Mélenchon en Amérique latine ?
Lecteur et défenseur depuis trente ans de la revue Espaces latinos je n’ai pu que lire avec grand intérêt le long article sur Mélenchon et l’Amérique latine (voir à la fin). Je vais apporter quelques commentaires.
Avec l’Amérique latin, Mélenchon se raconte une histoire qu’il veut heureuse, une histoire de nostalgie, une histoire artistique. L’article est cependant très peu factuel sauf pour préciser qu’en guise d’Amérique latine qu'il a visité trois présidents (Mexique, Colombie, Honduras). Etrangement nous sommes autour des Caraïbes où il évite depuis quelques années deux pays qui ont pu le faire rêver : le Nicaragua et le Venezuela. Les adversaires de Mélenchon tentent toujours de le réduire au Venezuela or depuis longtemps c’est le Mexique sa référence avec un président qu’il aime sans doute plus que Maduro : Lopez Obrador. Quand il a été élu, Mélenchon a judicieusement indiqué qu’il l'avait été à la troisième fois. Comme Mitterrand et lui en 2022 ! Mais il a été battu ! Alors judicieusement il vient de rappeler que Lula a été élu à la quatrième fois,… comme lui en 2027 ! Mélenchon va en Amérique latine pour rencontrer… Mélenchon ! Et qui est Mélenchon ? Un futur président de la république française dont il aime dévoiler son récit national. Il n’est pas le seul à être habité par ce rêve et il faut reconnaître qu’étape après étape son rêve s'approche de la réalité.
Prenons la revendication première : une nouvelle constitution pour la France. Elle vient de la décision de Chavez qui a changé le Venezuela en changeant la Constitution. Son ami Rafael Correa a fait pareil en Equateur. Et au Chili le même projet est en cours. Lopez Obrador s’en est dispensé, la Constitution mexicaine serait-elle assez démocratique ?
Toujours est-il, quel bilan pour Venezuela et Equateur ? En Equateur la droite est au pouvoir et les beaux mots de la nouvelle constitution n’ont rien changé ! Les Indigènes, comme avant la Constitution, ont dû lancer une nouvelle révolte pour se faire entendre. Au Venezuela la Constitution contient un article phare répété à satiété par Mélenchon et ses amis : la possibilité de révoquer les élus. Cette possibilité a été utilisée une seule fois, par Chavez lui-même qui à mi-mandat a remis son poste en jeu dans un référendum. Depuis la droite a essayé de demander ce référendum mais sans succès malgré les conditions réunies et ce n’est pas Maduro qui de lui-même va remettre son poste en jeu… sauf bien sûr le jour des élections présidentielles. Bilan : changer une constitution a du bon mais sans en faire la clef du bonheur politique ! Par exemple : y rendre le vote obligatoire ? C’est la réalité dans certains pays mais le politique n’y est pas plus vigoureux.
Mélenchon comme le pointe l’article d’Espaces latinos nous présente une Amérique latine heureuse n’ayant aucun goût pour les drames qui s’y passent sauf à accuser les USA d’en être à l’origine. Or le fait est totalement connu : des millions des latinos voudraient bien vivre... chez l’infâme oncle Sam !
Si je me passionne pour l’Amérique latine ce n’est pas en souvenir de rêves de jeunesse (j’ai eu les miens) mais pour le réel auquel le sous-continent nous ramène. Et un réel d’abord religieux puisque là-bas, comme aux USA, la religion conserve le rôle majeur qu’elle a toujours eue, sauf que pendant les années 60, du temps de Vatican II, c’était en faveur des progressistes alors que depuis les années 80 c’est en faveur des conservateurs. Le meilleur témoignage du fait c’est que là-bas, même la gauche (sauf rares exceptions), évite la quesiton du droit à l’IVG ! Et Mélenchon avec !
Ensuite un réel économique bien sûr : toutes les recettes sociales-démocrates ont été essayées par la gauche mais sans succès, sauf à remettre la droite au pouvoir. Il y a eue le rêve Porto Alegre mais Lula lui-même l’a mis au pas ! Alors des dissidences du Parti des Travailleurs ont tenté de conserver une orientation de gauche (le PSOP) mais sans plus de succès. L’avenir est aux mafias en tout genre et je ne le dis pas en personnage pessimiste mais réaliste. Entre cet avenir et le rêve mélenchonien ce n’est pas seulement le fossé qui est immense, mais le rêve qui est disqualifié, sauf à proposer des alternatives à la dite réalité, et non pas des alternatives à la réalité des années 80. Lula peut demain recommencer la politique sociale qu’il avait mise en œuvre, elle aboutira au même échec en pire ! Aucun pansement ne peut guérir un cancer !
Suis-je désespéré ? Non, au Brésil le Parti des travailleurs est né du syndicalisme et après des années d’efforts il est arrivé au pouvoir pour tenter une expérience de gauche. Elle a eu ses mérites et ses limites. Il reste à construire un autre type de parti peut-être à partir des revendications écologico-sociales et morales pour une bataille sur le long terme.
J-P Damaggio
Mélenchon_et_l'amérique_latine
P.S. J’ai donné le discours en entier de Gustavo Petro qui, le soir de son élection à la présidence de la Colombie déclarait : « Nous allons développer le capitalisme. Non que le système nous plaise, mais nous devons sortir du féodalisme » (Le Monde diplomatique, août 2022). C'est le passage repris par Espaces latinos mais pourquoi le Monde diplomatique n'a pas repris l'article en entier comme je l'ai fait.
C'est vrai la foule était au rendez-vous pour Gustavo Petro mais ça ne suffit pas pour ensuite décider.