Elections au Portugal : la gauche alternative au tapis
La social-démocratie n’a pas dit son dernier mot comme pourrait le laisser croire la situation française. Après l’Allemagne la voici en bonne position au Portugal. Et Podemos peut se faire des soucis en Espagne… A gouverner avec le PS c’est le PS qui tire les marrons du feu, l’exemple français en a fait la démonstration depuis longtemps. Et quand le PS tombe c’est la gauche alternative qui tombe aussi ! Et si la dite gauche alternative s’oppose au PS, elle tombe pour refus d’union de la gauche ! Une situation qui doit faire réfléchir toute la gauche réelle d’autant que l’émergence de l’extrême-droite favorise le PS en divisant la droite. Sauf que si l’extrême-droite en France (qui fut en pointe en Europe) a un temps divisé la droite au bénéfice du PS (en 1988, en 1997 et en 2012) si la France reste en pointe alors le PS même au Portugal et ailleurs finira pas payer les pots cassés. Les sociétés évoluent en zigzagant. J-P Damaggio
Article du Monde
Elections au Portugal : le premier ministre socialiste, Antonio Costa, prend sa revanche en obtenant la majorité absolue
Les autres partis de gauche, qui avaient contribué à la chute du gouvernement, sont les grands perdants des législatives anticipées. Autre fait marquant : la poussée de l’extrême droite, qui arrive en troisième position.
Par Sandrine Morel(Madrid, correspondante)
Publié aujourd’hui à 04h30, mis à jour à 08h57
Le leader du Parti socialiste, Antonio Costa, à Lisbonne, le 30 janvier 2022. PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
« Une majorité absolue n’est pas un pouvoir absolu, ce n’est pas gouverner seul, c’est une responsabilité, c’est gouverner avec et pour tous les Portugais. » Avec près de 42 % des suffrages et au moins 117 des 230 sièges de l’Assemblée de la République (dans l’attente du décompte des votes des Portugais résidant à l’étranger), le premier ministre du Portugal, Antonio Costa, s’est posé en rassembleur, tard dans la nuit du dimanche 30 au lundi 31 janvier, depuis le siège du Parti socialiste, à Lisbonne, où il a célébré sa victoire écrasante aux élections législatives anticipées.
Le socialiste a remporté son pari. A l’issue du scrutin, il confirme non seulement son mandat, mais obtient aussi la majorité absolue qu’il n’a cessé de demander aux électeurs ces dernières semaines. Elle lui permettra de gouverner les mains libres, sans dépendre de ses anciens alliés de gauche – ni du parti de la gauche radicale Bloco ni du Parti communiste portugais (PCP). En octobre 2021, ces deux formations avaient refusé de soutenir la loi de finances 2022, qu’elles jugeaient peu ambitieuse en matière d’investissement public et de mesures sociales, et avaient ainsi précipité la tenue d’élections anticipées.
« Sans une majorité stable, nous irons de crise en crise », avait martelé durant la campagne M. Costa, qui n’avait pas voulu céder aux exigences des deux partis à sa gauche, avec lesquels il a gouverné tant bien que mal ces six dernières années. Cette fragile union des gauches, surnommée péjorativement la « geringonça », le « bidule », avait permis au socialiste de ravir le pouvoir à la droite, pourtant arrivée en tête en 2015. Elle a vécu.
« Une concentration du vote utile »
Avec 4,5 % des voix et cinq députés, quatorze de moins que lors des législatives de 2019, le Bloco est le principal perdant du scrutin. De troisième force politique, il passe à la sixième position sur un échiquier politique recomposé. « M. Costa a créé une crise artificielle pour obtenir la majorité absolue. Son chantage semble avoir eu du succès. La fausse bipolarisation a provoqué une concentration du vote utile, qui a pénalisé la gauche », a commenté, amère, la leader du Bloco, Catarina Martins. Même diagnostic chez les communistes, qui se contentent de 4,4 % des suffrages et de cinq sièges, sept de moins qu’en 2019.
Cet effondrement des gauches alternatives permet au parti d’extrême droite Chega (« assez ») de prendre la troisième position, avec 7,5 % des voix et douze députés. Il n’avait récolté que 1,3 % des voix et un seul siège aux élections législatives de 2019, qui l’avait vu faire son irruption sur la scène politique portugaise. « Désormais, au Parlement, il n’y aura pas qu’une gentille opposition à Antonio Costa », a clamé dimanche, euphorique, son président, André Ventura, se proposant de « redonner sa dignité à ce pays ». Cet ancien commentateur sportif exalté est opposé à l’avortement, favorable à la peine de mort, manie volontiers des discours populistes aux accents racistes – il avait notamment proposé de confiner les gens du voyage durant la pandémie.