Cent ans de littérature espagnole
Le détour par la revue Camp de l’arpa m’a incité à aller voir ce gros livre de 850 pages qui j’ai abandonné depuis des décennies.
De Unamuno à Félix de Azua, le livre balaie le vingtième siècle mais les Baléares y sont absentes.
Je l’ai acheté en 1990 et il m’a rappelé mon professeur d’espagnol en classe de première et terminale, Monsieur Ranz, qui tentait, avec un peu de désespoir, de nous faire apprécier la culture espagnole. Les quelques élèves que nous étions ne montraient pas un enthousiasme à la hauteur de ses espérances, y compris ceux qui avaient des origines espagnoles claires quand on s’appelle Sierra ou Segovia.
Je me souviens juste de Pio Bareja peut-être à cause du prénom original. Peut-être aurait-il pu doubler son enseignement d’un aspect touristique. Avec Pio Baroja on part de Saint Sébastien tandis qu’avec Unamuno on part de Bilbao pour atterrir à Salamanque. En fait, même une telle astuce aurait été sans effet quand je constate que malgré mon achat du livre de Gérard de Constanze, j’ai mis vingt ans à comprendre le rôle de Jean Cassou dans l’introduction de Unamuno en France.
Je me souviens ensuite, après la vie scolaire, du cas de Juan Goytisolo car il a réintroduit la culture arabe dans la culture espagnole. Ceci étant, ai-je eu l’impression que la culture espagnole disparaissait chez lui sous la culture arabe ? j’ai vite cessé de le lire. Sa thèse est cependant magistrale et juste. Cervantès et Ibn Khaldoun ont produit une œuvre qui chacune dans leur culture a été sans lendemain ! Rappel, le Don Quichotte est attribué à un manuscrit de l’historien arabe Sid Hamete Benegeli.
Pour Ibn Khaldoun ce n’est pas faire injure à la culture arabe que dire qu’après lui ce fut la décadence. Mais pour Cervantès ? Don Quichotte une œuvre sans lendemain ? Or la démonstration de Goytisolo est claire : l’inventeur du roman moderne n’aura, que plusieurs siècles après, une postérité ! « Elle tomba [leurs œuvres] sûr une société inculte et pétrifiée, une véritable dalle funèbre. »
« Les mêmes causes qui avaient empêché la diffusion de la pensée littéraire de Cervantes, étouffèrent ab ovo le développement et l’application des découvertes sociologiques et historiques d’Ibn Khaldoun : dans les deux cas, angoissante solitude du créateur emprisonné dans un locus impénétrable, sans osmose, sans échanges, transvasement projet futur : seulement autosuffisance, rigorisme, involution, circularité. »
Peut-être devrais-je relire Juan Goytisolo ? Avec ce constat : Don Quichotte est partout et en face la culture arabe s’est à nouveau fossilisée. Peut-on établir un lien ?
Si j’ai abandonné Juan, ce ne fut pas le cas des deux autres frères, Luis et Augustin si souvent cités par Vazquez Montalban. D’ailleurs ce dernier aurait pu dire à Gérard de Constanze, « Bravo pour m’avoir cité avec ma poésie, mais alors comment avoir pu oublier Augustin Goytisolo ? »
Parce que pas plus que Luis il n’a été traduit en français ?
En feuilletant le livre je constate que j’y avais casé beaucoup d’article d’El Pais des années 1990 à 1996. A ce moment là, pas question que je rate le supplément hebdomadaire, livres, de ce quotidien.
Juan Goytisolo (1990), Juan Benet (1990), Francisco Rico (1991), Les frères Machado (1992), Felix de Azua (1995), Garcia Lorca (1995) la mort de Caro Baroja (1995) Juan Benet (1996), le cas Rafael Alberti (1996), Carmen Martin Gaite (1996). Enfin une femme... J-P Damaggio
