Macron a révolutionné la France politique
Le processus est ancien mais en 2017 Macron a révolutionné la France politique. Le soir de cette présidentielle qui vit arriver au pouvoir un OVNI, les autres partis l’attendaient au tournant, à commencer par celui des élections législatives et ils ont perdu. J’écris un OVNI pour juste rappeler qu’il n’avait jamais été élu, seulement devenu ministre par la volonté de François Hollande. Mais il n’était pas un OVNI dans le monde économique.
Cinq ans après, qu’il gagne ou perde la présidentielle, nous savons que sa révolution a réussi !
La France politique est divisée en deux mais plus droite/gauche : aux anciens partis la gestion du quotidien (municipales, départementales, régionales, européennes) et aux mouvements hors-sol la gestion de l’Etat.
En 2017 comme en 2022 les deux finalistes appartiennent à un courant qui a effacé le clivage droite/gauche. C’est une évidence pour Macron dont la droite laminée dit qu’il est de gauche, et des éléments de la gauche disent qu’il est de droite. Pour le FN-RN je rappelle que sa feuille de route a toujours été la même (avec de rares exceptions) : au second tour si on peut se maintenir on se maintient que ça fasse gagner la droite ou la gauche peu importe ! On oublie souvent que la victoire de Jospin en 1997 fut surtout un effet de cette stratégie du FN, un fait si vite oublié qu’en 2002 l’arrivée de Le Pen au second tour a fait l’effet d’une bombe.
Le retour du FN-RN au second tour de 2017 n’a eu rien à voir avec la surprise de 2002. Elle n’a pas été suivi des immenses manifestations contre le FN de l’entre deux tours 2002 et ça ne tient ni au fait de sa banalisation, ni au fait du passage de témoin à Marine.
En 2017 nous étions au moment crucial de la bascule : la présidentielle était devenue une élection hors-sol et le succès de Mélenchon s’est inscrit dans cette même logique. Parti de rien (financièrement et en tant qu’organisation) il a failli arriver au second tour ! En 2022 Zemmour a voulu faire pareil et, sans la capacité de Marine à tenir le choc, il pouvait être au second tour vu que l’électorat d’extrême droite pèse 30%.
Voici un troisième exemple de cette révolution : Jean Lassale. Sans parti politique il passe devant le PS et le PCF et seuls les écologistes le dépassent, parmi les vieux partis. Or Jean Lassale est sur cette même sortie du clivage droite/gauche.
En 2022 Mélenchon a changé de stratégie en se positionnant clairement comme «union de la gauche» ce qu’il n’avait pas voulu faire en 2017 pour ne pas être assimilé à la gauche de François Hollande. Mais ce fait est secondaire par rapport au constat général : LFI a pu perdre toutes les élections intermédiaires, la nouvelle création de Mélenchon (l’union populaire) arrive dans le trio de tête validant l’idée qu’il ne sert plus à rien, pour une présidentielle, de s’embarrasser d’un parti politique.
Nous arrivons donc à ce paradoxe : l’élection la plus hors-sol est celle avec la meilleure participation électorale ! Dans la France d’avant, l’élection municipale était celle avec la meilleure participation.
Il se trouve que cette révolution dont Macron est devenu la figure emblématique a un modèle, le système des USA, mais un système dont la Cinquième République, qui était fait contre lui, aggrave les effets pervers. Aux USA le président est toujours soumis au Congrès quand en France le Parlement est soumis au président !
La vie politique aux USA prend deux formes : elle est très active au niveau communal (fait totalement passé sous silence), et un peu moins au niveau des Etats (ou des gouverneurs peuvent rester longtemps) ; elle est totalement absente à l’échelon du président de la république des USA. Les deux partis en présence n’ont en fait aucune vie locale. Oui, il existe des Etats démocrates ou républicains et les candidats à la présidentielle sont parfois un produit de la vie locale (pas Trump) mais sans engagement citoyen, sauf le temps bref d’une campagne pour agiter des drapeaux !
Mais alors, qu’est-ce qui remplace les partis ? D’un côté les lobbies et de l’autre les médias ! La politique nationale est devenue une opération de marketing comme toute opération publicitaire ! Le citoyen est réduit à la fonction de «cible». D’où la forte participation vu le matraquage médiatique. Si pour une élection régionale il était du même ordre que pour une présidentielle alors j’en suis sûr le taux de participation changerait.
La conséquence majeure de cette révolution est ailleurs : la fracture toujours plus grande entre le consommateur-cible, et le citoyen-acteur politique.
Nationalement la politique devient seulement un métier qui lui-même alimente la politique ! De ce point de vue LREM et LFI fonctionnent pareil. Le FN-RN va résister longtemps car il mixe les deux systèmes : comme un parti ancien il est présent par des candidats dans tous cantons de France, sans se soucier du résultat, et en même temps il fonctionne comme une marque qui délivre un logo. Il peut en 30 ans n’avoir presque jamais accédé à un pouvoir politique, il est toujours là, seul contre tous. Il peut le plus facilement résister aux aléas des événements.
Des événements qui vont continuer de se précipiter car la crise politique ne peut que s’amplifier par les atomisations généralisées entre territoires, classes d’âge, professions, etc.
Avec les défis suivants : qui à la place de Macron dans cinq ans ? qui à la place de Mélenchon (mais lui peut se représenter si la santé est au rendez-vous) ? qui à la place de Marine si l’usure est au rendez-vous ? Des questions dont les citoyens seront écartés et qui se règleront dans les couloirs. En effet une leçon de 2022 confirmant 2017, les élections primaires du modèle USA ont été encore un fiasco ! Pour Pécresse comme pour Taubira désignées par deux types différents de primaires mais à l’échec patent.
Peut-être un mot sur une anomalie : les écologistes ? Ce parti nouveau né en même temps que le FN sur la scène médiatique mais sur un modèle inverse (les écolos nés de la base et le FN du sommet) a toujours traversé des tempêtes. Celle de 2022 est en plus financière. Une question qui joue un rôle dans le marketing de la politique. Par exemple, peut-il y avoir une entente Zemmour-RN aux législatives ? Mais si le RN laisse des circonscriptions à Reconquête, il laisse à ce parti des moyens financiers ce qui est un danger. Les législatives fonctionnement suivant une logique propre car elles sont à la source de ce financement pendant cinq ans par l’Etat. Avec des amis, à notre petite échelle, nous avons pu faire vive Gauche 92 et le journal Point gauche ! grâce en partie à ce soutien financier national qui, s’il était réparti sur le territoire, serait un moyen de vie démocratique, mais il est concentré entre les mains des maîtres du marketing. En 2017 Dupont-Aignan avait fait alliance avec Marine entre les deux tours. Il pensait bénéficier de retombées aux législatives (partage de quelques circonscriptions) mais ce ne fut pas le cas. L'avenir semble plus sombre encore que le passé. J-P Damaggio