La chasse selon Alain Daziron
la_chasse__TEXTE_d_Alain Daziron
Alain Daziron, en rédigeant son texte sur le nouvel âge de la chasse pose des questions souvent évitées. Il débute en montrant bien la mutation propre à notre siècle en matière de chasse, mutation qui produit une méconnaissance de « la culture de la chasse ».
Voilà son constat:
« Dans le mouvement dʼeffacement du chasseur, s’est opéré - sans que l’on y prête trop garde - le recul de la chasse au petit gibier (qui en était l’âme et le cœur dans notre région ) et, par la même, une mutation fondamentale des pratiques - et très probablement de l’image - de la chasse. »
Face à cette évolution, le remède proposé s’appelle le dialogue :
« Quant à l’idée dʼinterdire la chasse le dimanche, elle n’est pas, à lʼévidence, le chemin le plus heureux du dialogue. Outre que cela suppose que les chasseurs soient tous des retraités, c’est lʼexpression même de la défiance et, comme l’a signifié Philippe Salvadori aux Journées de Larrazet sur la chasse en 2003 “ une société qui dit quel est le plaisir de l’autre est une société totalitaire”.
Le bien commun, plaide au contraire, pour rapprocher et non éloigner la chasse de la société. Cette voie est déjà bien avancée et doit être travaillée comme c’est le cas dans la forêt de Bouconne sur des espaces et des plages définies d’un commun accord entre chasseurs et acteurs de la nature ( promeneurs et vététistes notamment).»
Sauf que la tendance majeure de nos sociétés s’éloigne de tout dialogue. Les réseaux asociaux en témoignent tous les jours de manière dramatique, y compris de la part de personnes qui prônent… le dialogue et qui pratiquent l’insulte.
D’où cette question : le dialogue social peut-il trouver les formes adaptées aux sociétés actuelles ?
Pour la chasse comme pour tout, le recours à l’histoire est fondamental mais à condition, de mon point de vue et je l’exprime depuis trente ans, de mesurer les conséquences de la révolution des années 80 qui n’est pas qu’une mutation mais bien une révolution. Elle repose sur trois piliers :
- La fin du socialisme existant : la révolution dans la révolution de Gorbachev n’a pas empêché l’effondrement de l’URSS
- L’apparition de la révolution conservatrice à partir du cas des USA et magnifiquement analysée dès 1980 par Michel Clouscard sous le nom de capitalisme de la séduction.
- La révolution iranienne.
La France, en tant que sismographe politique de la planète (l'Italie est un laboratoire politique vu sa naissance tardive mais la France un sismographe vu sa longue histoire) a vu apparaître deux nouveaux partis politiques qui sont toujours là : le FN pour les nostalgiques de la France d’avant, et les Verts pour les futuristes de la France de demain. Dans le même temps le PCF était marginalisé comme le PCE et pour le PCI ce fut une mutation sans précédent pour un parti aussi immense.
Il est frappant de constater qu’en Italie, Espagne, Portugal, Grèce l’écologie politique soit si marginale.
Cette révolution des années 1980 repose sur la révolution informationnelle conduite par les USA et qui s’est imposée à la planète entière en une décennie.
Une des caractéristiques du phénomène s’appelle la destruction de tout dialogue avec ce symbole : la prise du parlement des USA par des individus que l’on dit en colère mais qui en fait sont eux-mêmes. Le trumpisme a été annoncé dès 1984 par le lepenisme même si le FN-RN a joué sur le long terme et non sur un coup d’éclat.
Le dialogue social était un enfant de la démocratie ; quand la démocratie s’effondre le dialogue devient impossible. Alors que peut-il se passer pour la chasse, le découpage territorial, les formes du travail, l’évolution des médias etc.
A mes yeux, le capitalisme de la séduction a de beaux jours devant lui car il manœuvre adroitement tous les drames qu’il provoque, si bien que la moindre défaite devient son succès. La gauche issue de l’histoire d’avant 1980 n’a aucun moyen pour peser sur cette situation, et surtout pas quand elle croit que les références d’hier peuvent peser sur le monde actuel.
Le fossé entre la chasse et la société va se creuser irrémédiablement tant qu’une force politique nouvelle comme le furent en 1984 le FN et les Verts ne viendra pas construire une alternative globale.
Je considère que dans la foulée de Michel Clouscard, Jean-Claude Michéa et ses multiples références est le philosophe capable de servir de boussole. Larrazet a connu le dialogue impossible entre le fleuron du capitalisme de la séduction, chouchou des médias, en la personne d’Edwy Plenel, devenu un compère du Mélenchon 2022 après avoir été l’adversaire du Mélenchon 2017, et Jean-Claude Michéa porteur d’un socialisme sans la gauche, à savoir un socialisme de la décroissance.
Oui, nous sommes loin de la chasse mais c’est la preuve que le thème nous mène loin. J-P Damaggio