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Vie de La Brochure
29 mars 2022

Le colonialisme volontaire

Quatre pays pratiquèrent le colonialisme sous quatre formes différentes : Grande-Bretagne, Espagne, France, Belgique. Grâce au contexte des USA le colonialisme a changé de forme pour alimenter « un colonialisme volontaire ». J’en conviens le terme est un peu bizarre et pourtant…

Ce n’est plus la population de la métropole qui va dans divers pays imposer sa loi, mais la population des pays «pauvres» qui va vers la métropole, volontairement. Pour coloniser ? L’immigration n’est pas une colonisation et pourtant…

Je ne dis pas que les USA ne sont pas intervenus en Amérique latine pour y maintenir leur domination, mais il ne faut pas oublier qu’avec le temps, tout comme des Européens construisirent les USA, des latinos firent de même en partant volontairement chez leur «adversaire» !

L’esclavage était contre nature aux USA même si cette nature dura longtemps, puisque c’est par obligation que des Africains s’y installèrent. Alors que tous les autres colons le firent volontairement.

Aujourd’hui même en Europe c’est de ce «colonialisme» qu’il est question, et qui ridiculise tout le discours «décolonial».

Des amis viennent de passer venant de Tunisie. Le premier fils ingénieur est devenu Allemand. Le deuxième est Français dans l’informatique. La fille dentiste va-t-elle rester au pays ? C’est improbable ! C’est volontairement et même avec un certain enthousiasme que des personnes veulent s’installer dans des pays qui auparavant furent leurs colonisateurs ! Ce renversement de situation supposerait à gauche un renversement d’analyse !

En lisant le livre de Padura, comment ne pas être sidéré par cette envie si forte des Cubains de partir pour le pays qui leur veut tant de mal, les USA ? Même si d’autres préfèrent l’Espagne ! Des Cubains qui aux USA restent des Cubains…

L’explication est simple : dans les pays «riches» malgré toutes les limites la vie s’y annonce meilleure. Sauf que suivant le principe bien connu «les riches veulent être toujours plus riches» nous avons ceux qui pensent que la France (pour parler de la France) est en perte de droits sociaux et ceux qui pensent que la France ne peut offrir de tels droits aux nouveaux arrivants !

La stratégie de l’essentiel de la gauche a toujours été : il faut toujours plus pour les classes populaires vu la misère rampante qui approche. Sauf qu’en face, las pays pauvres deviennent toujours plus pauvres et perdent, qui plus est, leurs forces vives, pour qui un SMIC en France leur suffit.

Je le répète, c’est le modèle nord-américain.

Il existe le cas du colonialisme chinois qui aux USA a construit partout ses «quartiers chinois». Ce colonialisme volontaire est très ancien : il vise à constituer des «petites chines» un peu partout. Il est organisé et aujourd’hui, en principe, ce n’est pas une vague qui quitte un pays «riche» pour des pays plus riches ! Des zones chinoises peuvent se développer même dans des pays pauvres car ce colonialisme volontaire reste en lien étroit avec la métropole. Ils inventent le restaurant avec buffet à volonté où, du patron au plus petit employé, tout le monde est chinois. Ils ne se fondent pas dans le pays d’accueil.

Face à cette réalité le discours «décolonial» venu des USA vise à culpabiliser les Européens qui seraient la cause de toute la misère du monde pendant que là-bas on construit des murs pour arrêter les volontaires qui veulent y vivre.

Le racisme peut se répéter à l’infini (au mot près). L’antiracisme doit se transformer au vu de la situation.

L’immigration venue d’Italie, d’Espagne ou du Portugal ne venait pas d’anciennes colonies. Aujourd’hui elle vient presque exclusivement d’anciennes colonies et ça change la donne. Je ne dis pas que les migrants veulent coloniser le pays où ils se rendent mais, parcequ'ils le connaissent en tant que colonisateurs d'hier, ils veulent, pour certains, le changer. 

En France il faudrait en même temps se culpabiliser pour les exploitations passées (bien réelles au profit de la classe dominante, mais passées) et se culpabiliser pour les morts en Méditerranée ! Il s’agit ainsi d’en finir avec toute notion d’histoire ce que les USA cultivent tant ! Comment sortir de cette spirale ?

En réinventant une nation d’aujourd’hui contre le nationalisme de toujours. Pour ce faire, tout passe par l’analyse du phénomène à présent ancien du FN, devenu RN. Je m’y suis attelé à partir du cas parlant du Tarn-et-Garonne dès 1990, ce qui a donné un livre en 2017 Le F.N. et les paradoxes d’hier et de demain. La gauche politique de 1985 a été sidérée par l’arrivée du FN jugé comme phénomène éphémère, comme elle a été sidérée par l’arrivée de Zémour en 2021. Comme d’ailleurs celle de Macron en 2017 ! Parfois je me demande où elle a la tête !

Bref, réinventer une nation d’aujourd’hui c’est considérer que la meilleure façon d’aider les classes populaires d'ici c’est de faire comprendre que ça passe par des aides majeures aux pays d’Afrique. La construction de l’Europe a permis de rétablir une part de l’équilibre en son sein. Faisons de même avec l’Afrique ! Pour la France, investir à présent massivement en Tunisie (un exemple) doit être conçu comme une façon de mieux célébrer notre pays ! Le drame c’est que cet effort (qui existe depuis longtemps par les aides européennes) ne peut passer par les autorités en place souvent trop corrompues. Ce qui peut donc apparaître comme une autre forme de colonialisme ! En clair, l’effort politique de constructions de solidarités ne sera pas facile ni en France, ni en Tunisie (pour prendre cet exemple le moins difficile). Ce point devrait être au cœur des débats. A suivre. J-P Damaggio

J-P Damaggio

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