Jaurès la voix par Benedetto
C'était à la Fête de l'Huma 1984. Et aussi à Carmaux. L'Huma avait 80 ans avec le couple Lubat-Benedetto dans ses oeuvres. Peut-être pour la première fois. A cause ou grâce à Jaurès. Un texte pour moi inoubliable que je voulais offrir aux lecteurs du blog. D'accord ça m'a pris du temps mais aujourd'hui 16 février c'est fait. Il y a écrit 73 sur la couverture car sans doute à l'époque c'était le 73ème livre de ma bibliothèque. Par la suite, des années de solitude m'ont fait exploser ce chiffre. Dix ans après c'était 800. Une lecture originale que j'accompagne de deux article de l'Huma de l'époque qui présentent le spectacle. Car c'est vrai, là il n'y a que l'écrit. Peut-être existe-t-il quelque part un enregistrement. J-P Damaggio
80 ème anniversaire
Jaurès en scène
16 heures, devant la grande scène de la Fête : il y a toujours ce moment, entre la première partie du spectacle et le meeting du dimanche, qui, sans être du Ionesco, est tout de même curieux et que l’on pourrait appeler les chaises. C’est le moment du remue- ménage des appareils enlevés et des sièges installés.
Les chaises du Comité central, cette année, le public ne les a pas vues arriver, car il y a eu sur la grande scène une innovation, une transition- surprise entre le spectacle et la politique.
C’était le moment Jaurès. Bernard Lubat ne faisait pas un «bœuf jazzant» (comme cela a été écrit par erreur), mais enchaînait au piano, à la suite du duo Colette Magny-Brenda Wooton. André Benedetto donnait alors de son «Jaurès la voix» un aperçu bref mais percutant. Une voix qui montait, simplement accompagnée par la silhouette du tribun se déplaçant à l’arrière de la scène, en surplomb, et prenant un tour étonnamment moderne avec les éclats de la musique de la Compagnie Lubat.
Et soudain faisait irruption sur la grande scène une de ces fanfares du Midi qui entraîneraient le diable, « Musique de la rue » de Montpellier, suivie par les mineurs de Carmaux et des manifestants de Bordeaux brandissant des personnages, portant des bandeaux « J’aime la paix ». C’était le cortège Jaurès. « Bandiera rossa », « les Soldats du 17e », des acteurs de la Fête chantaient eux-mêmes sur la grande scène. La joyeuse bande repartie, le Comité central entrait...
Du Midi, la veille au soir, où avait été créé « Jaurès la voix » devant une foule étonnée puis émue par ce spectacle inattendu mêlant le théâtre, la musique, les projections d’images, les feux d’artifice, à la grande scène, le dimanche, le 80e anniversaire de la fondation de « l’Humanité » par Jaurès avait trouvé la marque du vivant de l’art et de la politique.
EDMOND GILLES
Du Midi à la Grande scène
Le moment Jaurès
15 h 45, dimanche, sur la grande scène de la fête : Bernard Lubat, qui accompagnait Colette Magny et Brenda Wootton, enchaîne.
André Benedetto, alors, s’approche du micro et dit : « Jaurès la voix ». Mots égrenés dans le silence pour l’immense foule. Revient peu à peu la musique. Mais ce n’est plus seulement celle de Lubat. Fendant la foule, un cortège venu du Midi s’approche, conduit par une fanfare de Montpellier, « Musique de la rue » : aux mineurs de Carmaux se sont joints les jeunes avec la JC, solidaires du Nicaragua. Banderoles dépliées, la musique redouble. Puis le cortège repart et s’éloigne comme il est venu. Ainsi se déroulera le « moment Jaurès » sur la grande scène. Pour Benedetto et Lubat « la voix et la musique annoncent et traduisent le cortège ». Ce moment clôturera, avec la dédicace de la symphonie de Théodorakis dimanche soir, la fête à Jaurès, qui déjà la veille sera marquée par un grand spectacle de nuit créé à l’espace Midi, après le récital Nougaro, par André Benedettto et Bernard Lubat, la fanfare de Montpellier avec les projections d’images sur grands écrans et les feux d’artifice de Jean-Marc Peytavin.
Il y aura aussi une exposition Jaurès réalisée avec le concours de la Société d’études jauréssiennes, présidée par Madeleine Rébérioux, un «parcours Jaurès» évoquant ses combats et ceux d’aujourd’hui, et, partout dans l’espace Midi, un poster affiché et en vente, celui du plasticien Ernest Pignon-Ernest, qui a fait la «une» de notre journal le 18 avril dernier, jour de son 80e anniversaire.
L'exposition Jaurès sera inaugurée vendredi à 16 heures par Madeleine Rébérioux et Roland Leroy.
CHARLES SILVESTRE
