Marx et le Mexique suite
Comme tout un chacun Marx a eu un début dans sa vie et a donc subi la contradiction propre à la jeunesse : une grande ignorance face à une grande capacité d’action. Une contradiction inconnue de la jeunesse elle-même car de 0 à 20 ans elle a tant appris ! Puis la contradiction de la vieillesse : le poids de l’expérience qui détruit les capacités d’action !
La bataille est continentale entre le vieux monde (l’Europe) et le nouveau monde qui n’était pas nouveau (les Amériques).
Or le développement du capitalisme masque de plus en plus les deux contradictions ! Au cours d’une vie humaine les capacités d’action s’amplifient jusqu’à masquer l’affaiblissement des capacités d’action des personnes âgées, tout en masquent l’inconscience de la jeunesse.
Je veux parler des moyens techniques d’acquisition du savoir qui évoluent à grande vitesse alors que le cerveau reste le même.
En 1847 Marx est un jeune homme et il juge de l’invasion du Mexique par les USA, à la lumière des quelques connaissances qu’il possède, et qui sont d’origine anglaise, est une bonne chose.
Vingt ans après quand la France décide à son tour d’envahir le Mexique son analyse sera beaucoup plus subtile. Il aura une vision plus globale de la géopolitique.
Son analyse de l’invasion du Mexique de 1846 est également marquée par l’image classique en son époque, de l’Espagne et de ses colonies, certes devenues indépendantes, mais si peu… A ce moment là, vu du nord de l’Europe, l’Espagne est un repère de brigands, des voleurs, de paresseux, d’incapables, d’attardés et j’en passe. Et le Mexique a la même image.
Inversement les Etasuniens sont dynamiques, inventifs, constructifs et si avancés ! Si bien d’ailleurs que le Mexique a aboli l’esclavage en 1829 alors que ce système fait la force économique des USA ! Bien sûr, partout où l’esclavage a été aboli, il est remplacé en partie par un système de substitution. Par exemple, en abolissant l’esclavage, le Mexique aurait dû mettre un terme au système des latifundias, ces énormes propriétés qui imposaient une grande main d’œuvre. Mais pas touche au droit de propriété.
Bref voici le constat d’un défenseur mexicain de Marx, Jesús Monjarás-Ruiz en 1983 :
« La guerre entre le Mexique et les États-Unis
De la guerre entre le Mexique et les États-Unis, Engels et Marx, s'appuyant sur des informations journalistiques et sur la lecture du livre de Ripley, mentionné par eux comme "La guerre du Mexique"[1], n'ont traité que de la fin du conflit. Sa vision en la matière comporte plusieurs aspects. D'un côté, avec une admiration implicite ou explicite pour les réalisations des États-Unis, ils saluent le triomphe américain comme une avancée naturelle de ce qui peut être considéré comme un certain déterminisme historique. A cette époque, la bourgeoisie capitaliste européenne faisait de grandes avancées, que Marx considérait, selon ses idées de l'époque, comme une étape nécessaire, ouvrant la voie à l'arrivée au pouvoir des démocrates et des communistes. Point de vue non exclusif à Marx ou Engels, mais commun aux milieux socialistes européens. Dès septembre 1847, une note avait paru dans le Kommunistische Zeitschrift, exprimant l'espoir que les Américains s'empareraient de la majeure partie du territoire mexicain[2]. Cette opinion était clairement partagée et renforcée par Engels qui considérait que, de toute façon, il valait mieux que la Californie passe des mains des Mexicains paresseux à celles des Yankees énergiques, qui intégreraient bientôt leurs richesses dans le système économique mondial. Un point de vue qui, adopté par Marx, met en évidence que, consciemment ou inconsciemment, tous deux ont participé à l'une des idées motrices de l'expansionnisme américain fondé sur son destin manifeste : les Mexicains, en tant que descendants des Espagnols, étaient une race dégénérée. Avec un critère selon lequel la fin justifie les moyens, surtout pour Engels, car au-dessus des principes moraux se trouvaient les faits historiques universels. »
Je ne sais si ce chercheur a par la suite poursuivi son travail de remise dans son contexte de l’opinion de Marx en 1847 mais ce fait est clair et net. Ce qui ne signifie en rien que les «écrits de jeunesse» de Marx (souvent célébrés) sont réductibles à cet élément. Mais l’inverse est tout aussi injuste.
Il m’est arrivé d’étudier l’opinion de Marx et des marxistes qui suivirent, sur Bolivar, et on s’aperçoit que ce débat reste d’actualité. J-P Damaggio
[1] "The War with Mexico", por R.S. Ripley Brevet mayor in the USA, First Lt. of the 2nd Regiment of Artillery... 2 vol, Londres, Sampson Low, Nueva York: Harpers Brothers, 1850
[2] Apud., en Domingo P. de Toledo V J., "México en la obra de Marx y Engels", Fondo de Cultura Económica, México, 1938. Para mayor información véase, Pedro Scaron, op. cit., nota 1, pp, 217-218