Sur César Vallejo, le roman que vous ne lirez pas
Le journal péruvien La Republica a proposé un long compte-rendu du roman de Cronwell Jara Jiménez (Piura, 1950) récemment publié, un roman de plus de cinq cents pages, où il recrée une partie essentielle de la vie de Vallejo mais qui a été tiré… à 100 exemplaires seulement.
L'histoire couvre la période qui va de 1915 à 1923, période durant laquelle César Vallejo a vécu entre Trujillo et Lima, de 23 à 31 ans. Son premier voyage à Trujillo est raconté, aux côtés de ses grands amis, les bohémiens, et de ses premières amours - Mirtho, Otilia Vallejo, Gavina, María Rosa Sandóval - et son arrivée ultérieure dans la capitale où il publie ses premiers livres.
Cronwell Jara se plaît à raconter en détail l'histoire d'amour intense et dramatique que l'auteur de Trilce a vécue aux côtés de la belle et toute jeune Otilia Villanueva Pajares, une cousine à lui.
Les 112 jours de prison sont relatés avec minutie.
Puis son retour à Lima et son départ ultérieur vers l'Europe par le navire Oroya, aux côtés de Julio Gálvez Orrego, el Chino Gálvez, le neveu du philosophe de Trujillo Antenor Orrego, un ami de ss temps de bohème.
Cronwell Jara a su choisir les scènes les plus importantes de la vie du poète de Santiago de Chuco pour en donner un portrait complet, crédible et émouvant. Le livre contient des scènes d'une infinie tendresse, d'un humour débordant, d'un profond déchirement intérieur et d'un érotisme brûlant. Des chapitres se démarquent, comme celui où sont recréés les jours où César Vallejo est l'enseignant du garçon Ciro Alegría à l'école San Juan de Trujillo. Ciro Alegria futur écrivain a évoqué de son côté le célèbre instituteur.
Quant à la rencontre amoureuse entre le poète et sa bien-aimée Otilia, ou les heures de bohème fougueuse que le poète partage avec ses amis sur les différentes scènes de la capitale, ils donnent une image moins triste du poète.
D’ailleurs Cronwell Jara Jiménez prétend qu’à l’école on présente un Vallejo, triste, souffrant pour éviter de dire qu’il était un écrivain communiste.
Dans les derniers chapitres on entend l'auteur de Trilce défendre sa nouvelle proposition esthétique devant ses amis :
« Vous n'avez pas à comprendre ma poésie ! Quelqu'un pourrait-il m'expliquer à partir de son monde, de ses cauchemars, de son cœur et de ses viscères, ce monde d'absurdités et de cauchemars du dehors, que je vois ? Que perçoivent-ils ? Que ressentent-ils ? Comment revendiquent-ils ? Comment font-ils mal ? Alors devinez. Devinez » (p. 504).
Un autre des aspects les plus frappants de ce roman est la manière assez audacieuse dont l'auteur, s'appuyant sur tout ce que l'on sait de la vie de César Vallejo, nous montre les incidents et les détails qui l'ont conduit à la mort de l'écriture de plusieurs de ses poèmes emblématiques. "Bordures de glace", "Les hérauts noirs", "L'araignée", "Spergesia" et plusieurs des poèmes qui composent le livre Trilce.
De même, grâce à sa richesse inventive et à ses investigations, Cronwell Jara recrée la rencontre et les dialogues que César Vallejo a tenus, au Concert du Palais et dans d'autres lieux de l'époque, avec les personnalités distinguées du moment — vivement dépeintes — et qui ont eu un impact capital sur sa vie et son œuvre: Abraham Valdelomar, José Carlos Mariátegui, José María Eguren et le professeur Manuel González Prada, à qui Vallejo a dédié son célèbre poème "Les dés éternels".
D'autre part, ce roman fait place à la spéculation littéraire, propice à la polémique. On y affirme que les véritables motivations qui ont conduit Clemente Palma à insulter le jeune poète César Vallejo dans la revue Variedades, ne répondaient pas seulement à des questions esthétiques. Il décrit comment et pourquoi le poète a décidé d'intituler son deuxième recueil de poèmes Trilce. Il est affirmé qu'Abraham Valdelomar n'est pas mort des suites d'un accident, mais qu'il a été victime d'un crime en raison d'intérêts politiques et économiques, qui impliquait la classe dirigeante de ces années là. Il est même postulé qu'un événement similaire s'est produit avec la mort du protagoniste du roman : les autorités françaises ont laissé mourir César Vallejo à Paris.
Mais bon, le livre n’est plus disponible chez l’éditeur. J-P Damaggio
