dans le piège d’une recherche historique sur la naissance et le cheminement de cet instrument à travers les années et les espaces. Niccolo le montre là sur un tableau, un musée de Tunisie le présente au milieu de tant de percussions, le tambourin fait son monde.
Soudain, tout s’efface, les malentendus et les bien-entendus, les mots et les gestes, les provocations et les invocations : il reste une légende accrochée à un quartier de légende, portée par une civilité et vivant comme les enfants. Pourquoi faut-il qu’à un moment les légendes nous abandonnent ? Parce qu’on ne sait plus les conter quand tant d’oreilles enfantines restent là prêtes à les écouter ! Oui, la légende de l’homme-tambourin peut faire du bruit, peut ensevelir même tous les bruits d’univers humides.
Il pleuvait sur Perugia, dans la rue, en sortant du musée, au kiosque à journaux j’ai payé avec un billet l’exemplaire du Manifesto. L’homme m’a rendu la monnaie, et j’ai tombé une pièce au milieu des magazines. « Ne cherchez pas, en voici une autre… ».
1-11-2009 Jean-Paul Damaggio
