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Vie de La Brochure
2 avril 2022

Le décès de Schafik-Handal

Handal

Voici un texte ancien que je reprends ici pour rester dans l'ambiance salvadorienne. JPD

2 février 2006 : Le décès de Schafik Handal

Je viens de voir Adan Chavez en chair et os. Il n’est autre que le frère du président Hugo Chavez, et fait fonction d’ambassadeur du Venezuela à Cuba. Comment, en séjournant paisiblement à Matagalpa, Nicaragua, ai-je pu faire cette découverte ? Le 26 janvier nous avons appris le décès brutal du Che salvadorien, Schafik Handal, aussi, avec mes amis, nous avons décidé d’aller jusqu’à la capitale San Salvador pour participer à l’enterrement de ce héros de légende (encore un enterrement !). Il nous a suffi de partir vers Esteli par la panamericaine, de passer par le Honduras et en moins d’une journée de bus on a débarqué à San Salvador. Aujourd’hui, au Nicaragua, quand un grand chantier commence, à chaque fois les gens disent, ce sont les Salvadoriens. Ce petit pays a une bourgeoisie qui se montre dynamique depuis la paix conclue en 1992, deux ans après la fin du pouvoir sandiniste à Managua.

Schafik Jorge Handal commandant du FMLN fut un des artisans de cette paix. Le FMLN est né un peu sur le modèle sandiniste en se référant à un salvadorien de légende Fabundo Marti d’où le nom du mouvement Front Farabundo Marti de Libération Nationale. J’en conviens le lieu historique en ce 26 janvier c’était plutôt le grand rassemblement de Caracas mais pourquoi faudrait-il oublier que la vie continue toujours là où les caméras sont absentes. En réalité, il s’agit ici d’un mort tel, que les dirigeants de son parti disent que le FMLN va être encore plus fort à présent, grâce à tous les enseignements que laisse ce fils de Palestinien égaré comme plusieurs autres, au San Salvador.

En 2004 à l’élection présidentielle, deux candidats d’origines palestiniennes s’affrontèrent, et une fois encore Schafik perdit, un Schafik qui fait penser à Daniel Ortega quant à sa façon de rester à la direction de son parti. En beaucoup plus intelligent cependant.

Bref, pour l’enterrement diverses personnalités firent le déplacement dont … Adan Chavez. Aucune n’évita la messe à la cathédrale légendaire de San Salvador, là où se fit assassiner Monseigneur Romero, l’évêque des pauvres. Mon dernier passage dans cette cathédrale c’était justement quand les foules se sont rassemblées, le 25 mars 2005, pour faire vivre la mémoire d’Oscar Arnulfo Romero abattu 25 ans auparavant, comme si c’était hier (24 mars 1980). J’ai toujours en tête, une salsa de Ruben Blades à propos de cet homme devenu un saint pour son peuple, sans autorisation du Vatican. J’avais alors écrit un petit texte :

« Arnulfo Romero, je t’appelle Oscar. En la belle Italie, Morozzo della Rocca, publie ta biographie. Voici 25 ans, tu es mort au cœur de ton pays, tué par des sicaires, frères de militaires. 25 ans que tu vis, dans le cœur de ton peuple. Viva San Salvador. Des milliers dans les rues, se chargent de tant de fleurs, qu’à Rome on se demande, le secret du labeur. Cher archevêque Oscar, combattre l’injustice, sa sainteté le Pape, ne l’admettra jamais. Salvador Juarez, écrivain de son état, nous répète à présent, que tu portas la voix de millions de sans-voix. Viva San Salvador. Tout pour l’intégrité, tout pour l’humilité, telle était ton option pastorale et sociale. La curie complota, le Vatican s’énerva, donc saint, tu ne seras pas. C’est beaucoup mieux ainsi, car il est des honneurs qui tuent les bonnes mœurs. Viva San Salvador. Monseñor Romero, ton amour pour les pauvres illumina ta vie, voici pourquoi je t’offre quelques lignes perdues, d’un beau présent chargé de tant de libertés ».

Mais revenons à Schafik sans avoir une grande envie d’écrire à son sujet, même si je suis heureux de participer à cette immense ferveur populaire qui l’accompagne à sa dernière demeure. Ce n’est pas que je regrette le choix qu’il fit opérer à son parti, en faveur de l’Internationale socialiste dont je viens d’entendre l’hymne pour la première fois. Je ne cesserai de le répéter : aux Amériques le chemin le plus court entre deux points n’est jamais la ligne droite. Cet ami de Castro, qui vient de décéder d’une crise cardiaque dans un aéroport, en revenant de Bolivie où il fêta l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales, avait les raisons de sa propre politique. De partout viennent des discours pathétiques pour pleurer sur la fin brutale de cet homme qui a voué sa vie au bien du peuple. Il est né le 14 octobre 1930 (il avait donc 75 ans) et à vingt ans, il entra dans la lutte aux côtés des étudiants. Dès 1952, il doit s’exiler et choisit le Chili où il resta jusqu’en 1956. Les liens tissés dans ce pays le suivirent pour toujours car c’est là qu’il se lia d’amitié avec le mouvement communiste. Il reviendra au Salvador en 1959 doté de moyens lui permettant d’accéder aussitôt au Comité Central du Parti communiste placé dans l’orbite soviétique. Il va se faire connaître dans le pays par une action parlementaire régulière et deux candidatures aux présidentielles en 1972 et 1977, placées sous le signe du parti d’union démocratique nationaliste, la couverture légale du Parti communiste. L’histoire du passage à la lutte armée le conduisit à la direction du FMLN. Il se retrouvera encore le candidat à la présidence de la République en 2004. J’ai la sensation que le parcours politique de cet homme lui permet de retomber toujours sur ses pattes afin de rester à la direction des affaires. C’est vrai, la longévité en politique est très fréquente car la longévité appelle la longévité. Au bout d’un moment, celui qui connaît tout le monde est le mieux placé pour continuer, jusqu’à mourir à son poste. Bien que son parti soit minoritaire au parlement, trois jours de deuil national ont été décrété. Mon propos critique serait-il déplacé face à tant de vénération ? Je le reconnais, j’ai eu ma période Schafik et vous l’avez deviné peut-être, c’était au début des années 80 quand je vivais au rythme des infos me parvenant du Salvador (un de mes plus grands amis s’appelait Salvador et il était carreleur).

Je me souviens parfaitement d’un entretien qu’il avait eu avec Marta Hanecker. Peut-être est-ce cette philosophe chilienne qui l’obligeait à faire preuve d’intelligence mais le fait est là, il analysait le monde avec précision. Pour lui, si Allende est tombé c’est parce que les questions économiques primaient sur les questions de contrôle du pouvoir. Les démocrates chiliens auraient dû appuyer dès le début le militaire Prats. En fait, je comprends à présent qu’il ne parlait que de lui-même comme nous le faisons tous plus ou moins. Il parlait de sa passion pour le pouvoir. Ceci étant, j’admets en même temps qu’il fit beaucoup avancer les droits du peuple salvadorien.

Avec mes amis, sur le chemin de retour, nous avons beaucoup parlé de toute cette histoire passée et nous avons décidé qu’à faire les fous, nous pouvions laisser les enterrements pour le plaisir d’un dépouillement électoral, en allant dimanche prochain dans l’autre petite tranche de l’Amérique centrale, le Costa Rica (le nouveau président devrait surgir des urnes dès le premier tour). Dans le plus grand silence médiatique, ce pays sans histoire devrait nous confirmer que sans l’histoire il est impossible de comprendre l’actualité.

J-P Damaggio.

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