La sale guerre d’Eric Taladoire
Je ne sais pourquoi, en 1975, je me suis retrouvé devant Fort Alamo. Peut-être suite à la lecture d’un guide touristique ? Peut-être, pendant le voyage, une étape inévitable à San Antonio. J’ai retenu une chose de ce lieu si modeste, à l’histoire pourtant si magnifiée : était exposée la coiffe de John Wayne jouant David Crockett ! Un décor de cinéma célébré au rang de document historique ! C’est là que j’ai compris que l’histoire des USA n’existe que par son cinéma, et qu’en retour, ce cinéma a prit une force, sans équivalent, en tant qu’histoire des USA !
Quand on vérifie l’histoire réelle, on comprend qu’il est plus glorieux de n’en retenir que la version cinéma, même si au bout d’un moment le film marginal du bon indien a remplacé celui massif du beau et bon cowboy. Fort Alamo est en fait le point de départ d’une histoire masquée, celle du vol par les USA d’une immense partie du Mexique. Pour la Louisiane française, Napoléon ayant d’autres chats à fouetter que de s’occuper des Amériques, accepta de vendre un pays immense à la stupéfaction de ceux qui y habitaient. Pendant un temps, la même idée a été reprise pour la Floride, mais la vente a eu lieu après une défaite militaire des Espagnols qui l’occupaient. L’idée a été reprise pour l’Alaska. L’idée a été lancée pour le Yucatan mais là ce fut l’échec. Pour les USA tout peut s’acheter, même des pays et leurs habitants ! Ils ont eu un échec, le Canada qui est resté entre les mains des Anglais avant de devenir indépendant.
Le livre de Taladoire permet d’aller à l’essentiel, en replaçant dans l’histoire nord-américaine des débuts du XIXème siècle, l’invasion du Mexique par les Etats-Unis. Bien fait (les cartes sont un peu petites) il permet de mieux comprendre ce tournant de l'histoire générale car à partir de là les USA étaient destinés à devenir une super puissance.
Insistons sur le masque !
Si Tocqueville n’a vu que la démocratie aux USA, Taladoire y détecte le mensonge permanent et à commencer par la guerre d’indépendance qui se célèbre comme une révolution. En se libérant de la tutelle des USA, les colons sont devenus plus colons que jamais ! Et comme partout pour justifier le rôle de colon il fallait traiter tous les autres de sauvages.
Bref, comment justifier l’invasion d’un pays indépendant ? Car le Mexique était indépendant en 1846 quand les troupes des USA ont décidé d’aller jusqu’à Mexico pour faire signer un traité à leur gloire. Entre colons ayant obtenus leur indépendance, il aurait pu y avoir une solidarité, d’autant que les colons anglais n’avaient pu être chassés du Canada malgré quelques efforts dans ce sens !
L’histoire du Mexique est l’exact contraire de l’histoire des USA car la colonisation espagnole fut l’inverse de celle des Anglais.
Quand en 1776 les colons deviennent indépendants dans un petit coin des Amériques, les USA sont à construire.
Quand après la révolution de 1810 les colons mexicains deviennent indépendants en 1821, le pays immense est déjà construit, mais si grand, qu’il était difficile à organiser et à défendre. Un pays qui, sur le papier, abolit l’esclavage en 1829.
Pour voler le Mexique il fallait un cheval de Troie et ce fut l’indépendance du Texas qui appartenait au Mexique. Après cette fausse indépendance obtenue après El Alamo en 1836, le Texas rejoint les USA en décembre 1845. El Alamo est une bataille à double tranchant car l’indépendance du Texas repose sur deux forces les Tejanos (Texans espagnols) et les Anglos. Petit à petit lesTejanos seront marginalisés puis repoussés. Le Texas entrant dans l'Union en 1845, les Méxicains n'ayant jamais reconnu l'indépendance du Texas, à partir de là la guerre était enclenchée et les "sauvages" n'étaient plus seulement les Amérindiens mais tout autant les Mexicains. Je pense qu'ils le sont restés. J-P Damaggio
