Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vie de La Brochure
20 mars 2022

Renée Canavaggia en mission en Laponie en 1945

ce soir 4 juillet 1945

Je continue mon voyage vers les soeurs Canavaggia... JPD

 Journal Ce Soir 4 juillet 1945  : L'éclipse totale de soleil du 9 juillet 1945

par Daniel CHALONCE.

astronome à l'Observatoire de Paris et à l'Institut d'Astrophysique

 Le 9 juillet prochain, les Parisiens seront témoins d'une éclipse partielle de soleil : vers 16 heures, un peu plus de la moitié du soleil sera cachée par le disque sombre de la nouvelle lune.

Ce phénomène sera visible en Europe, dans le Nord de l'Asie, les régions arctiques et l'Amérique du Nord. Dans les régions les plus méridionales du vaste domaine ainsi défini, c'est tout juste si le disque solaire sera entamé par celui de la lune, mais par contre à Stockholm, à Leningrad et à Moscou, l'éclipsé sera beaucoup plus importante qu'à Paris, et, un peu plus au Nord, elle sera totale.

La région de totalité constituera une très longue et très étroite bande de terrain, d'une centaine de kilomètres de largeur, partant .des environs de Tachkent, passant par le Nord de la mer d'Aral, sortant d'U.R.S.S. dans la région du Lac Ladoga, traversant successivement la Finlande, la Suède, la Norvège puis le Groenland, pour atteindre le continent américain à la pointe du Labrador et finir vers les Rocheuses, dans le Nord des Etats-Unis.

Les habitants de cette longue route suivie par l'éclipsé totale verront pendant une minute environ le soleil s'éteindre derrière l'écran noir de la lune, et les plus brillantes étoiles s'allumer dans le ciel assombri. Et à leurs regards surpris apparaîtra, pour la première fois sans doute, un magnifique spectacle : autour du disque sombre de la lune l'atmosphère extérieure du soleil, la « couronne » dessinera une flamboyante auréole blanche aux contours complexes sur laquelle se détacheront comme des flammes roses surgissant derrière le limbe de la lune, les «protubérances».

 Les quelques secondes de la totalité d'une éclipse constituent le seul moment pendant lequel les agronomes peuvent étudier complètement ces régions importantes du soleil, qui en temps normal sont noyées dans l'éclat du ciel bleu. Aussi, dans des temps plus normaux, des missions de tous les pays du monde se seraient-elles précipitées sur la zone de totalité, munies d'appareils de toute sorte pour photographier et cinématographier la couronne, en fixer le spectre, en étudier l'intensité et la polarisation. Cette année les missions seront bien clairsemées, à part les suédoises et les soviétiques opérant sur leurs territoires respectifs.

 A la vérité, depuis une quinzaine d'années, notre connaissance des régions extérieures du soleil a fait des progrès considérables grâce aux travaux, qui lui ont valu une renommée mondiale, d'un jeune astronome français de l’observatoire de Meudon, M. Bernard Lyot. M. Lyot a imaginé un appareil de principe très simple, mais dont la réalisation délicate ne pouvait être faite qu'avec les ressources de son ingéniosité : le coronographe. Cet instrument qui réalise en quelque sorte, à volonté, une éclipse artificielle, permet d'étudier la couronne en tout temps pourvu que le ciel soit pur et la station d'observation élevée.

 On ne peut néanmoins se dispenser de profiter des éclipses pour compléter l'observation de la couronne qui apparaît alors de façon plus pure qu'avec le coronographe.

 On ne peut pas s'en passer non plus pour étudier d'autres phénomènes, par exemple le spectre de l'extrême bord du soleil.

C'est pourquoi une mission française patronnée par le Centre national de la recherche scientifique s'est envolée le 29 juin pour Stockholm, d'où ses membres gagnent par le train une localité voisine de Skelleftea, dans le Sud de la Laponie suédoise, où l'éclipse sera totale. Cette mission comprend M. Lyot lui-même, qui désire voir au moins une fois une vraie éclipse, et se propose de faire l'étude photométrique de la couronne ; M. Daniel Barbier, astronome à l'Observatoire de Paris et à l'Institut d'Astrophysique; Mlle Renée Canavaggia, de l'Institut d'Astrophysique, et moi-même, qui désirons faire la photométrie des régions voisines du limbe solaire. La préparation hâtive d'une telle expédition décidée, in extremis, il y a trois semaines, et la nécessité de n'emporter que quelques kilos d'appareillage (au lieu de quelques tonnes dans les missions habituelles !), par suite du voyage par avion, nous posent de difficiles problèmes, que seuls l'habileté et le dévouement du personnel dè techniciens de l'Institut d'Astrophysique et de l'Observatoire de Paris nous permettront de résoudre.

M. Dauvillier, professeur au collège de France, vient également observer l'éclipsé dans le but de vérifier certaines de ses théories.

Enfin M. Leclerc, qui a été l'instigateur de cette mission, prendra un film de l'éclipsé et vous permettra ainsi, si toutefois le beau temps nous favorise, d'admirer à votre tour dans quelque temps cet étrange spectacle.

Daniel CHALONGE.

Commentaires
Vie de La Brochure
Archives
Newsletter
Derniers commentaires
Visiteurs
Depuis la création 1 091 264