La mémoire, la desmemoria
La mémoire est une question cérébrale, je veux dire une question technique lié au fonctionnement du cerveau. Même les animaux ont de la mémoire. Sauf que chez les humains la mémoire est un des multiples objets de la lutte des classes. Si la question semble majoritairement une question individuelle, elle est tout autant une question sociale.
Le négationnisme est une perte de mémoire organisée par les forces sociales. Sauf qu’il n’est que la partie visible de l’iceberg.
Socialement la mémoire est trafiquée, détournée, organisée, limitée par les forces dominantes et les forces dominées se doivent de répliquer pour sortir de l’oubli ce qui devrait y rester.
Prenons un exemple : en octobre 1961 une manifestation d’Algériens à Paris a été effacée, non de la mémoire individuelle des personnes touchées mais de la scène sociale.
Pourquoi inventer le mot négationnisme quand on a le mot oubli ?
Car le négationnisme vient après la mise en mémoire. Il s’agit de nier un fait établi.
Pourquoi les Espagnols ont-ils ce mot supplémentaire : desmemoria que mon dictionnaire traduit, la perte de mémoire (ils ont aussi le verbe desmemorisar) ? Ils ont aussi le mot negacionismo.
Donc quel rapport entre la perte de mémoire et l’oubli ? La même qu’entre se rappeler et se souvenir ?
Est-ce qu’avec les mémoires informatiques on ne va pas succomber sous l’effet d’un surplus de mémoires ? Tout comme la publicité succombe sous l’effet d’un surplus de publicité ? Ou tout individu succombe sous l’effet d’un surplus d’alcool ?
La desmemoria, est-ce une perte de mémoire salutaire ? ou au contraire une perte désespérante ?
Face au capitalisme que nous connaissons il existe le courant de la décroissance qui me semble utile car si autrefois les couches sociales pauvres affrontaient le manque, à présent il s’agit de l’excès, un excès qui masque le véritable excès, celui de l’accumulation capitaliste, un excès qui met même la planète en danger.
La gauche s’est construite sur la base du « toujours plus » pour les couches populaires. Le capitalisme s’en est emparé comme instrument de son développement.
La desmemoria devient alors la perte de tradition qui étaient la mémoire populaire, sauf que les traditions, si elles émanaient parfois du peuple, elles émanaient aussi des anciennes forces dominantes. L’excision est une tradition et au nom de la tradition il faudrait l’excuser ou pire la défendre ! Bien faire son travail était une tradition qui ne peut se répéter puisque la nature du travail change, mais qui peut se traduire autrement quand le capitalisme saccage le travail. J-P Damaggio