Jean Jacques Moles, Geneviève et Raymond
Depuis longtemps Jean-Jacques Moles est un photographe talentueux ce qui signifie un photographe précis, minutieux, acharné. Il appartient à cette catégorie d’instits passé par l’Ecole Normale pépinière de photographes. Hier, il s’est arrêté chez moi en allant voir un autre photographe admirable, Philippe Dumoulin. Je lui avais demandé sa dernière création Geneviève et Raymond… où il n’y a pas l’ombre d’une photographie de lui ! Après de multiples efforts et soutiens il a rassemblé des photos familiales qui témoignent de la vie de ses parents pour ainsi leur rendre hommage.
Sans presque aucune photo de lui (mais il est sur des photos), dès la couverture sobre, réfléchie, on mesure les qualités de son art.
Ce travail réalisé à des fins familiales s’intitulent du prénom de ses parents. A témoigner pour le grand public il aurait pu écrire : « La vie populaire magnifiée ». D’accord magnifiée n’est pas dans son vocabulaire qui honore la modestie et tout le problème classique est là : comment célébrer la grandeur de personnes n’aspirant pas à la grandeur ?
Son père était facteur rural et sa mère aidait au guichet. La même configuration familiale d’un autre instit que j’ai tant admiré : Bernard Donnadieu.
A cause du facteur, et de mes études actuelles sur l’industrie du chapeau, je vais centrer mon propos sur le couvre-chef des personnages. Je reprends le mot de couvre-chef qui était le titre du journal syndical des ouvriers et ouvrières des chapeaux.
Le père est né en 1924 et la mère en 1927 (mes parents sont nés en 1930). A un moment où le chapeau est passé de «mode». Donc sur les photos seulement quelques couvre-chefs. Cependant très symboliques, comme tout chapeau qui se respecte.
Je commence donc par le couvre-chef du facteur. Le chapeau est passé de mode mais les autorités, le facteur, le gendarme, le militaire, gardent encore, à ce moment là, quelque chose sur la tête. Sur les photos du facteur Raymond Moles on sent toute la fierté d’un homme conscient de l’importance de son rôle.
Page 42-43 le facteur devant le bureau de poste de Sérignac, en 1959 et celle de 1960 est une photo JJM.
Page 57 le facteur en tournée à Sérignac.
Le képi, mot qui a beaucoup voyagé, a quitté nos rues, et peut-être l’autorité qui allait avec. Le képi allait avec l’uniforme.
En conséquence le couvre-chef le plus fréquent de la page 19 à la page 25, est celui des soldats faisant le service militaire. On a là la preuve que la coiffure porte un symbole. N’étant pas passé par la caserne je ne sais même pas le nom de ce « bonnet ».
Ensuite page 60 un chapeau sur la tête d’un chasseur en 1960.
Surtout page 67 une photo de JJM où son grand-père en 1971 porte le béret. Le béret fut le symbole du paysan, faisant de cet homme un être ringard aux yeux des citadins. Il témoigne parfaitement d’une époque et Septfonds fut un lieu de fabrication de bérets. Les basques sont les champions du béret.
Page 99 une photo de JJM de 1969 avec ses parents à la plage. Là deux bobs sur les têtes et une casquette pour le petit enfant. Il existe 2 versions de l’origine du nom « bob ».
La première : 1924 un dénommé « Robert » ne supporte plus les haut-de-forme et sombrero qui s’envolaient à la moindre brise de vent. Il a donc décidé de créer un chapeau résistant au vent afin d’offrir une alternative aux chapeaux. Selon cette histoire, le chapeau fluide aurait hérité du surnom de son inventeur, à savoir « bob ». Par la suite, il aurait été utilisé par les pêcheurs et les fermiers irlandais pour sa capacité à protéger des UV tout en n’obstruant pas la vue.
Deuxième version : l’appellation «bob» a été donnée aux couvre-chefs faits de tissu ou de toile des soldats américains de la Seconde Guerre mondiale. Les soldats américains étaient surnommés les «Roberts » par les Français, puis le nom a eu pour diminutif « bob » !
Dans tous les cas le produit vient des USA… comme la casquette typique d’aujourd’hui qui a envahi le monde.
Bien d’autres angles d’approche du livre sont possibles mais pour aujourd’hui je m’en tiens là. JPD
