L’incroyable mort du politique
La pandémie mondiale a démontré clairement l’importance des décisions politiques alors que depuis des décennies nous assistions à l’agonie de cette activité humaine. Mais très vite le monde d’après est redevenu le monde d’avant !
Les années 1980 avec d’un côté la révolution conservatrice et de l’autre l’effondrement de la révolution communiste, pendant que s’installait la république islamique en Iran, a entraîné le début du mal politique et la France, vu son histoire, a été le thermomètre de cet incroyable phénomène.
Anicet le Pors avait compris que l’effondrement du PCF entraînerait l’effondrement de la social-démocratie et il en avait produit une belle analyse dans "Pe,ndanrt la mue le serpent est aveugle". Il avait alors contribué à une solution avec l’opération Chevènement aux européennes de 1994. Constatant l’échec de l’opération il s’est à nouveau rangé dans les ombres du PCF.
Par la «magie» de Lionel Jospin la solution est devenue «la gauche plurielle» qui englobait alors à la gauche du programme commun le courant écologiste. L’échec fut cuisant par le refus d’une analyse simple : le succès de 1997 n’était rien d’autre que le cadeau empoisonné fait par le FN à la gauche, grâce aux fameuses triangulaires.
Par un retournement de situation la France est devenu le laboratoire de l’installation de l’extrême-droite ce qui aurait pu rendre la gauche plus intelligente mais il n’en fut rien. Partagée entre deux approches : l’extrême-droite en divisant la droite est un bon point pour la gauche (voir 1997), l’extrême-droite signe l’épuisement de la démocratie.
Après 2002 les dirigeants politiques de la gauche auraient pu déduire de la situation, que le FN n’étant pas le produit éphémère de sa propre activité politique, il n’existait que par l’effet de l’action contre productive de la dite gauche qui ainsi se tirait une balle dans le pied ! Brandir à chaque élection le «front républicain» ne faisait que justifier la position du FN : nous sommes les opposants à toute la classe politique. Jouer de la peur du «fascisme» ne pouvait que renforcer un parti s’inscrivant dans la démocratie électorale. Répéter que Hitler lui-même avait été le produit d’une élection c’était faire oublier qu’il n’avait pas eu 50% mais seulement 33%, et qu’ensuite aucune élection n’a été programmée en Allemagne.
Avec le référendum de 2005, nouvelle double illusion : la gauche du NON au TCE a voulu croire qu’elle était à la source de la victoire (alors que le FN y avait pris une place majeure) et qu’il suffisait de l’unir pour qu’elle gagne. D’où la naissance du phénomène Mélenchon au cours d’une réunion mémorable en 2005 quand il annonce à ses amis de sa tendance politique qu’il va prendre en main la situation. En 2007 la guerre interne à la gauche du non est telle, qu’il décide de passer son tour. Le résultat de cette présidentielle, a fait de lui l’homme providentiel, comme l’échec du PS en 1969 remettait en selle Mitterrand. L'annonce le Front de Gauche devenait possible d’autant que ses bons liens avec Marie-George Buffet, issus de leur participation commune au gouvernement Jospin, allaient faciliter la situation. Mais le Front de Gauche qui fonctionne comme une union de partis, ne permet pas de bousculer la situation. Le score de 2012 n’est pas mauvais mais il fallait y ajouter une autre dimension. L'échec de Hollande et d’autre part l’émergence de Podemos en Espagne contribue à la création de LFI. Un changement radical de stratégie mais un changement masqué puisque le PCF soutient toujours Mélenchon. Donc au score de 2012 va s’ajouter le score propre à la dynamique LFI.
C’est là le tournant de l’histoire. La stratégie 2017 était le début d’un dépassement indispensable du clivage droite-gauche, mais elle fut brouillée par une partie des nouveaux députés qui étaient sur une stratégie union de la gauche. Résultat : entre les deux présidentielles les échecs de LFI se sont accumulés et Mélenchon change à nouveau de stratégie en se faisant le champion de la gauche, et en neutralisant ainsi les candidats PCF, PS et EELV ! Avec ce sommet des illusions ensuite : la NUPES ayant en charge l’obtention du plus de députés possibles.
Il se trouve que pendant toutes ces manœuvres, après la gauche, c’est à droite de s’effondrer, et à la stratégie centriste de s’épuiser. Seule la stratégie d’extrême-droite pouvait suivre son chemin paisible même si l’opération Zemmour, qui a tant fait couler d’encre et de salive, aurait pu la bousculer.
La gauche de la présidentielle était à 30%, celle de la NUPES à 26% mais pourtant je lis ici ou là que cette gauche là peut déstabiliser Macron. Il se trouve que Macron n’a rien fait perdre à la gauche, mais beaucoup à la droite en conséquence, à son tour il a scié la branche sur laquelle il était assis.
Toutes ces péripéties électorales n’ont qu’un seul intérêt : montrer que la politique étant devenue un cirque médiatique (quand Marine y participe elle est ridiculisée qu'ils disent) l’abstention ne peut que progresser, car aucun cirque n’a jamais été en mesure d’affronter les problèmes de nos sociétés.
Le discours de Mélenchon reprend les vieux repères de la gauche (avec une teinte verte de temps en temps) alors que le capitalisme est ailleurs depuis longtemps, grâce à sa révolution conservatrice. La gauche a obtenu les conseils payés et le capitalisme en a fait l’industrie majeure de nos pays « avancés », le tourisme. La gauche a obtenu la Sécu et le capitalisme a mis en œuvre une industrie pharmaceutique qui contrôle notre santé. La gauche défend le pouvoir d’achat quand l’achat n’est en rien un pouvoir, pire, le capitalisme célèbre la consommation pour faire oublier l’essentiel, la production ! Depuis les années 80 le capitalisme se sert des pratiques de gauche pour mieux surmonter ses contradictions. Qui a inventé le micro ordinateur avec Apple si ce ne sont des personnes de gauche, qui pensaient avoir en face le pouvoir d’IBM considéré comme le bastion de la droite (d’ailleurs, est-ce qu’IBM est encore puissant ? Oui bien sûr dans le cadre d’une division du travail).
Pour moi, Michel Clouscard a été le premier à alerter sur cette nouveauté. Depuis Jean-Claude Michéa a essayé d’actualiser ses analyses, et aussitôt les bonnes âmes de la gauche les ont désignés comme soutiens de l’extrême-droite ! (c’est tout ce que je mérite avec cet article). La position face au fascisme islamiste est devenu le révélateur de la dite mort de la politique. Quand Salman Rushdie a été victime d’une fatwa les bonnes âmes de gauche se sont insurgé, puis, petit à petit, comme toujours face à un fascisme, elles ont baissé les bras par peur, inconscience ou simple électoralisme.
L’élection colombienne va nous éclairer. Après le premier tour on pouvait penser, à croire les bonnes âmes, la gauche victorieuse au second tour, sauf qu’en face l’extrême-droite, même si elle perd (les sondages sont serrés), a réussi à éliminer la droite comme au Chili, au Pérou, au Brésil, en Argentine et depuis plus longtemps, en Italie. Et la victoire annoncée de Lula (avec l’aide d’un vice-président de droite) n’est que le chant du cygne d’une gauche sans avenir. J-P Damaggio
P.S. Oui mais que proposer pour sortir de cette spirale ? En France par exemple, la fin du financement public de la politique ce qui est impossible vous le devinez. Nous sommes face à des sujets tabou : par exemple "instaurer pour les médecins des zones, comme pour les pharmacies", j’ai entendu un candidat de droite, pharmacien, le suggérer dans un débat laissant les autres candidats sans voix !